L'île d'Aval et la légende d'Avalon

Réalisation Coltaris

Îlot d'Aval Côtes-d'Armor

 

L'île d'Avalon, bien que citée historiquement par Pline l'Ancien, est principalement supposée être une île mythique de la tradition celtique. Située à l'Occident, à une distance et en un lieu indéterminé, elle est aussi nommée l'Île Fortunée et semble bien symboliser l'Au-Delà, l'Autre Monde ou pour d'autres la Féerie, la Magie. C'est là que sont amenés les héros après leur mort, dans la direction du soleil couchant. Le mot occident ne vient-il pas du latin occidere signifiant se coucher pour le soleil, ou succomber, pour une personne.

 

Certains érudits ont aussi pu proposer un jeu de mots entre avalon et le verbe avaler.

 

« Aller vers le val, vers le couchant, et en même temps évoquer l'engoulement, l'engloutissement, le fait d'être avalé par la Mort ... ».

 

La navigation est longue pour y parvenir, et incertaine pour les vivants, car elle implique un passage ou un trépas, mais elle peut se faire dans les deux sens. Le retour est possible, pour le roi Arthur qui y attend le moment de revenir réunifier les Celtes, d'après une tradition solidement implantée.

 

La science considérait majoritairement Arthur et ses légendes comme une invention relativement moderne car la plupart des écrits les mentionnant dataient du haut moyen-âge. Le haut Moyen Âge est la première des trois subdivisions principales du Moyen Âge avec le Moyen Âge central et le Moyen Âge tardif. Par convention, le haut Moyen Âge, est une période historique qui commence en 476 avec la déposition du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, par Odoacre à Ravenne. Si autrefois on le faisait terminer en l'an 1 000, cette date symbolique n'est plus vue comme charnière par les historiens. En fonction des spécialistes, la transition entre le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central se fait en 888, qui correspond au début de la période d'alternance entre des rois carolingiens et robertiens, mais également au début de la société féodale et des raids vikings, ou en 987 avec le début de la dynastie capétienne. Il inaugure une époque médiévale durant laquelle, en Occident, la culture latine est transmise dans les monastères. Le latin vulgaire se transforme progressivement et donne les langues romanes. 

 

On pensait que c'était dans la « Vita Merlini » de Geoffroy de Monmouth vers 1145, qu'on la voyait mentionnée clairement pour la première fois. Mais il est certain maintenant que cette tradition remonte à bien plus loin dans le temps. Pline l'Ancien entre 23 et 79 après notre ère, dans son Histoire Naturelle [voir note bas d'article] Volume IV, évoquait déjà Avallus, une mystérieuse île, d'où provenait l'ambre, un produit réputé d'origine surnaturelle.

 

Taliesin entre 518 et 599 évoque pour Merlin cette Île des Pommes, en latin Insula Pomorum, île des fruits.

 

Avalon renvoie à la racine celte aval, ayant sens de pomme, où tout est régi par une douce loi. C'est le pays de l'éternelle jeunesse et de l'éternelle santé, où l'on ignore la mort et où les fruits sont toujours mûrs. Sorte d’Eden, de Paradis. Morgane [voir note bas d'article], aux multiples pouvoirs, y règne avec ses 8 sœurs. Elle y veille tout particulièrement sur Arthur qu'elle y a recueilli, blessé, après la bataille de Camlann pendant laquelle il tue son fils Morded.

 

Notons tout de suite que l'ambre est le produit fossilisé de la résine de résineux. Et l'île d'Aval en est remplie, ainsi que de pommes de pins logiquement. Les découvertes récentes font de l'ambre un produit très commercialisé à l'âge du bronze, donnant même des Princes de l'Ambre très riches implantés au niveau de la Mer du Nord et de la Baltique, de l'actuelle Angleterre, la Scandinavie et les régions néerlandaises et allemandes du nord.

 

Île Grande

 

Taliesin est un personnage important de la mythologie celtique et de la littérature galloise, il est à la fois un poète historique du VIe siècle et un barde mythique de la littérature galloise. Il n’est pas facile de les différencier d’autant que le barde est parfois assimilé à Myrddin. Son nom est aussi associé au Livre de Taliesin, un recueil de poèmes manuscrits du Xe siècle mais dont la composition serait contemporaine du barde historique. La légende en fait le Chef des Bardes de Bretagne et compagnon d'Arthur.

 

Cette image du paradis celtique peut être identifiée à l'Emain Ablach de la tradition irlandaise, et on lui a donné par la suite bien des noms Terre des Jeunes, Île Lointaine, Île de Verre, Terre de Promission des Saints, Palais de Cristal au-delà de la mer, Île Perdue.

 

Avec la christianisation, elle devient cette île merveilleuse vers laquelle s'embarque Saint Brendan et qui devient l'île de Saint Brendan qui apparaît sur les cartes maritimes en divers endroits dès le XIIIe siècle.

 

En parallèle, les mêmes cartes maritimes du XIIIe siècle mentionnent également les îles légendaires ou fantômes de Brasil ou Hy-Brasil et de Antilia, rattachée elle à la légende de l'Atlantide de Platon. 

 

Dans la mythologie irlandaise, l’on retrouve une île dénommée Hi-Brasil, Hy-Breasal, Hy-Brazil, Hy-Breasil ou Brazir est évoquée et localisée au large de l'Irlande ou dans les parages de l'archipel des Açores. Cette île aurait été habitée par des moines irlandais.

 

Avec la Renaissance, on la retrouve sur une des premières cartes de l'Amérique, à Terre-Neuve.

 

Divers sites insulaires situés à l'ouest perpétuent ce nom, au large de Los Angeles, ou l'îlot d'Aval en Pleumeur-Bodou, dans le département des Côtes-d'Armor en France.

