Alchimie, la fin d'un mythe ...

Réalisation Belfégor

Qu’est-ce que l’Alchimie ?

Quelques Méprises

 

Pour le commun des mortels, comme sans doute pour certains alchimistes, ou se croyant tels, l'alchimie est essentiellement l'art de faire de l'or. L'unique différence entre ceux-ci et ceux-là, c'est que les premiers tiennent un tel art pour chimérique alors que les seconds en affirment la réalité.

 

Quant aux profanes éclairés, voire aux gens de science, leur appréciation est plus nuancée. S'ils supposent, en général, que la chimie a fait prompte et roide justice des recettes bizarres ou fallacieuses dont foisonnent les élucubrations des adeptes, ils concèdent, en revanche, que les théories scientifiques les plus récentes recoupent sur bien des points les idées des hermétistes. Leurs rêveries, disait-on encore aux jours, pas si lointains, de la chimie lavoisienne. Les conceptions d'aujourd'hui sur l'unité de la matière, sur l'inanité de la notion de corps simples, sur la possibilité d'en opérer la transmutation, sur l'analogie universelle. L'atome, disent les savants, est un petit système solaire. Ils rendent involontaire un hommage rendu aux hermétistes qui, de tous temps, n'ont jamais dit autre chose.

 

Peut-être, avant de condamner en bloc des opérations et manipulations apparemment défectueuses, les savants en place feraient-ils bien de se demander comment ces fioles d'alchimistes ont pu tirer des principes aussi justes d'expériences aussi fallacieuses, alors que la chimie, depuis Scheele et Lavoisier, partant d'expériences rigoureuses, a dû brûler plus d'une fois ce qu'elle adorait la veille.

 

Inutile d'entamer ici des controverses superflues.

 

Au surplus, l'alchimie, la vraie, n'a nul besoin d'aller quémander quelque justification que ce soit chez les tenants de la moderne physicochimie.

 

Bien au contraire, car c'est peut-être pour avoir succombé à cette manie d'approbativité, pour avoir cédé au chimérique espoir de convertir quelques profanes aux convictions des fils d'Hermès que, de concessions en abandons, la plupart des hermétistes ont fini par se cantonner au seul domaine de la transmutation métallique, surtout depuis deux ou trois siècles, tout au moins dans leurs écrits publics. 

 

L'impression que l'alchimie n'est rien de plus qu'une sorte de mauvaise chimie, compliquée d'idées biscornues et de prétentions extravagantes, est bien celle que doit éprouver le profane en les lisant sans préparation. 

 

Or, ce qui devait arriver arriva. 

 

Quelques chimistes, séduits par la largeur des vues philosophiques des disciples d'Hermès et impressionnés par leur unanimité doctrinale, ont cru de bonne foi qu'il suffirait de rajeunir une terminologie désuète, de transposer en termes de chimie moderne des manipulations décrites à demi-mot et de faire abstraction de la partie mystique de la doctrine pour réconcilier les inconciliables.

 

Mais leurs efforts, en porte-à-faux, n'aboutirent qu'à créer un monstre hybride, baptisé hyper chimie et dont, à juste titre, ni chimistes, ni alchimistes ne se soucièrent d'endosser la paternité, nul n'y reconnaissant plus les siens.

 

Les hyper chimistes, dont François Jollivet-Castelot fut le type le plus représentatif, restèrent à une ou deux exceptions près des souffleurs patients et tenaces autant que mal inspirés et malchanceux.

 

La vivante Alchimie

 

Certes, la transmutation des métaux par voie alchimique est, toute théorie mise de côté, un fait sur lequel il est difficile d'ergoter. Et le seul livre du très officiel Louis Figuier, L'Alchimie et les Alchimistes, mentionne deux ou trois exemples de transmutations par projection, dont celle du savant Van Helmont, adversaire déclaré de l'Alchimie, offre toutes les circonstances de contrôle et d'impartialité souhaitables, dont une seule suffirait à prouver la réalité de l'art transmutatoire et l'avance considérable prise par les hermétistes sur ces messieurs les physico-chimistes, nonobstant leur manque de fours électriques et de cyclotrons.

