Continuité des religions antiques

Auteur : Belfégor

 

Saint Bacchus, sachant que Bacchus du grec ancien : Βάκχος / Bákkhos est un dieu romain correspondant à Dionysos dans la mythologie grecque. Les Romains utilisaient Bacchus comme un autre nom de Liber Pater, un dieu latin de la fécondité. La représentation de Bacchus est partiellement liée à son correspondant grec Dionysos. En effet, le terme Bacchus n'est à l'origine qu'une épithète qui qualifiait le dieu grec.  Il reprend ainsi l'essentiel des attributs de son homologue grec dont il est issu.

 

Passant à Rome, le culte de Dionysos accentua son caractère subversif :

 

« Qui passe du mythe à la réalité » et qui perd tout lien avec le vin.

 

Le dieu tient souvent à la main un thyrse, entouré de vigne et de lierre et est surmonté d'une pomme de pin. Le thyrse peut faire jaillir la vigne ou le lierre. Il peut s'incarner en taureau, en bouc et en serpent.

 

La panthère, l'âne, le bouc, la patère, le canthare, le lierre, la vigne et la grappe de raisin sont les animaux et les objets qui lui sont associés. D'autres attributs ont été empruntés à Dionysos, comme le thyrse qu'il porte parfois.

 

C'est le père du théâtre et de la tragédie.

 

Les religions de l'Antiquité européenne, les cultes polythéistes qui ont précédé le christianisme, ont dû tout d'abord s'intégrer à la religion romaine antique. Celle-ci fut la première religion principale de l'Empire romain qui a conquis la majeure partie du continent européen, elle a donc supplanté les religions des peuples soumis. Mais le polythéisme leur a permis d'intégrer leurs dieux au panthéon Romain et de continuer leur culte. Mais à partir du IVe siècle les empereurs romains ont commencé à se convertir à la religion chrétienne, un culte monothéiste exclusif (n'acceptant aucun autre dieu). Le christianisme devint la religion de l’État et les cultes aux dieux anciens furent de plus en plus réprimés et qualifiés de « païens » mais ils ne disparurent pas totalement pour autant : ils subsistèrent discrètement quelques siècles sous forme brute et les dirigeants chrétiens assimilèrent des parties de ces cultes pour favoriser le syncrétisme pagano-chrétien en associant les dieux à des saints et en christianisant de nombreux anciens lieux de cultes païens.

 

Païen est un nom formé à partir du terme latin paganus lequel signifie paysan du village ou civil et qui provient lui-même du mot pagusqui signifie village.

 

Terme ayant à l'origine une connotation péjorative ; le pagus étant l'antithèse de la cité, symbole de la civilisation, utilisé par les chrétiens et l'Église pour discréditer les anciennes croyances.

 

Paradoxalement le terme est utilisé à la fois pour désigner les paysans (cultivateurs) et pour les gens non cultivés, les incultes ...

 

À la lecture de son épître aux Galates, on découvre que pour l'apôtre Paul, qui était juif, le terme païen désigne les non juifs. Ainsi, au chapitre II, verset 7 de cette épître, on lit :

 

« Mais au contraire, ils ont constaté que l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs) ».

 

On pense que cette lettre a été écrite après 54 et avant 58 de notre ère.

 

Depuis l'empereur Théodose Ier, dont le petit-fils Théodose II a officialisé les premières persécutions à l'encontre des non-convertis au christianisme, le mot paganisme désigne les religions dites païennes, c'est-à-dire non-monothéistes, plus souvent dites polythéistes.

 

De nos jours, ce terme est encore parfois utilisé par les monothéistes pour qualifier ce qui relève du polythéisme européen, au panthéon polythéiste, et en ce sens est opposé au judaïsme, au christianisme, ou à l'islam, religions venues d'Orient. Les laïques lui préfèrent polythéistes ou animistes. Quant aux héritiers du Forn Siðr ; terme signifiant ancienne coutume ou ancienne pratique en vieux norrois ou du druidisme, ils n'ont en revanche pas de réticence à se nommer eux-mêmes païens.