 

On a aussi voulu la localiser à Glastonbury, en Angleterre, qui aurait autrefois été environnée de marécages, et où le tombeau du roi Arthur est réputé avoir été retrouvé. Probablement une arnaque montée par des moines au Moyen-Age à l'aide de tombeaux du monastère local.

 

Question archéologie moderne, à l'inverse de celle du XIXe siècle qui n'en a pas fait une priorité du tout, la mention d'une trentaine de squelettes presque intacts découverts sur l'île d'Aval, dans deux fosses communes, fait tendre l'oreille. Heureusement, certaines archives du passé révèlent des détails intéressants et importants. Si l’on regarde attentivement la plus haute colline, on peut y distinguer les restes d'une imposante bâtisse, dont de solides murs l'encerclant. A gauche de cette photo qui date des années 1950, l’on peut voir les murs du cimetière mérovingien et le menhir en son sein.

 

Photo de l'île d'Aval (1950)

 

Dans une lettre adressée par René Robert, lieutenant de vaisseau, cet explorateur annonce à Polak qu’il était de passage à Lannion, un village situé près du bord de mer et séparé par un simple chenal d’une île qu’on appelle l’île d’Aval.

 

Là, il a appris qu’on venait de fouiller, et qu’on disait avoir trouvé la tombe du roi Arthur. Dans ces sépultures, on trouva divers objets, des dents de cheval, quelques fragments de poteries que n’a pas pu voir Robert, et une trentaine de squelettes plus ou moins complets. Ces squelettes n’ont pu être retrouvés qu’en morceaux parce que les individus qui étaient chargés de la fouille avaient rejeté les squelettes, ne s’occupant qu’à chercher un trésor.

 

Dans le voisinage existe un petit tumulus qui n’a pas encore été ouvert, et qui est fait en pierres de peu de hauteur. L’un à 80 centimètres, et l’autre 2,50 mètres. Il y a là des restes d’anciens monuments celtiques, et enfin, sur la surface du sol tout près de là, le curé du village en question a trouvé une hache polie en serpentine, et une autre arme dont Robert a fait un dessin exact. Il y a donc quelque possibilité que ces objets-là proviennent d’une époque très ancienne, de l’époque néolithique.

 

Le crâne qu’il a envoyé répond jusqu’à un certain point à cette indication. Crâne de femme, dolichocéphale, dont la portion frontale est très étroite. Ce crâne a été déformé par le poids des terres, de sorte que le temporal droit se trouve abaissé. Ce crâne répond assez bien à l’idée qu’il provient d’une race néolithique. Les mâchoires inférieures sont au nombre de deux. Il y a bien trois fragments, mais ils ne forment que deux mâchoires. Les dents sont usées, transversalement, jusqu’au canal dentaire, quoique les sujets paraissent encore jeunes. Cette usure précoce s’observait fréquemment à l’époque de la pierre polie, avant qu’on eût connu la mouture. A l’époque où l’on n’avait que des instruments grossiers pour la mouture, le grain ne se réduisait pas en poudre facilement, de sorte qu’il fallait faire agir les dents, et par ce moyen elles s’usaient beaucoup plus vite.

 

M. Robert regrette de n’avoir pu envoyer qu’un seul crâne. Tous les autres crânes et ossements ont été réclamés par l’autorité ecclésiastique.

 

LETTRE PAR LAQUELLE MONSIEUR LE DOCTEUR LEDENTEC DE LANNION ANNONCE L’ENVOI D’UN CRANE TROUVE DANS LES FOUILLES DE L'ÎLE D’AVAL

 

 

Extrait du livre l’île Grande d’Ernest LE BARZIC

 

Le 5 février 1878, au cours d’un défrichement opéré par le colon de l’île d’aval, celui-ci mit à jour trente squelettes d’hommes et, semble-t-il, autant de squelettes de chevaux.

 

Par la suite, certaines personnes, dont l’abbé France, historien de Kerduel, affirmèrent que les squelettes des hommes étaient couchés en cercle autour du menhir, près d’une croix de type très primitif et d’un dessus d’autel, lui aussi fort ancien, croix et dessus d’autel se trouvant dans le sol.

 

D’autres, dont le docteur Le Dantec, père du philosophe et biologiste, qui se rendit sur place avec son fils, les virent inhumés sur deux rangs. Elles constatèrent la présence du menhir, que chacun connaissait sous le nom de Tombe du roi Arthur, celle également de la croix et du dessus d’autel dégagés de la terre.

 

Le docteur Le Dantec eut l’impression que les corps humains avaient été étendus en deux fosses communes parallèles. Il n’y avait pas de débris d’armes parmi eux. Deux détails frappèrent ce témoin de marque :

  • Les crânes des hommes étaient dolichocéphales comme le sont généralement ceux des Nordiques ;
  • Un suintement s’échappait encore du sabot des chevaux ;

Au moment de cette découverte, l’on ne disposait pas des moyens actuels pour déterminer avec précision l’époque de l’inhumation collective des cadavres. L’on n’avait point les mêmes classements archéologiques qu’aujourd’hui. L’on doit donc se borner à des approximations.

 

Le drame qui coûta la vie à ces trente hommes et à leurs montures pouvait se situer entre les VIe ou VIIe siècles et les XIIe ou XIVe siècles. C’est bien vague.

 

L’imagination poétique aidant, l’on n’hésita pas à dire qu’il s’agissait du roi Arthur et de ses preux compagnons. L’on était frappé, et on le demeure, par ce fait que la mémoire populaire ne transmet pas le souvenir d’un combat sur terre, souvenir qui aurait subsisté, même rétréci, déformé, si ce combat avait eu lieu, par exemple, pendant la guerre de Succession de Bretagne.