 

Mais la partie n'est pas le tout et si l'Alchimie n'était qu'une sorte de chimie transcendante ou de métallurgie secrète, nous ne pourrions l'estimer au point de rompre une lance en sa faveur.

Si l'or et les passions qu'il suscite, l'or et les maux qu'il provoque, l'or et les crimes qui lui font cortège avait été l'unique ou le principal but poursuivi par les alchimistes, si son éclat fascinateur avait été l'unique lumière de leur âme, nous ne pourrions que les plaindre et tenir à bon droit pour folie leur prétendue sagesse.

 

Mais en est-il vraiment ainsi ?

 

Si nous lisons de véritables initiés à la science d'Hermès, tels que Khunrath, Jacob Böhme, d'Eckhartshausen, Grillot de Givry ou l'admirable auteur de l'Hortulus Sacer, nous finissons par nous apercevoir que tout en discourant aussi de l'Œuvre métallique, ils parlent surtout d'autre chose.

 

Qu'est-ce à dire ?

 

Exposons-le comme nous l'avons compris, sans prétendre avoir tout compris. L'Alchimie vraie, l'Alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa splendeur, sa plénitude et ses prérogatives primordiales. Ce qui, dans l'homme moral s'appelle rédemption ou régénération, réincrudation dans l'homme physique, purification et perfection dans la nature, enfin, dans le règne minéral proprement dit quintessenciation et transmutation.

 

Son domaine embrasse donc tout le créé et, pour l'humanité militante, toute la portion du créé qu'elle a entraînée avec elle dans sa déchéance et qui doit ressusciter avec elle et par elle, telle qu'elle fut avant la Transgression.

 

Quoique son domaine le plus central soit le plan spirituel, l'Alchimie connaît cent applications plus ou moins contingentes, à tous les degrés et sous tous les aspects de la vie.

 

Il existe donc une alchimie intellectuelle, une Alchimie morale, une sociale, une physiologique, une astrale, une animale, une végétale, une minérale, et bien d'autres encore. Mais l'Alchimie spirituelle demeure le modèle, la clé et la raison des autres. Et, conformément à l'énoncé d’Hermès dans la fameuse Table d’Émeraude, la connaissance d'une quelconque de ces adaptations découvre implicitement celle de toutes les autres. L'univers est un et cette unité est le sceau de la Vérité.

 

Or le suprême Grand-Œuvre, le seul qui se puisse appeler sans outrance la Voie de l'Absolu, c'est la réintégration de l'homme dans sa dignité primordiale selon un processus rarement réalisé ici-bas, mais non irréalisable, processus que les anciens appelaient, croyons-nous, l'Œuvre du Phénix et qu'on peut lire, ici et là, entre les lignes de certains passages de la Bible, des Évangiles, de l'Apocalypse et de quelques ouvrages, rosicruciens ou autres, dont plus d'un ne semble pas traiter, à première vue, de ce qu'on entend vulgairement par alchimie.

 

Et cet Œuvre-là n'est ni du goût, ni dans les cordes des amateurs de petits particuliers, des collectionneurs de recettes bonnes seulement à torturer inutilement les métaux, des fabricants d’homoncules, des distillateurs d'herbes, de sang, de moelle ou de sperme, ni de ceux qui ne rêvent de longévité corporelle que dans l'espoir misérable de rééditer les folies et les désordres d'une jeunesse tumultueuse.

 

Il est même, assez probablement, hors de la portée de plus d'un adepte admiré comme tel pour sa réussite, réelle ou supposée, dans le domaine de l'Alchimie métallique.