 

Certains lieux de cultes trop importants pour être totalement détruits furent christianisés. Il faut rappeler que le vibratoire tellurique de ces lieux de cultes ancestraux intéressait par ailleurs et surtout c’est Bien-pensants du Christianisme … C’est le cas de Notre-Dame de Paris, qui avant d’être cette si imposante cathédrale … Et de bruler … Était un ancien temple dédié à divers dieux gaulois ; sans doute Sucellos, latinisé en Sucellus, qui était une divinité de la mythologie celtique gauloise. Plus tard, la future cathédrale fut dédiée à Jupiter, comme le montre l’inscription sur le pilier des Nautes. Le pilier des Nautes est une colonne monumentale gallo-romaine érigée en l'honneur de Jupiter par les Nautes de Lutèce au Ie siècle, sous le règne de l'empereur Tibère. Le pilier des Nautes a été découvert au XVIIIe siècle dans le sous-sol de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et est exposé dans la salle du frigidarium des thermes de Cluny.

 

Fragments d'autels gaulois trouvés dans le sol de Notre-Dame, par Adolphe Potémont, vers 1862 - 1863.

Pilier des Nautes au Musée de Cluny : Ésus et le taureau Tarvos trigaranus

Pilier des Nautes : les dieux Tarvos trigaranus et Vulcain

Maquette de reconstitution du Pilier des Nautes au Musée de Cluny

 

En Provence, a lieu chaque année le Saint-Vinage de Boulbon, fête mi-bacchique, mi-catholique, qui se déroule en la chapelle Saint-Marcellin de Boulbon. Elle est placée sous le patronage d'un saint Marcellin réputé être aussi « bon pèr l'aigo et bon pèr lou vin ».

 

Les festivités commencent le 1er juin, à la tombée de la nuit, et excluent toute présence féminine. Seuls les hommes s'entassent dans la chapelle de saint Marcellin, une bouteille emplie de vin à la main. Le garde champêtre de la commune est chargé d'apporter un panier plein de litres de vin réservés au clergé et à la municipalité.

 

Lors de la messe, sont lues les Noces de Cana, tiré de l'Évangile selon Jean, puis le prêtre se doit d'annoncer en levant une bouteille :

 

« Durbès vosti fiolo pèr la benedicioun dou vin di malaut » pouvant approximativement se traduire par : « Voici la bouteille du père Durbès pour la bénédiction du vin et des malades ». À ce signal, tous les hommes brandissent leur bouteille pour la bénédiction puis en boivent une rasade car ce vin est devenu souverain contre toute maladie. Frédéric Mistral y voyait une réminiscence d'un culte bachique. Il pourrait se situer dans la droite ligne de ces messes à Bacchus encore célébrées en Bourgogne au cours de la période médiévale.

 

Parmi les plus célèbres divinités antiques, il existe un saint Bacchus qui fut martyrisé avec saint Serge. D'après des historiens comme John Boswell, les deux saints étaient mariés, ce qui accréditerait la théorie, encore controversée, selon laquelle les mariages homosexuels étaient acceptés chez les premiers chrétiens.

 

Les Lupercales, dont la fête est la précédente historique du carnaval, à la mi-février, fut remplacée par la Saint-Valentin par le pape Gélase Ier. Son caractère de fête de la fécondité a été conservé et Saint Valentin fut désigné patron des amoureux. Le mot carnaval apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de fête donnée pendant la période du carnaval. Il vient de l'italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne viande et levare enlever. Il signifie donc littéralement entrée en carême. Ce mot se retrouve toujours dans caramentran en provençal.

 

Pièce de monnaie en or représentant Constantin et Sol Invictus

 

La fête du Sol Invictus, le 25 décembre, a été remplacée par Noël. Constantin Ier, le premier empereur romain converti au christianisme, fut au début de son règne adepte du Soleil invaincu, comme en témoignent ses émissions monétaires. Celui-ci a fait du dimanche un jour de repos en hommage au Sol Invictus par une loi du 7 mars 321, désolé je n’ai pas l’heure exacte 😉. Le dimanche fut par la suite assimilé au jour du seigneur par les chrétiens par syncrétisme.

 

Durant la christianisation de l'Empire romain, la célébration de la naissance de Jésus de Nazareth le 25 décembre par les chrétiens de Rome a progressivement remplacé le culte de Sol Invictus. L'édit de Thessalonique de 380 décrété par Théodose Ier interdit définitivement le culte de Sol Invictus faisant du 25 décembre une fête exclusivement chrétienne.

 

Cacho fio

Lou grand et lou pitchoun au cacho fio

Embrasement de la bûche du cacho fio

Cacho fio pour Noël 2011 à Beaumes-de-Venise

 

Le cacho fiò ou cacho-fue est une ancienne cérémonie liée à Noël et au solstice d'hiver durant laquelle l'on met une grosse bûche d'arbre fruitier au feu. Liée au paganisme, elle avait été christianisée puisqu'elle s'accompagnait d'une bénédiction, durant le transport de la bûche vers le foyer. Typiquement provençal, ce rite du cacho fiò, selon Frédéric Mistral, signifiait mettre au feu.