 

Alors que nous cherchions, il y a une vingtaine d’années, à percer ce mystère nous avons recueilli d’un ancien cap-hornier, le capitaine Pincemin, une tradition bien menue, certes, mais qui apparaît apporter la lumière. Ces morts de l’île d’Aval seraient les victimes d’un naufrage du temps du Prince Noir, probablement des chevaliers anglais dont le bateau se serait fracassé sur des rochers proches. Donc un drame du milieu du XVe siècle. Une découverte d’objets tel que monnaies, débris d’armes pourrait permettre, un jour, d’être plus affirmatif à ce sujet.

 

Au Xe siècle, pendant la victorieuse campagne d’Alain Barbetorte contre les Normands. L’antique croix d’Aval rappelle celles de Toull-ar-C’houiled, en Plourivo et d’autres croix commémoratives de la lutte contre les Vikings, celles de Questembert et du Léon. Le nom de Kroaz an Norman à Plouzané, semble pourtant être la seule mention qui soit restée des combats du Xe siècle dans cette dernière région.

 

Note d’Ernest Le Barzic

 

Un endroit des lieux, dont la plage de Pleumeur-Bodou, porte le nom de Landrellec. Or, rellec ou relecq, comme dans Relecq-Ker-Huon signifie Relique. Le nom de lieu Landrellec est composé de Lann signifiant terre et de rellec. Ceci pouvant s’interpréter en Une Terre de Reliques.

 

Les choses se compliquent quand les recherches sur l'île font découvrir que, en passant le pont de l’île-Grande, l’île boisée apparaît près de la petite Île au Mouton. A marée basse, elle est accessible à pied mais la parcourir est interdit car c’est une propriété privée. De très anciennes traces humaines y sont découvertes. Côté Est, des outils grossiers en quartz, datant d’environ 600 000 à 300 000 ans avant notre ère. Traces de présence de l’Homme de Néanderthal au Paléolithique moyen entre - 300 000 et - 45 000 ans.

 

Au Sud de l’île, outils et éclats de silex taillés du type racloirs et denticulés, que les derniers chasseurs-cueilleurs du Mésolithique entre - 10 000 et - 5 000 ans y ont laissé avec de petits outils en silex.

 

Vers le VIe siècle, des moines s’y installent et édifient, au centre de l’île, une chapelle dédiée à Saint Marc. Cette chapelle avait probablement été construite à l’emplacement d’un lieu de culte antique dédié au Dieu Marc’h, aux oreilles de cheval. Selon la tradition celtique, le Dieu Marc’h conduisait les morts vers l’Ile d’Avalon. Au milieu de l’ancien cimetière monastique, délimité par des murets de pierres sèches, se dressent un menhir et une croix mérovingienne.

 

MONUMENT CHRÉTIEN EN L’ÎLE D'AVAL

 

Du XIXe siècle vers 1950 l’île a été habitée par une famille de cultivateurs puis par des carriers. Il existe encore sur l’estran des traces d’extraction de granit et de sable. On y trouve encore une ancienne allée charretière, utilisée par les goémoniers et les carriers, et des pierres de lest abandonnées par les navires de charge.

 

CHEMIN SUR L’ÎLE D'AVAL

 

Quelques légendes et histoires survivent au sujet de l'île

 

On raconte que c’est bien là que repose le Roi Arthur, sous le mégalithe. Car Arthur aurait été seigneur de Kerduel et que les chevaliers de la Table ronde auraient, un temps, séjourné au château.

 

Une pierre découverte à Guéradur serait celle de l’ancien autel de la chapelle disparue. Certains la jugent mystérieuse. La légende dit que cette pierre était auparavant située sur l’île d’Aval et que d’un bond, le cheval d’Arthur serait arrivé à Gweradur et y aurait déposé la pierre.

 

Le hameau de Crec’h Lagadurien, à 2,5 km de Gweradur, serait une colline servant d’observatoire au Roi Urien de Gorre, époux de la fée Morgane. Le nom du hameau signifie la colline de l’observatoire d’Urien. Crec’h signifie tertre en breton, et lagad se traduit par œil, regard, clarté.

 

Une autre légende raconte que cette pointe rocheuse de l’île-Grande, battue par les flots et particulièrement admirée lors de tempêtes a été considérablement modifiée par l’exploitation du granit. On la désigne aujourd’hui sous le nom Le Corbeau ou encore Le rocher du Corbeau. Mais les plus anciens savent qu’il s’appelle, en réalité Kastell Enez Vran. Kastell signifiant falaise rocheuse ou amas rocheux. Ce terme a souvent été traduit à tort par château. 

 

L’amas rocheux du corbeau serait, dit-on, une réincarnation du roi Arthur ou de son épouse Guenièvre.

 

On dit également que :

 

« Morgane ne permettait à Arthur de sortir de l’île d’Aval pour visiter ses états que sous la figure d’un corbeau et le peuple croit encore, dans plusieurs localités des deux Bretagnes, qu’un jour il reprendra entièrement sa forme première et reviendra gouverner ».

 

ANTIQUITÉS DE LA BRETAGNE, DE MONSIEUR LE CHEVALIER DE FREMINVILLE, 1837

 

LE CHATEAU DE KERDUEL

 

Selon la tradition, le château de Kerduel était l’une des résidences du roi Arthur. D’ailleurs, le nom de ce château s’apparente au nom Carduel palais du roi Arthur situé en Grande-Bretagne. Selon la légende, par les nuits d’hiver, le roi Arthur hanterait le parc du château de Kerduel sur son cheval blanc.

 

C'est ici l'occasion de conter brièvement la complexe histoire du Roi Arthur, partagée entre légendes et Histoire.