 

Car cette science, à tous les degrés de sa réalisation, y inclus la Pierre transmutatoire, est science de vie, science vive, science vivante à jamais et science des Vivants. Et seuls les Vivants peuvent la pratiquer intégralement sans mensonge et sans dommage.

 

Telle est l'origine des malheurs qui ont émaillé, et parfois clos, l'existence de pas mal de faiseurs d'or qui n'étaient, hélas, rien de plus que des faiseurs d’or. Sans parler de ceux qui ne furent que des voleurs d'or.

 

Il n'y a que celui qui a régénéré, avec l'assistance d'En-Haut, ses propres métaux microcosmiques et les a dépouillés de la lèpre des sept péchés qui peut de plein droit, de droit divin, régénérer à son gré les métaux physiques. Celui-là n'agit qu'à bon escient, dans la Lumière du Verbe.

 

Les autres, qui n'en sont pas là, ou bien font du Grand-Œuvre une simple opération magique, car l'on peut réaliser des transmutations apparentes par voie magique, mais ceci n'a rien à voir avec l'Alchimie ou bien ont vu leurs efforts, leurs souffrances, leurs travaux, leur persévérance et leur charité couronnés d'or physique par la bonté du Ciel toujours indulgent envers les débutants de bon vouloir. Ou bien encore ont eu pour toute sagesse l'art d'écouter aux portes et d'espionner par le trou des serrures. Ceux-là, s'il en est qui aient réussi, se sont forgé avec leur or maudit une chaîne plus lourde que celle de bien des criminels de droit commun.

 

Il a été fait mention, quelques lignes plus haut, d'une catégorie de chercheurs, parfois heureux, qui représentent, pensons-nous, l'honnête moyenne des hermétistes. Ceux-là en sont, intérieurement, aux préliminaires de l'Œuvre du Phénix. Le Ciel eu égard á leur bonne volonté et aux difficultés du début de la Voie les inspire soit directement par une révélation intérieure, soit indirectement en les orientant vers un véritable Maître, leur permet d'accéder aux connaissances adéquates à telle partie de la science et met à leur portée les moyens de réalisation. Ceux-là ont aussi mandat d'agir, mais dans certaines limites et sous certaines conditions, dont le désintéressement, la patience dans les épreuves, la charité et l'humilité sont le plus universellement requises.

Mais ce droit est une grâce spéciale, par laquelle le Ciel escompte leur bonne volonté et fait crédit à leurs mérites. 

  

L'Œuvre mystique & l'Œuvre physique

 

 

En résumé, l'homme régénéré est la pierre philosophale de la nature déchue, de même que l'homme non régénéré est la materia bruta de ce Grand-Œuvre dont le Verbe divin est l'Alchimiste et l'Esprit Saint le feu secret. Il y a deux Voies dans l’Œuvre, mais il n'y a qu'un Agent, l'Amour.

 

Et tous les vrais hermétistes, non les souffleurs, sont unanimes sur ce point comme sur celui de la subordination de l’Œuvre Physique à l’Œuvre Mystique.

 

Quant à l'homme physique, son Grand-Œuvre est sa transformation en corps glorieux, en corps régénéré et incorruptible. Et cette transformation, d'une absolue rareté, n'est possible que parce qu'il n'en diffère que du fait de cet accident, de cet obscurcissement que la tradition chrétienne nomme la Chute. Le corps glorieux, c'est le corps de l'homme tel qu'il était avant la Chute et ceci touche à un des aspects de la résurrection de la chair. Le corps physique, c'est le corps glorieux tel que l'a transformé la Chute, rendu corruptible par les impuretés hétérogènes de tous les lieux traversés par lui lors de sa descente ici-bas, impuretés dont la racine est le gluten ou matière du péché dont parle à diverses reprises ce véritable alchimiste que fut d'Eckhartshausen.