 

En Provence, la soirée de Noël commençait par l'ancienne coutume païenne du cacho fio. Cet allumage rituel de la bûche de Noël ; calendau, en provençal ; correspondait à un rite du feu caché et présageait le retour du feu neuf, le feu du premier Soleil de la nouvelle année.

 

La cérémonie avait lieu devant la cheminée avant de se mettre à table pour le gros souper. Le plus jeune et le plus vieux portaient ensemble une bûche d’un arbre fruitier (poirier, cerisier, olivier) qui devait brûler pendant trois jours et trois nuits. Ils devaient faire trois fois le tour de la table recouverte de ses trois nappes.

 

Une triple libation sur la bûche était ensuite pratiquée par le plus jeune de l'assemblée, avec du vin cuit, et le plus ancien prononçait les paroles suivantes :

 

En provençal

Cacho-fiò

Bouto-fiò

Alègre, alègre

Dièu nous alègre

Calèndo vèn, tout bèn vèn

Dièu nous fague la gràci de veire l’an que vèn

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens

 

En français

Bûche de Noël,

Donne le feu

Réjouissons-nous

Dieu nous donne la joie

Noël vient, tout vient bien

Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient

Et si nous ne se sommes pas plus

Que nous ne soyons pas moins.

 

La bûche devait durer jusqu'au jour des Rois (Epiphanie/Saturnales vers le 6 janvier). Quand elle était calcinée, elle passait pour miraculeuse et ses cendres étaient déposées sur la nappe de Noël l’année suivante. Des morceaux de charbon de bois de cette bûche étaient placés dans les étables pour protéger le bétail des maladies. On retrouve ici en termes de dates et de rites les 12 jours de Yule.

 

Chez les anciens romains, les mois étaient majoritairement nommés d'après un dieu : janvier vient du dieu Janus ; mars du dieu de même nom, le dieu de la guerre ; mai vient de maïa, la déesse mère, juin est dédié à Junon ...

 

Les prénoms théophores : Jules et ses dérivés Julien et autres viennent du dieu Jupiter. Avant d'être un prénom, c'était aussi un nom de famille romain réputé.

 

Marcel et ses dérivés Martial, Marc et autres sont originellement dédiés à Mars.

 

 

La Religion des Celtes

 

De nombreux éléments des mythologies celtiques : gauloise, irlandaise, bretonne ont été repris par l'Église face aux croyances et habitudes persistantes du peuple.

 

Quand ils faisaient l'objet d'un culte vivace, les lieux de cultes pré-chrétiens furent christianisés par implantation d'un édifice chrétien : basilique, chapelle, simple croix ou par association à des saints chrétiens. Le but était de substituer au message du paganisme persistant le message du christianisme : la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes ou la cathédrale Notre-Dame de Chartres par exemple. En Bretagne on trouve ainsi plusieurs chapelles au sommet de collines isolées dédiées à saint Michel.

 

Les lieux naturels tel que les sources et certains arbres étaient vénérés par les celtes et placés sous la protection d'un dieu. Ces sanctuaires naturels ont par la suite été liés à un saint local et les miracles survenus dans ces lieux ont été attribués au saint patron.

 

Cernunnos est un dieu important de la mythologie gauloise. Il est toujours lié au cerf, dont il a d'abord la forme dans les représentations les plus anciennes puis il en est dissocié physiquement, se tenant à ses côtés. Plusieurs saints bretons sont représentés ainsi et sont probablement des formes christianisées du dieu Cernunnos :

 

Saint Théleau

Saint Edern

Saint Cornély

 

La formation du nom n'est pas sans rappeler celle de Cernunnos.

Ana ou Dana, la déesse mère, aurait vu son culte christianisé et devenir celui de sainte Anne, sainte protectrice de la Bretagne.

 

Les fêtes druidiques

 

Plusieurs éléments de la fête annuelle de Samain ont été repris dans les célébrations chrétiennes : La fêtes de tous les saints « morts » puis la fête de défunt avec le contact entre les morts et les vivants, le transport de lumignons, etc.

 

La fête de Imbolc est devenue la Chandeleur.