 

Le Roi Arthur, en fait Arthur Pendragon, est fils d’Uther Pendragon, roi des Bretons et d’ Ygerne, femme du Duc de Cornouailles. L'histoire nous apprend que c'est grâce à la magie du Mage Merlin, qu'Uther a séduit Ygerne en prenant les traits de son mari.

 

Certains chercheurs pensent qu’il aurait vécu au VIe siècle et serait originaire du Pays de Galles, ou de l’Ouest de l’Angleterre, Glastonbury, mais l’emplacement exact de sa cour, connue sous le nom de Camelot, reste un mystère.

 

Une fois né, Merlin prend l’enfant et le confie à un homme sage, preux chevalier, afin qu’il puisse grandir au sein d’une famille et recevoir une éducation digne et rigoureuse.

 

La Table Ronde créée par Merlin pour Uther Pendragon est donnée en dot à Arthur lorsqu’il épouse la reine Guenièvre, originellement Gwen Arhant. Le Roi Léodagan de Carmélide avait de très bonnes relations avec le roi Arthur et permit ainsi sa rencontre avec sa fille Guenièvre. Il institue la Confrérie des Chevaliers de la Table Ronde.

 

Mais la Reine s’éprend de Lancelot et quitte Arthur. Ce dernier est séduit par la suite, à son insu, par sa demi-sœur Morgane. Un garçon, Mordred, naît de ces amours incestueuses. Un jour Mordred tente de prendre possession de Camelot. La bataille est longue et pénible. Durant cette bataille, Mordred trouve la mort et Arthur est sévèrement blessé.

 

Il se retire à Avalon, monde souterrain enchanté créé par Merlin. Le roi Arthur est en dormition à l’abri d’un mégalithe et reviendra un jour.

 

Morgane accueille Arthur, après sa bataille contre son fils Mordred. Morgane, fille d’Uther Pendragon et d’Ygraine, elle est la demi-sœur d’Arthur. Elle est instruite dans l’art magique par Merlin, ce qui lui vaut le surnom de Fée.

 

Épouse d’Urien, elle montre une personnalité ambiguë, à la fois néfaste, toujours prête à comploter contre les chevaliers de la Table ronde, aidée de son vivant par Mordred et protectrice de la majesté royale d’Arthur. C’est elle qui lui dévoile l’adultère de Lancelot et Guenièvre en lui montrant la Chapelle aux images, où Lancelot a représenté son amour, et qui envoie à la cour un écu magique destiné à dénoncer la Reine.

 

À l’issue de la bataille suprême, Morgane recueillera Arthur gravement blessé dans son île d’Avalon, souvenir de ses lointaines origines marines.

 

À l’Ile-Grande, le rocher du Corbeau, Kastell Enez Vran de son vrai nom, serait une réincarnation du roi Arthur ou de son épouse Guenièvre. Le corbeau, comme l’ours, le chien et le cheval étant des animaux sacrés pour les Celtes.

 

En ce qui concerne Merlin, c’est l’enfant sans père, fils d’un démon et d’une nonne, mais qui échappe au diable par le baptême. A sa naissance, Merlin est déjà doté de pouvoirs surprenants, il peut parler, voir le passé, le présent et l’avenir et il sait transformer l’apparence des gens.

 

Il organise l’avenir de la Bretagne. Il vit dans une forêt auprès d’un scribe à qui il confie le soin de mettre par écrit les événements du royaume et ses prophéties. 

 

Conseiller d’Uther Pendragon, il construit le site de Stonehenge. C’est lui qui permet à Uther de prendre l’apparence du duc de Cornouailles pour coucher avec Ygerne, qui donnera naissance à Arthur. À peine l'épée magique Excalibur a-t-elle désigné le souverain que Merlin vient le guider. Chef de guerre, barde, médecin, prophète, il maîtrise la pluie, le vent, le feu. Il conseillera le roi jusqu’à sa dernière mission, envoyer les chevaliers en quête du Graal, leur aventure ultime.

 

Il confie l’éducation d’Arthur à un sage sous protection, pour qu’il l’élève. Plus tard, Merlin organise l’avènement d’Arthur au trône, notamment à l'aide de l'épée Excalibur.

 

Merlin interprète les signes et lit dans les étoiles. Il devine ce qui est caché, et voit l'avenir comme le passé. Ses pouvoirs le conduisent parfois à rire des apparences, d'un rire incompréhensible au commun des mortels. Merlin connaît l'usage de la magie et l’enseigne. Ses élèves magiciennes sont toutes des femmes, dont Morgane et Viviane. Beau et laid, jeune et vieux, sage et fol, Merlin surprend toujours par l'extrême variété des aspects qu'il adopte. Vieillard, harpeur aveugle, page élégant, bouvier sauvage, bûcheron. Ou encore cerf au blanc pied, le cerf, qui et qui guide les humains à travers les portes de l'Autre Monde.

 

Merlin parle le langage des animaux et chevauche même à la tête d'une armée de cerfs. A Brocéliande, on le devine derrière le maître des taureaux furieux. Les forêts restent le lieu entre tous où Merlin se réfugie pour redevenir lui-même après la folie des hommes. Il vit comme animal, se nourrissant des fruits des bois et de l'eau des sources. Il tire de cette osmose avec la nature sa force et son pouvoir prophétique.

 

Lorsque Merlin livre à Viviane le secret qui va le faire prisonnier il connaît les pensées de la fée des eaux. Il sait depuis longtemps son propre destin. Il doit vivre son éternité auprès de sa bien-aimée, au cœur de la forêt de Brocéliande.

 

Selon la légende, Merlin tomba en effet éperdument amoureux de la fée Viviane, la Dame du Lac, et l’initie à ses enchantements. Il lui confie le secret pour se lier un homme à jamais et elle l’emprisonne dans son esplumoir, sorte de cage à oiseau.