 

Comme dans l'interne des métaux, il y a dans l'interne de l'homme une certaine terre vierge, que les Aphorismes Basiliens nomment avec Paracelse le limbe du grand et du petit monde et que doit dégager des immondices de la terre et revivifier un esprit tant du grand que du petit monde, pour suivre la même terminologie. Comme le dit Jacob : La fin du grand œuvre est pour l'adepte de se débarrasser quand il voudra de la chair corruptible sans passer par la mort.

 

Saint Paul ne nous dit-il pas que ce qui est semé corruptible est fait pour renaître incorruptible. Non pour être détruit, mais pour être transfiguré. Et ceci vaut universellement.

 

Le Grand-Œuvre physique et le Grand- Œuvre mystique sont analogues mais point identiques.

 

Avoir réalisé le dernier c'est pouvoir réaliser souverainement le premier.

 

Avoir réalisé le premier, c'est savoir quel chemin peut conduire à la réalisation du dernier mais ce n'est pas forcément avoir parcouru ce chemin. La nuance est de première importance.

 

Méthode Alchimique & Méthodes Profanes

 

 

Puisque nous parlons du Grand- Œuvre, profitons-en pour revenir sur un point capital, déjà effleuré, c'est-à-dire sur l'abîme qui le sépare des essais de transmutation par voie physico-chimique, essais auxquels la dissociation atomique donne un regain d'actualité.

 

Tout d'abord, remarquons à quels frais, avec quel gaspillage d'énergie, dans quels laboratoires titanesques, que nulle fortune privée ne pourrait s'offrir le luxe de financer, opèrent, en rangs serrés, nos modernes Faust. Cela pour aboutir d'ailleurs à des transmutations de l'ordre d’un dix-millionième de gramme.

 

C'est la montagne qui enfante d'une souris.

 

En regard, le Grand-Œuvre physique ne nécessite que quelques corps assez répandus, un peu de charbon, deux ou trois vases très simples, aucune des sources d'énergie que consomme, en véritable ogresse, la science actuelle et peut être accompli en entier par un seul homme avec patience et longueur de temps. Ceci pour obtenir des transmutations éventuellement massives.

 

La science d’aujourd’hui, dans sa furie de disséquer la matière aboutit, somme toute, à faire exploser l'atome en le désintégrant brutalement. Cet aboutissement lui interdit évidemment tout nouveau pas en avant dans la connaissance des choses, du moins par cette voie. Pour faire une comparaison grossière et regrettablement irrévérencieuse, nous ne voyons pas une bien fondamentale différence entre le geste du savant qui met l'atome en charpie afin de le mieux connaître et le geste de l'enfant qui brise un jouet mécanique dans le naïf espoir de savoir ce qu'il a dans le ventre, comme on dit. Seulement, le premier jeu s'avère infiniment plus dangereux que le second.

 

En dépit d'une terminologie barbare qui s'allonge tous les jours, où les ions, les électrons, les protons, les neutrons, les deutons et autres ingrédients de la cuisine nucléaire jouent un rôle impressionnant, la matière demeure terre inconnue.

 

Comme si l'on pouvait, d'ailleurs, expliquer la matière par la matière ?

 

Aussi, le bombardement atomique n'a pas fait exploser que l'atome. Il a mis en pièces du même coup tout l'édifice scientifique moderne. Et c'est au seuil de nos super-laboratoires qu'on pourrait graver la phrase fameuse :

 

« Vous qui entrez ici, laissez toute espérance ».

 

Et ceux qui y entrent, les initiés tout au moins, ont en effet peu d’illusions quant à la valeur philosophique et métaphysique de leurs recherches. Et sans doute également quant à leur contribution au bonheur de l'humanité.

 

Puisque nous parlons de désintégration atomique, rappelons un petit fait qui pourrait nous rendre enclins à quelque modestie.

 

Lors de certaines expériences métapsychiques on a vu des objets matériels, une bague en or, par exemple, dématérialisés sous les yeux des spectateurs, sans bruit ni explosion gigantesque, ni cyclotron. Puis on les a vus se re-matérialiser quelques minutes plus tard, sans altération de poids, de substance ou de forme.