 

La fête de Lugnasad est devenue les fêtes des récoltes de la fin juillet …

 

La fête de Beltaine est devenue la fête de Walpurgis puis les fêtes du premier et huit mai …

 

Litha a aussi influencé la tradition des feux de la Saint-Jean, puis des fêtes étudiantes de fin d’études, de la fête de la musique ….

 

Les druides étaient les dirigeants spirituels, les chefs religieux de leur royaume. Ils avaient aussi les fonctions de transmettre le savoir par tradition orale.

 

Les filid furent des poètes irlandais qui ont quitté la vie des druides pour adopter la religion chrétienne et se consacrer à la littérature.

 

Le concept de la sorcière du Moyen Âge, n’est pas si éloigné, quelques parts, des druides. Leurs fêtes aux solstices et aux équinoxes ne sont pas sans rappeler les coutumes antiques. Par ailleurs, la description du démon qu'elles invoquaient est à rapprocher du dieu cornu de la mythologie gauloise Cernunnos. Les pratiques de création de remèdes par la nature et la magie est aussi à comparer. Selon Myriam Philibert, la tradition druidique a sûrement trouvé continuité chez les femmes plutôt que les hommes et leur enseignement a pu se perpétuer au Moyen Âge.

 

Religion nordique

 

La religion nordique est celle des peuples germains et scandinaves.

Plusieurs éléments de la fête annuelle de Vėlinės (2 novembre) de la religion antique lituanienne existent également dans la fête d'Halloween, qui se fête à la même époque de l'année : le contact entre les morts et les vivants, le transport de lumignons, etc.

 

Par traduction du latin, dans les langues germaniques (anglais, allemand…), les jours de la semaine portent les noms des dieux importants du panthéon nordique : Monday (lundi) de moon (lune) ; Tuesday dédié à Týr ; Wednesday à Wotan ; Thursday à Thor ; Friday pour la déesse Frigg.

 

Religion grecque

 

À Marseille, Notre-Dame-de-la-Garde souvent surnommée la Bonne Mère est une des basiliques mineures de l'Église catholique romaine. La colline Notre-Dame-de-la-Garde constitue un site classé depuis 1917. Le culte rendu à la bonne mère est l'héritier de celui que rendait les phocéens de Massalia à Artémis d'Éphèse, qui après le concile d'Éphèse devint le prototype de la vierge Marie.

 

Strabon indique que c'est sur l'emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer que les mêmes érigèrent un temple à Artémis. Il explique que les Massaliotes, désirant marquer de toutes les manières que cette région leur appartenait, (...) ont là aussi construit un sanctuaire d'Artémis d'Éphèse, affectant à cet effet une langue de terre formant île entre les bouches du fleuve. Un temple similaire fut bâti à Avenio, l'actuelle Avignon.

 

La cité hellénisée de Catane, en Italie, une dénommée Agathe fut martyrisée par ablation des seins. Dans sa Chronique des derniers païens, Pierre Chuvin relate comment la déesse Isis, protectrice de Catane, considérée comme la bonne déesse fut, dès que le christianisme devint la religion dominante, remplacée par sainte Agathe.

 

Pierre Sauzeau, explique comment Agathe devint l'héritière d’Isis à Catane. La déesse Isis, venue d'Égypte, y assumait les fonctions de protectrice de la navigation ; elle portait l’épithète d’Euploia, en grec ancien Εὔπλοια, qui donne une heureuse navigation, ou Ploiaphèsa. Elle était fêtée au cours d'une procession carnavalesque qui perdura jusqu'au VIe siècle et au cours de laquelle on lui offrait du lait dans des seaux en forme de sein. Quand Agathe la détrôna, ce furent désormais ses seins mutilés qui furent mis à l'honneur.

 

Ce syncrétisme prit un autre aspect quand le culte d'Agathe de Catane s'étendit de la Provence au Languedoc. Devenue Santo Gato (santa Gata en graphie occitane classique), littéralement Sainte Chatte, par un glissement sémantique classique impliquant l'aphérèse du a, la sainte aux seins coupés acquit des prétendus pouvoirs sur les éléments et les saisons. Fêtée, le 5 février, date présumée de son martyre, elle était invoquée contre les feux du ciel et les fléaux du temps. Fernand Benoit indique que cette date du 5 février était marquée par des rites de sorcellerie pour accélérer le passage de l'hiver au printemps. Par association avec les rituels supposés où les sorcières provoquaient orages et tempêtes en faisant tourbillonner l’eau d’un étang ou même d’un récipient quelconque, il était interdit de faire la lessive le jour de la fête de sainte Agathe.