 

Merlin construit un château de cristal, en une nuit, pour sa bien-aimée, au fond d’un lac. C’est ce qui vaut à Viviane le nom de Dame du lac. Mais seuls Viviane et ses serviteurs peuvent voir ce château.

 

On dit qu’aujourd’hui encore Merlin l’enchanteur est enfermé dans la forêt de Brocéliande, au cœur de la Bretagne française actuelle.

 

Viviane est fille d’un petit seigneur de la forêt de Brocéliande. Elle est née au château de Comper, dans la forêt de Brocéliande. C’est par le hameau de Folle Pensée que l’on peut atteindre, après une bonne marche, la fontaine de Barenton. Ici, pour la première fois, l’Enchanteur Merlin voit la fée Viviane assise au bord de la fontaine et il éprouve le premier choc d’une folle passion. Avant cette rencontre, elle élève son fils Lancelot qu'elle a dérobé à sa mère.

 

Merlin lui transmet même le secret de l’emprisonnement éternel que lui-même ne savait pas défaire. Désireuse de garder son amant, Viviane use du sortilège sur lui et l’emprisonne dans un arbre que l’on peut encore voir, paraît-il, en la forêt de Brocéliande. Ainsi ils vivent pour toujours à Brocéliande, mais invisibles aux humains.

 

En ce qui concerne la quête du Saint Graal par les Chevaliers de la Table Ronde, elle se révèle très étrangement aux Chevaliers. Le Graal apparaît aux Chevaliers alors qu'ils sont assis autour de la Table ronde. Le Saint Graal est la coupe utilisée par Jésus-Christ et ses douze disciples au cours de la Cène et c’est aussi dans cette coupe que Joseph d’Arimathie reçoit le sang du Christ. Ce dernier est un personnage cité par les Évangiles qui donne son tombeau pour ensevelir Jésus-Christ. En reconnaissance de son geste, le Christ lui remet le Graal où a été recueilli son sang.

 

Les Chevaliers expérimentent alors des visions merveilleuses. Un grand sentiment de bien être et d’amour les envahit, puis, le Saint Graal disparaît. C’est alors que Sir Gauvin jure qu’il trouvera où se cache le Graal pour sentir à nouveau cette sensation merveilleuse. Le roi Arthur s’oppose à cette quête, arguant qu’elle serait la dernière de bien des chevaliers, ce qui aurait pour effet de priver Camelot de ses meilleurs éléments.

 

La suite de l'histoire lui donnera raison, avec la mort d'un bon nombre de Chevaliers dans cette Quête mythique, puisque c'est Galaad le Pur, fils de Lancelot, qui finira par le découvrir selon la légende.

 

Notons aussi que sur l'île Grande se trouve une magnifique allée couverte datée d'au moins 4500 ans, accentuant toutes ces légendes celtes.

 

DOLMEN DE L’ÎLE GRANDE (VUE GÉNÉRALE)

DOLMEN DE L’ÎLE GRANDE (VUE DE L'ENTRÉE)

DESSIN DE L.M. FAUDACQ AU XIXE SIÈCLE TEL QUE LE DOLMEN DE L’ÎLE GRANDE ÉTAIT ENCORE A L'EPOQUE

PLAN DE L'ÎLE GRANDE

 

Une vieille femme, née en 1800, racontait à la fin du XIXe siècle que des lépreux, dans les temps anciens, avaient habité le dolmen de l'Île Grande. On leur donnait à manger avec une fourche. Selon une autre tradition orale, le dolmen était habité par des Kornandounezed, des naines, qui aiment les nuits de pleine lune, à danser avec les passants. Si l'on s'exécute de bonne grâce, elles vous remercient très galamment, vous annoncent que vous aurez un garçon et qu'il n'y aura pas besoin, pour sa naissance d'aller chercher une sage-femme.

 

EUDES, O, DOLMENS ET MÉGALITHES DE BRETAGNE, SÉRIE PYGMALION, WATELET EDITIONS, 1981

 

Lancelot est le fils du roi Ban de Bénoïc, royaume voisin de la Petite Bretagne. Enlevé par la Dame du Lac, il devient le fils de la fée, le beau trouvé. Ignorant de ses origines, il passe son enfance dans le domaine enchanté du Lac, en forêt de Brocéliande. À son arrivée à la cour, ses armes d’argent lui valent le surnom de blanc chevalier. Lancelot est l’un des derniers héros arthuriens à rallier la Table Ronde. Lit périlleux, pont de l’Épée, tombes pleines de diables, chevaliers par dizaines, géants, dragons, spectres, il est voué aux plus beaux combats, aux plus rares exploits. Nul ne peut rivaliser avec lui à moins de recourir à la magie. La solitude est le prix de son destin hors du commun. Il ne se lie qu’avec Galehaut, fils de la Belle géante, de l’amitié exclusive des guerriers d’exceptions.

 

Lancelot aime la reine sans détour et sans limites, mais ne peut vivre sa passion au grand jour et n’est que rarement présent à la Table Ronde. Son amour résiste à toutes les épreuves. Guenièvre lui impose les choix les plus cruels, monter dans la charrette d’infamie, se laisser vaincre en tournoi. Morgane le tient captif et le retient à 3 reprises, il ne lui cède pas. Son unique infidélité advient par magie, pour que puisse naître Galaad. Cette trahison involontaire le pousse à la folie et à la fuite dans la forêt. L’amour parfait et coupable à la fois de Lancelot lui interdit de trouver le Graal. C’est pourtant lui qui est choisi pour engendrer Galaad, chaste chevalier, guerrier violent, qui deviendra roi du Graal.