 

C'est que, dans la désintégration de la chimie nucléaire, les seuls éléments mis en œuvre sont des forces physiques, matérielles, et des agrégats de matière physique. Le résultat ne peut donc être qu'un changement d'équilibre matériel entre lesdits éléments, quel que soit le degré de subtilité qu'on accorde à certains d'entre eux. Il ne s'agit toujours que de la matière en action sur de la matière, sous cette même modalité qui constitue la forme du monde où nous passons en tant que matériellement vivants. 

 

La vie et la matière, en tant que revêtues d'autres états, parfaitement inaccessibles aux investigations de la physico-chimie moderne, interviennent dans la désintégration métapsychique ci-dessus relatée, comme dans tout travail hermétique normal.

 

Non, cent fois non, la voie royale de l'hermétisme ne passe pas et ne passera jamais par les laboratoires de la science officielle, luciférienne dans ses principes et dans son inspiration, comme aussi dans ses résultats humains.

 

Et la possession de cette science extérieure, n'est pas faite pour favoriser l'accès du sanctuaire alchimique, au contraire. Notre ami regretté Auriger, qui joignait à ses connaissances hermétiques celles de l'ingénieur-chimiste et était donc bien placé pour juger, nous écrivait peu avant sa mort :

 

« L'Alchimie est évidemment sœur de la mystique, il suffit de lire Jacob Böhme pour s'en convaincre, et c'est dans ce sens que j'ai répondu ces jours-ci à votre ami, qui m'avait écrit. Il s'excusait presque d'ignorer la chimie. C'est au contraire un atout dans son jeu et il ne risquera pas d'avoir l'esprit faussé par les théories modernes sur la constitution de la matière. La chimie, telle que nous la concevons à l'époque actuelle, peut sans doute jouer un rôle utile en biologie et parfois en thérapeutique, mais quant au reste je lui dénie tout intérêt. Son rôle pendant l'accomplissement du Grand-Œuvre ne vaut guère plus que celui de la chaisière pendant le Saint Sacrifice de la Messe. Je crois que sa connaissance constitue plutôt un obstacle à la perception claire des buts et des méthodes de l'alchimie ».

 

Tout commentaire affaiblirait la portée de cette opinion particulièrement autorisée.

 

Simples aperçus sur le Grand-Œuvre

 

En résumé, dans l'œuvre métallique, l'artiste utilise comme agent et c'est par là qu'il se différencie le plus profondément du chimiste, une énergie vivante et universelle qu'il n'est pas utile de préciser pour l'instant.

 

Comme substrat, il se sert d'une substance purifiée, ranimée par cette énergie universelle et portée progressivement par lui au degré requis pour opérer la transmutation ou réincruder le composé humain.

 

Dans l'Œuvre spirituel, même processus, purification, simplification, descente de l'Esprit, non plus universel ou cosmique mais divin. Ce qui constitue le véritable et définitif baptême de feu dont parlait St Jean-Baptiste et que le Verbe de Dieu peut seul conférer.

 

Non seulement la description de l'œuvre physique s'adapte strictement aux phases de l'Œuvre spirituel, mais il est possible de tirer d'une description de l'Œuvre spirituel une adaptation parfaite à l'œuvre physique, pourvu qu’on ait de l'un ou de l'autre un peu plus qu'une connaissance simplement livresque et superficielle.

 

La première partie de l'Apocalypse de Jean s'adresse aux Sept Eglises qui sont en Asie et promettent au vainqueur, entre autres récompenses, les fruits de l'Arbre de Vie, la Manne cachée et le caillou blanc où est écrit un nom nouveau, l'Etoile du Matin, autant de symboles voilant des réalités qui, pour être spirituelles n'en sont pas moins précises et fort peu nuageuses.