 

Sainte Agathe, devenue Santo Gato (chat), jetant ses sorts et ses maléfices lors de la nuit du 4 au 5 février

Sainte Agathe présentant ses seins coupés, détail du retable de saint Jean-Baptiste de Jacques Durandi

 

Par contre, la veille, il était conseillé de mettre les mains dans le pétrin pour faire du pain en l'honneur de la sainte. Les pains de Sainte-Agathe étaient cuits au four, le 4 février, pour être bénis le lendemain au cours de la messe. Ils sont proches, par leur forme, des cassateddi di Sant'Aita ou minni di Sant'Aita, gâteaux réalisés à Catane pour la fête de la sainte. Cette tradition des pains de la sainte est toujours vivace à Mons dans le Var où un bas-relief de ses seins figure même à la base du rempart du village.

 

Cette bénédiction des pains provenait de la tradition erronée qu'Agathe de Catane, dans ses représentations, portait sur un plateau des miches de pain. Pour préserver l'efficacité de son intercession, il était interdit aux ménagères de faire des miches le jour de sa fête. Car la sainte était censée, tous les 5 février, apparaître sous la forme d'un chat pour venir punir les femmes qui lui avaient déplu en travaillant en ce jour. Solennellement bénis, après la consécration, ces petits pains devenaient ainsi les pains de Sainte-Agathe, réputés particulièrement efficaces pour préserver gens et biens contre l'incendie et la foudre.

 

Minni di Sant'Aita de Catane

Pain de sainte Agathe de Mons

Figuration sculptée des seins de sainte Agathe dans les remparts de Mons


Imbolc

 

Imbolc est initialement une fête religieuse celtique irlandaise, qui est célébrée le 1er février de notre calendrier, soit au début du mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny dans la mythologie celtique. Elle vient après Yule qui a lieu au solstice de l’hiver et avant Beltaine, le 1er mai.

 

C'est la fête sur laquelle les sources littéraires médiévales sont les moins nombreuses. Le sens du nom est, pourrait être lustration, il s’agit donc d’une purification qui prend place à la fin de l’hiver.

 

Elle pourrait avoir pour fondement un culte lié à la fécondité. Un rapprochement peut aussi être fait avec la fête romaine des Lupercales, qui avait lieu à la fin de l'hiver.

 

Elle a aussi le sens de lactation ou lait des brebis. La date d'Imbolc correspond d'ailleurs à la période de l'agnelage, et donc au moment où les brebis commencent à allaiter leurs petits.

De la fête Imbolc, pouvant se graphier : imolk /imelk, très régulièrement Imolg, au premier février, Joseph Vendryes a proposé une étymologie par imb- « autour », préfixe réfléchi, et folc « laver, baigner, nettoyer », ce qui faciliterait le rapprochement avec le februārius romain. Pour Christian Guyonvarc'h : « Imbolc est le nom de l’ablution purificatoire ». Partant d’imolg qui est la forme sincère, E. Hamp l’interprète par *molgo- « lactation », ce qui est l’avis du Glossaire de Cormac pour oímelc « lait de brebis » (sheep’s milk suivant M. Dillon dans The Celtic realms). On peut concilier les deux interprétations en comparant le terme au Saxon, « im melk » qui signifie simplement "ans le lait. « Molg », milk, se retrouve en anglais vulgaire. En sus, on pourrait traduire, approximativement, la locution en irlandais par "réserve de beurre" (ím bolg), littéralement « sac de beurre ».

 

Philippe Jouët indique que :

 

« Tochmarc Emire présente oimolc comme « le début du printemps, c’est-à-dire barrière d’averses, averses du printemps et averses de l’hiver (...) ou le temps où l’on trait les brebis ».

 

Les attestations mythologiques sont rares. Il est bien fait état dans le texte, d’un combat de Cúchulainn qui dure :

« du lundi de Samain au mercredi après Imbolc », les trois mois les plus sombres de l’année, sans aucun repos. (...) Sur l’île de Man la pluie du 1er février est bénéfique mais si le temps est beau la vieille Callaigh ny Groamagh (ou ny Gueshag « des geasa ») se manifeste, ce qui est un mauvais présage ».

 

C'est une fête de sortie d'hiver.

 

Imolc, dont le nom ne se retrouve pas en irlandais moderne, a été approximativement remplacée par la Chandeleur ; mais au 2 février et recouverte par la fête de sainte Brigite, Féil Bríde. Si l’on considère que la Brigit qui a servi à la constitution de la sainte a retenu les traits d’une divinité aurorale, on peut envisager qu’Imolg inaugurait la période des Aurores de l’année (à laquelle correspond le cornique gwantwyn, étymologiquement la période de la lumière.

