Hugues de Payns

Hugues II de Payns est un chevalier champenois, fondateur et premier maître de l'ordre du Temple. Il né en 1 074 et meurt en 1 136.

 

Dans le contexte de la croisade prêchée par le pape Urbain II en 1 095, le chevalier Hugues de Payns organisa, en 1 119, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ au service des chanoines du Saint-Sépulcre à Jérusalem. En 1 129, cette milice fut fondée en ordre monastique et militaire qui prit le nom d'ordre du Temple.

 

Son nom

 

Dans sa traduction française de l'Eraclès, Guillaume de Tyr le nomme ainsi : Hues de Paiens delez Troies. Le village de Payns dont il porte le nom se situe à 12 km au nord-ouest de Troyes, ancienne capitale de la province et résidence des comtes.

 

L'orthographe n'étant pas stabilisée, on peut relever une grande variabilité de graphies, plus de cinquante, du nom du domaine de Payns dans 65 manuscrits des XIIe et XIIIe siècles : Peanz, Painz, Pahans, Pedaneis, Paienz, Paaent, Pedannus, Pedannis, Paencio, Peantio, Paanz, Painis, Pedano, Pedans, Pedaneis, Pedennagio, Paens, Paianis, Paieno. Ces différences de graphies, si elles concernent également des membres de sa famille ou directement le domaine, se retrouvent dans des documents concernant Hugues lui-même. On note la récurrence de la racine ped dans un certain nombre de ces graphies. La base Hugo de Paganis émanant de chroniques et de copies de document du XVIIIe siècle, la prudence est donc de mise concernant cet usage.

 

La prononciation actuelle qu'il convient d'employer est pin.

 

Il existe une hypothèse ardéchoise mentionnée, entre autres, par Michel des Chaliards, avec Hugues de Payens, né en 1 070 au château de Mahun, en Vivarais. Cette hypothèse se retrouve dans la Revue du Vivarais, tome LXXXVI no 2 d'avril juin 1 982, qui cite en page 125, une référence à Hugues de Pagan, originaire du Vivarais, d'un château proche de Vérines, prieuré dépendant de celui de Macheville, selon le Père Odo de Gissey, Histoire de N.D. du Puy, 1 644. La liaison est faite avec le château de Mahun, commune de St-Symphorien-de-Mahun. Mention est faite d'Aymon Ier, qui serait le grand-père de Hugues de Pagan. Différentes références à des armoiries sont ensuite données. Ainsi Anno millesimo centesimo trigesimo, Hugo de Paganis, vivariensi, primo militiæ Templi magistro, de Polycarpe de La Rivière - Carpentras, Bibliothèque municipale, ms 515, page 679.

 

Sa famille

 

Hugues II de Payns, fondateur principal de l'ordre du Temple, est un des deux fils issus du second mariage de son père, Hugues de Payns premier du nom. Son père se maria avec l'héritière du domaine de Montigny dont il devint le seigneur. 

 

Il était également le père de Gautier, qui devient seigneur du même lieu vers 1 100. La mort de cette héritière, probablement avant 1 070, a poussé le seigneur de Montigny à reprendre une épouse, de laquelle il eut deux fils : 

  • Acheus de Payns ;
  • Hugues II de Payns ;

La famille de Payns/Montigny, d'après les chartes de l'abbaye de Molesmes, avait des liens de parenté avec les Touillon et les Montbard, famille de saint Bernard de Clairvaux.

 

Peu après que le comte de Champagne eut confié le domaine de Payns, domaine de ses ancêtres, à Hugues II, celui-ci se maria, en 1 108 à Élisabeth de Chappes. Cette union dura peu de temps, car Hugues II partit en 1 113 ou 1 114 pour la Terre sainte, à la suite de la mort de sa femme. Néanmoins, quatre enfants virent le jour.

 

Gibuin, qui devient vicomte de Payns, avant 1 140 et de Chappes, par sa mère, meurt sans descendance avant 1 150.

 

Thibaud devient ecclésiastique et est élu abbé de l'abbaye Sainte-Colombe de Saint-Denis-lès-Sens en 1 139.

 

Il participe au concile de Sens de 1140 en compagnie de saint Bernard, concile qui condamne Pierre Abélard pour ses thèses peu orthodoxes. Il entreprend la construction d'une nouvelle église abbatiale en 1 142, mais part en 1 146 en Orient, où il trouve la mort au cours de la deuxième croisade.

 

Isabelle, parfois appelée également Élisabeth, se marie à Gui Bordel, qui meurt à la deuxième croisade, comme son frère Thibaud de Payns. Cependant, l'un de leurs enfants, Gui Bordel II, devient templier et puis commandeur de la commanderie de Bure-les-Templiers.

 

Herbert a une descendance dont la trace ne se perd qu'au début du XVIe siècle.

 

Toutefois, sa lignée conserve jusqu'à la guerre de Cent Ans le château de Payns, près de la commanderie du même nom. Après cela, toute trace d'elle se perd.

 

Sa vie

 

Période ayant précédé l'installation en Terre sainte

 

Hugues II de Payns vécut en Champagne pendant la première période de sa vie. La date exacte de sa naissance est inconnue, mais on peut la situer entre 1 070 et 1 080.