 

Les récits arthuriens s’accordent pour faire naître Lancelot en Gaule, donc en France ou en Petite Bretagne. La Petite Bretagne où s’élève la Joyeuse Garde, son unique possession, sera aussi son refuge face à la colère d’Arthur et à la fureur de Gauvain dont il a tué les frères. Il ne cesse pourtant jamais d’être le meilleur soutien de ce roi à qui il ne doit rien, pas même l’épée de son adoubement offerte par Guenièvre. Pendant le siège de la Joyeuse Garde, le roi venu venger ses neveux se trouve enfin à la merci de Lancelot. Malgré les exhortations de ses compagnons, Lancelot lui sauve la vie.

 

Neveu du roi Arthur, le chevalier Yvain, fils d’Urien, fait partie des compagnons de la Table Ronde. Lorsqu’il entend conter les enchantements de la fontaine de Barenton, et la force de son gardien, le Chevalier Noir, il se précipite vers la forêt de Brocéliande. Il affronte victorieusement du Chevalier Noir et épouse sa veuve, la belle Laudine. Mais, incapable de tenir la promesse faite à son épouse, il perd son amour. Le chagrin le rend fou, il s’enfuit dans la forêt où il retourne à l’état animal.

 

Les soins d’un ermite et un baume préparé par Morgane le ramènent à la raison. Il entreprend alors de reconquérir Laudine. En Brocéliande, il sauve un lion terrassé par un serpent. Le lion devient son serviteur dévoué, son ami fidèle. Au fil des épreuves, Yvain, le chevalier au lion, apprend la générosité, la fidélité, l’oubli de soi. Il affronte aussi le découragement et le désespoir. Au terme de son parcours, apprentissage du métier d'homme et initiation au pouvoir royal, Yvain triomphe de l’obscurité. Son cheminement, accompli entièrement au cœur de Brocéliande, fait de lui l'égal de la Dame de la Fontaine.

Leur mariage renouvelé célèbre l'union des contraires, celle du feu et de l'eau, sans laquelle il n'y a pas d'équilibre dans le monde. Le bouillonnement de Barenton, feu dans l'eau, redit chaque jour l'histoire d'Yvain et de Laudine.

 

Monseigneur Yvain apparaît dans de nombreux romans arthuriens. Il règle les cérémonies et le protocole de la cour. Plein d’élégance et d’amabilité, il accueille les jeunes chevaliers qui viennent se faire adouber par le roi Arthur. C’est lui qui reçoit Lancelot, amené par la Dame du Lac, et qui demande au roi de l’armer chevalier au plus vite. Fidèle à Arthur jusqu’à la fin de la Table Ronde, il est parmi les derniers à mourir de la main de Mordred, aux côtés de son souverain.

 

Excalibur, l’épée forgée dans les profondeurs du royaume des anciens dieux fut offerte au roi Arthur le temps d’un trop bref âge d’or. L’épée repose entre les mains des fées en attendant le retour d’un héros digne d’elle. Elle aurait été forgée à Avalon.

 

Certains la voient resplendissante de joyaux et de filigrane d’or, d’autre l’imaginent simple et dépouillée, un parfait éclair d’argent. Caliburn, Caledfwlch, Escalibor ou Excalibur, l’épée du roi Arthur reste l’emblème le plus pur de l’aventure arthurienne. Le plus fulgurant aussi, puisque dans la main du roi, l’épée brille plus fort que trente torches. Elle s’inscrit dans la tradition des héros désignés par les divinités pour diriger et défendre les hommes avec l’aide d’armes surnaturelles : Achille, Siegfried, Charlemagne, Roland.

 

Aussitôt qu’il reçoit Excalibur, Arthur sait qu’il n’en est pas le possesseur de l’épée, seulement le gardien pour le temps de son règne. Il est le seul à la porter, à l’exception de Gauvain, son neveu préféré, presque son double. Et lorsqu’il est contraint par un sort à mettre en jeu toutes ses possessions, il n’exclut du marché que la Reine, pour la protéger, et Excalibur car, explique-t-il, elle ne lui appartient pas.

 

« La tombe d'Arthur ne se voit nulle part, mais elle se rencontre partout, est-on tenté d’ajouter. Face aux tombes d'Arthur de Grande-Bretagne, dont la plus célèbre est à l'abbaye de Glastonbury, les Bretons ne sont pas en reste. Outre une tombelle à Crozon, la tradition s'attache surtout à l'île d'Aval, au large de Trébeurden, et la tentation est grande de relier Aval à Avalon. Dans Trégor encore, le château de Kerduel renferme une Chambre d'Arthur. Au large du sillon de Talbert, Morgane avait un château où elle retenait Arthur prisonnier, et d’où il avait le droit de sortir pour survoler la Bretagne sous la forme d’un corbeau. On n'aura garde d'oublier le camp d'Artus dans la forêt de Huelgoat, ni les Montagnes Noires où apparaît l’armée fantôme du roi, et où le cheval d’Arthur a laissé 17 empreintes de son sabot, non plus que le château de Joyeuse Garde près de Landerneau. Et Brocéliande, bien sûr ». 

 

CLAUDINE GLOT, CENTRE DE L'IMAGINAIRE ARTHURIEN

 

En ce qui concerne les britanniques, il faut aussi noter la découverte récente, en 2017, de preuves que Tintagel, donnée comme la ville ayant donné naissance à Arthur, existait bien déjà au VIIe siècle, avec ces informations. Un mélange énigmatique de mots et de symboles gravés du VIIe siècle ont été mis au jour à Tintagel, site des Cornouailles associé à la légende du roi Arthur.

 

C'est une dalle d'ardoise de 61 centimètres de large datée du VIIe siècle incisée de mystérieuses écritures mêlant des caractères latins, grecs et des symboles chrétiens, qu'ont exhumée des archéologues britanniques sur le célèbre site de Tintagel, sur la côte nord des Cornouailles, au Royaume-Uni. En 1998, l'identification du terme celte Artognou sur un de ces blocs, l'avait fait un peu vite rattacher au nom du roi Arthur.