 

Philippe Jouët ajoute :

 

« Une fête de sortie de l’hiver et d’ouverture du printemps a été recouverte par la Chandeleur si l’on se fonde sur le nom breton de cette fête Deiz ar Goulou ; Jour de la lumière ». 

 

Sainte Brigit de Kildare a, à beaucoup de points de vue, pris la suite de la déesse Brigit.

 

Le nom brittonique de la fête est alors : gallois Canhwyllau ; breton Goulou(deiz), Gouel Berc'hed.

 

Lupercales

 

Les Lupercales ou Lupercalia sont, dans la Rome antique, des fêtes annuelles célébrées par les luperques du 13 au 15 février, près d'une grotte nommée le Lupercal, située au pied du mont, en l'honneur de Faunus, dieu de la forêt et des troupeaux.

 

La fête des Lupercales est une fête de purification qui avait lieu à Rome du 13 au 15 février, c’est-à-dire à la fin de l’année romaine, qui commençait le 1er mars.

 

Les luperques, prêtres de Faunus, sacrifiaient un bouc à leur dieu dans la grotte du Lupercal où, selon la légende, la louve avait allaité Romulus et Rémus, après avoir découvert les deux jumeaux sous un figuier sauvage situé devant l'entrée de celle-ci, avant qu'ils ne soient recueillis et élevés par le berger Faustulus et son épouse Acca Larentia, une prostituée surnommée lupa en latin la louve  par les autres bergers de la région. Il est à noter que le terme de figuier sauvage ne s'applique qu'au figuier commun mâle, appelé aussi caprifiguier ; caprificus c'est-à-dire : « figuier de bouc ».

 

Deux jeunes hommes, vêtus uniquement d'un pagne en peau de bouc, assistaient à la cérémonie. Le prêtre sacrificateur leur touchait le front de son couteau. Le sang ainsi répandu était essuyé par un flocon de laine trempé dans du lait. À ce moment-là, les jeunes gens devaient rire aux éclats, puis courir dans toute la ville de Rome. Ils étaient armés de lanières, taillées dans la peau du bouc sacrifié, avec lesquelles ils fouettaient toutes les femmes rencontrées sur leur passage et qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année, afin de les rendre fécondes.

 

Le Festival lupercalien à Rome vers 1578–1610, dessin du cercle d'Adam Elsheimer, montrant les Luperci déguisés en chiens et chèvres, avec Cupidon et des personnifications de la fertilité

 

La fête des Lupercales est une fête de purification, en début d’année. Les luperques figuraient les esprits de la nature dont Faunus, dieu de la fête, était le chef de file. Il s'agissait d'un rite très ancien, attribué au roi légendaire Évandre qui aurait régné sur la région avant la fondation de Rome.

 

C’est aussi une fête de passage : le sacrifice dans la grotte est symbolique de la mort ; le rire aux éclats, qui survient après la purification, symbolise le retour du souffle vital, et donc la résurrection, pour Varron.

 

Le bouc, symbole de fécondité, associé à Faunus est lié à la protection des troupeaux par Ovide.

 

Certains considèrent qu’avec les Liberalia et les Mamuralia, qui avaient lieu du 15 février au 15 mars, elles font partie d’un cycle de rites initiatiques marquant la fin de l’enfance pour les Romains.

 

En 44 avant notre ère Jules César tenta de réformer le collège des Luperques et de donner un sens nouveau à cette réjouissance populaire, souhaitant être un nouveau Romulus sans mettre en scène le symbole de la royauté. Sa tentative échoua, mais la fête perdura.

 

En 494, le pape Gélase Ier interdit cette fête païenne qui était toujours pratiquée de façon festive, aussi bien par les chrétiens que par les non-chrétiens, mais sans sacrifices rituels. Pour faire cesser cette pratique populaire, il écrivit une lettre véhémente à tous les chrétiens. Il choisit saint Valentin comme saint patron des fiancés et des amoureux, et décréta que cette date, le 14 février, lui serait consacrée.