 

C'est en l'année 1 100, et en qualité de témoin, qu'il appose sa signature sur deux chartes de Hugues de Troyes, comte de Champagne. Il est probable que Hugues de Payns, vassal d'Hugues de Troyes, était un seigneur de renom, proche de la famille comtale, puisque fils d'un des vassaux, le seigneur de Montigny, de celle-ci.

 

En 1 095, le pape Urbain II, lors du concile de Clermont, déclenche le mouvement des croisades au Proche-Orient. C'est le départ massif de la première croisade qui s'acheva en 1 099 par la prise de Jérusalem par les croisés. Hugues de Payns n'y participe pas, car il est encore à la cour du comte de Champagne.

 

C'est plus tard, en 1 104, qu'il accompagne son suzerain Hugues de Champagne en Terre sainte, où il demeura pendant trois ans. De retour chez lui en 1 107, Hugues de Payns se voit confier le domaine de Payns, celui de ses ancêtres, par son suzerain. Il épouse l'année suivante en 1 108 une jeune fille noble du Sud de la Champagne, Élisabeth de Chappes.

 

Ils auront quatre enfants nés entre 1 108 et 1 114. En 1 113, Hugues de Payns signe une charte de donation du comte de Champagne. Le document porte l'inscription suivante : Hugo, dominus (seigneur) de Peanz.

 

Installation en Terre sainte et création de la militia Christi

 

En 1 114, il part à nouveau pour la Terre sainte avec Hugues de Champagne, mais cette fois-ci, il s'y installe définitivement. On peut considérer que sa femme mourut entre 1 113 et 1 114.

 

Hugues de Payns rejoint Godefroy de Saint-Omer, qui organisait ce qui allait devenir en 1 119 la milice des Pauvres Chevaliers du Christ, un groupe de chevaliers qui œuvraient alors à la protection du tombeau du Christ, haut lieu de pèlerinage, à Jérusalem. Ce groupe de nobles laïcs vivait alors sous la protection et l'autorité des chanoines du Saint-Sépulcre. Leur objectif était de protéger les pèlerins venant d'Occident jusqu'à la Ville sainte. Ils étaient vraisemblablement hébergés à L'Hospital de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

 

C'est en 1 120 que naît l'idée de créer une milice indépendante appelée militia Christi. À la suite de la bataille de l'Ager Sanguinis, Baudouin II, roi de Jérusalem, convoque le concile de Naplouse en janvier 1 120. La formation de cette milice a conduit ses membres à prononcer des vœux religieux et à suivre les usages des chanoines réguliers. Cette militia Christi est à l'origine de l'ordre du Temple, fondé en 1 129 au concile de Troyes.

 

La reconnaissance et les premiers développements de l'ordre du Temple

 

Un des moteurs de cette reconnaissance fut l'ancien suzerain d'Hugues de Payns, Hugues de Champagne. En 1 125, il quitte à nouveau la Champagne, après avoir désigné Thibaud de Blois pour lui succéder, et s'engage dans la militia Christi. Deux ans plus tard, en 1 127, Baudouin II et le patriarche de Jérusalem, Gromond de Picquigny, envoient Hugues et quelques-uns de ses frères en Occident. Pour Hugues, il est nécessaire de fonder une base solide en Occident. Cela passe par le recrutement d'hommes désireux de combattre en son sein ou à ses côtés, par l'établissement d'un réseau capable de soutenir l'effort militaire d'outre-mer. Mais par-dessus tout, il lui faut obtenir l'accord des autorités religieuses. Pour cela, il demande au pape Honorius II de convoquer un concile, afin de sanctionner la création de son organisation.

 

Hugues, accompagné de ses frères, chevauche alors à travers tout l'Occident en 1 127, 1 128 et une partie de 1 129, afin de rassembler des soutiens, moraux et également logistiques. Les nombreuses donations faites à ce moment à l'ordre sont l'occasion de mettre en place un réseau de commanderies, chargées de fournir chevaux, guerriers et argent, toutes choses nécessaires à l'action en Terre sainte.

 

En 1 127, lors de son passage en Champagne, le comte Thibaud II lui donne une maison à Barbonne, qui sera une des premières commanderies. Le cortège passe en Anjou, en Normandie, en Angleterre, en Flandre avant de revenir en Champagne. C'est à ce moment que prend place le concile de Troyes, en janvier 1 129. Hugues y est présent, en compagnie de Payen de Montdidier, Archambaud de Saint-Amand, Geoffroy de Bossoit et trois autres frères, Gondemard, Raoul et Jean. D'autres dons sont versés à cette occasion au tout nouvel ordre.

 

À leur retour en Terre sainte fin 1 129, les Templiers étaient bien plus nombreux, et disposaient d'une base correcte en Occident.

 

Hugues de Payns dirigea l'ordre du Temple pendant près de vingt ans, jusqu'à sa mort en Terre sainte en 1 136. Les derniers actes l'évoquant datent de 1 133, et les chroniques le disent mort en 1 136. Les circonstances de sa mort, curieusement, ne sont pas connues. Il était âgé d'environ 56 à 66 ans. Un obituaire de la commanderie de Reims indique que les Templiers célébraient sa mémoire le 24 mai, mais rien ne prouve qu'il s'agit de la date précise de sa mort.

 

Un chroniqueur du XVIe siècle situe sa sépulture dans l'église Saint-Jacques de Ferrare.

 

Il n'existe aucun portrait contemporain de lui.