 

Tintagel est en effet lié au fabuleux héros depuis le XIIe siècle. Cette péninsule d'une grande beauté sauvage, battue par les vents autant que par les vagues, s'est trouvée reliée par des récits littéraires dès 1135, au lieu où le roi Arthur aurait été conçu.

 

Selon le journal The Guardian, qui relaie la trouvaille, la dalle d’ardoise extraite au cours de l’été 2017, mais dont les archéologues viennent de révéler l’existence, contiendrait les noms romains et celtiques de Tito et Budic, les mots latins fili, fils ou fils et viri duo, deux hommes ainsi que d'autres signes, que les experts lient à une communauté vivant sur la grande terre, à la périphérie immédiate de la forteresse. Le château de Tintagel a été érigé sur ce lieu mythologique au XIIIe siècle, par Richard de Cornouailles, le frère d’Henri III, roi d’Angleterre.

 

Notes de références

 

L’Histoire naturelle de Pline l'Ancien

 

PLINE L’ANCIEN

PORTRAIT IMAGINAIRE D’APRÈS UNE ENCYCLOPÉDIE DU XIXE SIÈCLE (BIBLIOTHÈQUE DU CONGRES)

 

NATURALIS HISTORIA EDITION DE 1669

LE TITRE LATIN APPARAÎT AU GENITIF NATURALIS HISTORIÆ

 

NATURALIS HISTORIAE EDITION VENITIENNE DE 1525

 

L’Histoire naturelle, en latin Naturalis Historia, est une œuvre en prose de 37 livres de Pline l'Ancien, qui souhaitait compiler le plus grand nombre possible d’informations et de culture générale indispensables à l’homme romain cultivé. Publiée vers 77, du vivant de son ami l'empereur Vespasien, elle est dédiée à son camarade de camp Titus, Pline étant alors un officier de cavalerie.

 

Pline avait conscience que la vie d’un homme était éphémère et que le bonheur n’existait pas. Il considérait que l’homme devait utiliser le temps à bon escient afin de ne pas réduire sa capacité d’apprendre. Cette œuvre révèle que Pline est un stoïcien mêlé d’un sceptique. Elle reflète la vision romaine du monde et de la politique impériale de l'époque.

 

Cette monumentale encyclopédie, dans laquelle Pline a compilé le savoir de son époque, a longtemps été la référence en matière de connaissances scientifiques et techniques. Pline y a également recueilli des éléments merveilleux et des miracles, tout en gardant une distance par rapport aux faits rapportés. Pour la réaliser, Pline dit avoir consulté 2 000 ouvrages dus à 500 auteurs différents, la plupart des traités originaux sont perdus. Il rapporte aussi des techniques expérimentées au cours de ses campagnes militaires, comme la meilleure façon pour un cavalier de lancer son javelot. Selon son neveu Pline le Jeune, sa méthode de travail consistait à prendre des notes tandis qu'un de ses esclaves lui lisait un livre à haute voix.

 

Bien que cette œuvre soit la plus complète parvenue de l’Antiquité latine, il n'en reste aucune copie sur papyrus, tout juste quelques fragments sur parchemin du Ve siècle et des extraits du VIIIe siècle. Il faut attendre le XIIe siècle avant de voir apparaître une version intégrale puis une première publication très peu connue en 1469 par Nicolas Jenson. Une seconde publication est imprimée en 1470 par Sweynheym et Pannartz à partir de la publication de Giovanni Andrea Bussi, évêque d’Aléria. Cette version est considérée comme le point de départ de la tradition textuelle. Poussé par Jean Garnier, le jésuite Jean Hardouin prend en charge d'éditer l'œuvre de Pline pour la collection Ad usum Delphini du duc de Montausier, une tâche qu'il achève en cinq ans.

 

Au XVIIe siècle, marqué par la révolution scientifique, les savants prennent de la distance vis-à-vis de cet ouvrage, mais au XVIIIe siècle, Buffon en fait son modèle pour son œuvre majeure, l’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy, ce qui lui vaut d'être qualifié de Pline de Montbard. Aux XIXe et XXe siècles, l'œuvre de Pline a perdu son intérêt scientifique, mais est activement étudiée par des historiens et érudits, ce qui explique notamment les deux cents éditions produites à la fin du XIXe siècle.

 

Son intérêt perdure au XXIe siècle, comme en atteste l'édition critique en Pléiade en 2013 ou encore sa réédition dans la traduction d’Émile Littré aux Belles lettres en 2017.

 

La table des matières ci-dessous est un résumé reposant sur les noms modernes des principaux domaines étudiés dans ce traité universel fort de 37 livres.

 

La fée Morgane

MORGAN LE FAY, TABLEAU DE ANTHONY FREDERICK AUGUSTUS SANDYS (1864)

LA MORT DU ROI ARTHUR TABLEAU DE JAMES ARCHER, XIXE SIÈCLE

FONTE DELLA FATA MORGANA JEAN BOLOGNE VERS 1573

 

La fée Morgane est un personnage du cycle arthurien, dans lequel elle est la demi-sœur magicienne du roi Arthur. Personnage positif à l'origine, elle est présentée ensuite comme une adversaire du roi, de sa femme Guenièvre et des chevaliers de la Table ronde.

  • Chez Geoffroy de Monmouth, c’est la principale des neuf enchanteresses qui accueillent Arthur à Avalon après la bataille de Camlann ;
  • Chez Chrétien de Troyes, elle est une sœur d’Arthur, magicienne et guérisseuse coopérant avec son frère ;

C’est à partir du Lancelot-Graal que son personnage se précise. Elle devient l’adversaire d’Arthur, fille d’Ygraine, Ygerne ou Igerne en ancien français et de Gorlois, sœur d’Élaine et de Morgause, demi-sœur, par sa mère, d’Arthur et femme, souvent infidèle, du roi Urien de Gorre avec qui elle ne s’entend pas et dont elle a un fils, Yvain. Merlin est son maître de magie.