 

Célébration

 

Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux citent à ce propos ce quatrain extrait de Hibernica Minora de Kuno Meyer :

 

Goûter de chaque nourriture selon l'ordre,

Voilà ce que l'on doit faire à Imbolc ;

Se laver les mains, les pieds, la tête,

C’est ainsi que je le dis

 

Il était ainsi d'usage de commencer le repas en buvant un bol de lait de brebis probablement fermenté, mélangé à de l'alcool de grain. Tout au moins était-ce le cas quand cette fête persistait encore au Moyen Âge tardif. Une source, discutable toutefois, suggère que cette pratique était en réalité pratiquée à Beltaine et qu'elle faisait écho à une pratique non documentée, qui aurait pu se tenir à Imbolc et qui aurait consisté en verser à terre le dernier lait et le dernier grain (libation/oblation) pour s'attirer les faveurs de Cernunnos pour le début de l'année agraire ; mais Cernunnos est une entité continentale antique, pas un dieu irlandais ... Ce quatrain suggère que, pendant la fête d'Imbolc, on devait faire l'inventaire des nourritures. De manière tout aussi hypothétique, cela laisserait à penser qu'à Imbolc, on commençait par boire.

 

Imbolc était une fête au cours de laquelle on célébrait la déesse celte Brigit : on l'invitait à entrer dans la maison afin de la purifier et de la protéger jusqu'à la prochaine fête d'Imbolc. Il s'agissait donc de fêter un renouveau après les jours les plus sombres de l'année.

 

Les survivances sont nombreuses ainsi en Irlande la célébration de sainte Brigitte à cette date, conduit à penser qu’Imbolc se déroulait sous le patronage de la déesse préchrétienne Brigit.

 

En France une survivance de cette fête christianisée serait la Chandeleur, la fête de la correspondant à la présentation du Christ au Temple.

 

Le Canton de Genève fête les Failles le Premier dimanche de carême, tradition consistant à brûler des perches enrobées de paille, de sarments et de roseaux le soir à l'apparition de la première étoile. À cette occasion, on y mange des merveilles, une sorte de beignet. Cette fête serait d'origine celtique et constituerait une survivance d'Imbolc. Cette coutume se nomme les brandons ailleurs en Suisse romande.

 

À l'époque contemporaine, le nom irlandais a été repris dans divers cultes néopaïens et Wiccans, pour lesquels la fête vient après Yule.

 

Brigit

 

Brigitte connue sous les noms de Brigit, Brigantia est, dans la religion celtique et la mythologie irlandaise, la fille de Dagda le Dieu bon et l'une des Thuata Dé Dana. Elle est la femme de Bress, un Fomoire, avec qui elle a un fils, Ruadan.

 

Il a été suggéré que Brigit est une continuation de la déesse indo-européenne de l'Aurore. Elle est associée à la saison printanière, à la fertilité, à la médecine, à la poésie et aux arts dont ceux de la forge.

 

Les théonymes Brigit et Brigantia dérivent du proto-celtique brigantija ou brigantis dont le sens est très haute, très élevée. Xavier Delamarre traduit ce terme comme l'Éminente. Pour Philippe Jouët, ce nom est à rapprocher de celui de l'Aurore védique Brhati haute, une Aurore de l'année.

 

L’origine en est le mot Briga (hauteur, forteresse) qui, utilisé comme préfixe, a donné de nombreux toponymes, tant dans l’espace insulaire qu’en Gaule et dans la péninsule ibérique. Il est aussi présent dans la composition du nom de certains peuples. Ces significations confirment le rôle primordial de cette déesse.

 

Dans les textes mythologiques irlandais, Brigit est la fille du Dagda selon la tradition qui fait de l'Aurore la fille du Ciel diurne. Elle est aussi la mère, l’épouse et la sœur de Lug, Dagda, Ogme, Nuada, Diancecht et Mac Oc, les dieux des Tuatha Dé Danann. Elle est dite mère des dieux tout comme l'Aurore védique L'un des fils de Brigit porte le nom de Ruadán le Petit-rouge, une dénomination du jeune soleil.

 

Elle est notamment présente dans le récit intitulé Cath Maighe Tuireadh : la bataille de Mag Tured. Dans la seconde bataille de Mag Tured, elle invente le keening. C'est une espèce de mélange entre des lamentations musicales, éloges et la généalogie (chanté) du défunt. Brigitte le fait sur le corps de son fils Ruadan. Elle invente aussi une flûte magique qui permet d'aller où l'on veut en l'espace d'une nuit.