 

Dans les adaptations modernes de la légende arthurienne, elle remplace quelquefois Morgause, beaucoup moins connue qu’elle, comme mère de Mordred, fils incestueux d’Arthur. Elle y est présentée comme une séductrice maléfique, mais aussi parfois comme un personnage positif incarnant un pouvoir féminin désapprouvé par la société médiévale.

 

Le personnage de Morgane se caractérise par sa complexité. Selon les auteurs, elle est une fée ou une humaine, bénéfique ou maléfique. Sœur, demi-sœur ou sans lien de parenté avec Arthur. Dès lors, les significations que l'on peut y voir sont multiples, elles s'opposent parfois ou se complètent.

 

À la difficulté d'établir une étymologie qui soit acceptée par tous, les critiques répondent qu’il se faut considérer délicat de comprendre la personnalité de la fée Morgane.

 

Capable de guérir ou de tuer, Morgane rappelle la personnalité de déesses qui ont pu inspirer les auteurs médiévaux. Morrigan, déesse celtique, mais aussi Sirona et les déesses celtiques Sulis et Sequana, les deux dernières étant de plus liées à l'eau comme Morgan, ont pu servir de modèles pour la création de Morgane.

 

Le personnage pourrait avoir l'une de ses sources dans la déesse Morrigan, une Tuatha Dé Danann inspirée de la Dea Matrona gauloise, telle qu'elle apparaît dans la littérature galloise médiévale. Fille d’Avallach ou du roi d’Avallach, dans les Triades galloises, elle est, comme dans le cycle arthurien, liée au roi Urien. Elle en a deux enfants, un fils nommé Owain et une fille nommée Morvydd.

 

Filiation et naissance

 

C'est dans le Lancelot-Graal qu'est détaillée la filiation de Morgane. Elle y est la fille d'Ygraine et de Gorlois, duc de Cornouailles, sœur d'Élaine et de Morgause et demi-sœur d'Arthur.

 

Pouvoirs magiques

 

Selon le Lancelot-Graal, Morgane apprend les secrets de magie de Merlin, et les emploie pour contrarier les desseins du roi Arthur et de Lancelot.

 

Dans le roman de Monmouth, elle est dépeinte comme une magicienne experte dans l'art de guérir, connaissant les plantes, capable de changer de forme et d'aller d'un lieu à l'autre en volant. Ce pouvoir la relierait, selon Jill Marie Hebert, à Morrigan.

 

Dans le roman de Hartmann von Aue, « Erec », Morgane est décrite comme capable de changer les personnes en animaux. Cela la rapproche de la magicienne Circé qui apparaît dans l’Odyssée.

 

Dans l'ouvrage d'Étienne de Rouen, elle est une nymphe immortelle capable de conférer l'immortalité à d'autres personnes et en particulier Arthur qui est décrit comme son frère.

 

Vie amoureuse

 

Morgane est présentée comme une femme luxurieuse, ayant de nombreux amants, le plus connu et probablement son favori étant Accolon, la fée semblant éprouver un amour véritable à son égard. Contrairement à Viviane, elle n'a pas de relation amoureuse avec Merlin.

 

Certaines sources lui attribuent la maternité de Mordred. Dans le Roman de Merlin, l'enchanteur apparaît au roi Arthur sous la forme d'un enfant de quatre ans pour lui reprocher d'avoir péché en faisant un enfant avec sa sœur Morgane, puis sous celle d'un vieillard où il annonce qu'un chevalier à naître, Mordred, causera la perte du royaume. Mordred, peut-être conçu de façon fortuite.

 

Morgane représente la jeune vierge offerte au dieu Cornu qui n'est autre qu'Arthur, lors d'une fête païenne, sans qu'aucun des deux ne le sache. Ce n'est qu'une fois le rite accompli que les deux amants découvrent chacun l'identité de l'autre.

 

Histoire littéraire

 

Dans le Lancelot-Graal, Morgane change de personnalité et devient une opposante à Arthur et à la Table ronde. Elle n'est plus le personnage magique qui sauve Arthur mais une figure néfaste qui emprisonne les chevaliers infidèles à leur dame dans le Val sans retour, situé à Brocéliande, et qui essaie de briser l'amour de Lancelot et de la reine Guenièvre.

 

Dans Le Morte d'Arthur, elle s’empare d’Excalibur et pousse son amant Accolon à tuer Arthur, mais le plan échoue.

 

Autres textes

 

Elle apparaît aussi dans la Matière de France où elle a pour amant et complice Ogier de Danemarche. Dans Huon de Bordeaux, elle a un fils de Jules César, Obéron, roi de Féerie doté de pouvoirs magiques et qui a plusieurs traits communs avec Merlin.

 

Elle est mentionnée dans les Chroniques de Gargantua comme la marraine de ce dernier sous le nom de Morgan-le-Fay, alors que dans Pantagruel, elle est appelée Morgue, fée de l’île d’Avalon.

 

Symbolique

 

Morgane, lorsqu'elle est comprise comme une incarnation de la déesse Morrigan, représente le destin. Morrigan est elle-même une forme de la déesse-mère gauloise Matrona, qui donne en gallois Modron. Or la déesse mère accueille les défunts, comme Morgane accueille Arthur, lorsqu'il est grièvement blessé.

 

En revanche, dans les textes de la matière de Bretagne plus tardifs, elle est la magicienne maléfique opposée de la fée Viviane, la fée bénéfique.