 

Elle règne sur les arts, la guerre, la magie et la médecine. Elle est la patronne des druides, des bardes (poètes), des vates (divination et médecine) et des forgerons. En effet elle est décrite comme une déesse triple ; elle a deux sœurs qui s’appellent elles aussi Brigit. Ce sont Brigit la forgeronne et Brigit la poétesse, elle-même étant guérisseuse. Toutes ces activités sont étroitement liées car le principe de l'inspiration (poésie) est conçu comme un feu de l'illumination.

 

Brigit a été christianisée sous le nom de sainte Brigitte ; l'hagiographie de sainte Brigitte peut aussi donner des informations concernant la déesse.

 

On trouve des inscriptions dédiées à la déesse Brigantia sur le site antique de Blatobulgium, à Dumfries et à Galloway en Écosse. Elle est associée à Victoria (Brigantia Victoria) dans deux inscriptions, l'une à Castelford et l'autre à Greetland, tous les deux dans le Yorkshire-et-Humber. Elle est considérée comme nymphe à Irthington, dans le Yorkshire de nouveau. Et à Corbridge elle est parèdre de Jupiter Dolichenus et elle s'appelle Brigatia Cealestis.

 

Le nom Brigantia se retrouve notamment dans le nom des peuples des Brigantes, l’actuels territoires du Yorkshire et du Northumberland mentionnés par Strabon et des Brigantii, près du lac de Constance, dont la capitale Brigantion est de même origine ; il en est de même pour Briançon.

 

On retrouve le nom de Brigantium à l'origine de toponymes un peu partout en Europe. Par exemple en Espagne (Berganza, Bergondo, Betanzos), Portugal (Bragança), Slovaquie en limite avec la Hongrie (Brigetio), Allemagne (Brigobanne sur la rivière Breg pas loin de la rivière Brigach).

 

Brigit est souvent comparée à la Minerve des Romains, avec qui elle partage un certain nombre de fonctions et dont on retrouve le nom dans beaucoup de sites celto-romains. Aucune inscription dédiée à Brigantia Minerva n'est connue pour l'instant.

 

Différentes graphies

 

Bretagne armoricaine : Brigantis.

Écosse : Brid, Bride.

Gaule : Berecyntia, Brig, Brigandu, Brigantia.

Irlande : Brig, Brigid, Brigh, Brighit.

Pays de Galles : Brigid.

Suisse : Brigindo.

 

Principaux avatars

 

Dans la littérature mythique et dans la toponymie, différentes déités importantes peuvent en être les émanations :

 

Dana, Danu, Ana, Anu, Dôn

Morrigan

Rhiannon, Rigantona

Rosmerta

Macha

Belisama

Nemain

Bodb

Damona

Épona

Étaín

Eithne

Boand, Boann 


En Gaule, son probable avatar Épona lui confère un rôle psychopompe évident.

 

Pour Philippe Jouêt, Morrigan, Brigit et Macha sont trois aspects d'une même réalité théologique issue de l'Aurore indo-européenne mais distingués par leurs mythologies respectives.

 

L’importance de son culte chez les Celtes a conduit les évangélisateurs chrétiens à lui substituer une sainte homonyme, sainte Brigitte aussi appelée sainte Brigitte de Killdara ou, en Écosse, la Vierge ; la Marie des Gaëls. La fête de Sainte Brigitte le 1er février recouvre ainsi les cérémonies d'Imbolc fêtées à la même date, cérémonies qui inauguraient la période des Aurores de l'année et de la sortie de l'hiver.

 

Dans le néopaganisme actuel, et par certains scientifiques français, elle est considérée comme une personnification de la Déesse Mère, à la fois la mère, l’épouse, la sœur et la fille des autres dieux. Son nom se trouve sous différentes graphies, et elle se manifesterait selon eux sous la forme d’innombrables avatars.

 

Dans les pays anglo-saxons, on semble plutôt considérer que les Celtes avaient plus d'une déesse, et que cette notion de déesse unique aurait été influencée par le culte marial du Moyen Âge et renforcé par le livre de Marija Gimbutas, Le Langage de la déesse.

 

La croix de sainte Brigitte est un symbole irlandais. Les premières croix attestées remontent au XVIIe siècle. Les croix sont le plus souvent fabriquées avec des joncs ou, plus rarement, avec de la paille.

 

Il existe beaucoup de rituels associés à la fabrication de la croix même si son usage décline. Certains catholiques en gardent chez eux, surtout en zone rurale. La tradition veut que la croix de sainte Brigitte protège la maison des incendies et des maléfices.

 

La croix est associée à Brigitte d'Irlande ayant vécue entre 451 et 525, qui est vénérée comme un des saints patrons d'Irlande.