 

Or, fait digne de méditation, tout ceci a ses palpables correspondances dans l'Alchimie élémentaire, où l'œuvrant s'adresse aux sept métaux qui sont en la terre et où le vainqueur du dragon doit aussi trouver successivement l'arbre de vie, qui pourrait être le Mercure des Sages, la manne cachée, l'étoile du matin, et ainsi de suite.

 

Ceux qui sont familiarisés avec l'hermétisme comprendront parfaitement ce dont il s'agit et nous sauront gré d'en remettre l'interprétation à des temps meilleurs.

Quant aux autres, nous ne leur conseillons nullement de se livrer aux difficiles travaux de l'Œuvre, s'ils ne se sentent intérieurement appelés. C'est ici le lieu de citer l'avertissement qui clôt la lettre d'invitation aux Noces chimiques, de Valentin Andreae :

 

Examine-toi toi-même.

Si tu ne t'es pas purifié assidûment.

Les Noces te feront dommage.

Malheur á qui s'attarde là-bas.

Que celui qui est trop léger s'abstienne.

 

Avertissement qui rappelle, non fortuitement, l'épisode évangélique du convive qui n'avait pas revêtu son habit de noces et qui est rejeté dans les ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements de dents.

MATTHIEU XXII.

 

Tout ce qui peut être dit sur la partie matérielle de l'Œuvre l'a été par les vrais adeptes, aussi complètement que possible. Ils ont seulement réservé ou décrit par énigmes les travaux préparatoires, leur feu vivant et le nom de la matière brute d'où proviendra la pierre des philosophes. Ceux qui se sentent l'inspiration de travailler dans cette voie doivent s'adresser à eux et non à nous. Il nous suffira de leur donner quelques conseils très simples ou plutôt de les leur rappeler :

 

01.La vie minérale n'est pas une figure de rhétorique. Le minéral a sa fleur, son fruit, son temps de maturité.

02. Les opérations alchimiques sont matériellement simples. Parfois d'autant plus simples que leur description se fait plus compliquée.

03.Les conditions de temps et de température jouent un rôle capital. Comme les vitamines des aliments, les ferments métalliques se détruisent si la température dépasse le régime de cuisson requis.

04.Que l'inquisiteur de science se défie des petites recettes, qui traînent dans tant de bouquins. La Voie de l'Universel est universelle. Ce n'est pas que de telles recettes soient sans enseignement, mais elles ne valent que rapportées à la recherche de la voie, comme sujets de réflexions sur la marche de la nature et le sens de ses opérations.

05.Comme le dit Jacob, l'artiste doit préparer lui-même ses instruments de travail et purifier lui-même précautionneusement ses matières.

06.Une seule matière est la vraie matière. Une autre cependant est matière adjuvante. C'est là le nœud d'un problème délicat à résoudre et impossible à éluder.

07.L'alchimiste n'est pas un magiste. Et le feu qu'il emploie pour son œuvre n'est pas, malgré l'opinion de certains modernes, son propre astral. C'est cependant un feu astral si on l'envisage à un certain point de vue. Rien d'alchimique ne se fait sans lui, rien de chimique ne se fait avec lui. Connaître ce feu est aussi nécessaire avant de rien entreprendre que connaître ou soupçonner quelle est la matière.

08.Ne pas s'hypnotiser sur des questions de terminologie. Sous les étiquettes des termes de l'art se cachent des réalités fixes. Si certains ont changé les étiquettes, les réalités qu'ils désignent sont toujours semblables à elles-mêmes et c'est leur connaissance qui importe. Dans sa Révélation alchimique, concise mais assez explicite, Jacob dit :

« Toutes choses ont trois principes : le soufre, le sel, le mercure des sages. Tous trois forment l'Azoth vivant qui est le quatrième principe. Ces trois principes sont extraits de la matière première par l'Azoth des Sages. L’Azoth est attiré des cieux par la glaise rouge, appelée Adama, là où la rosée est neutralisée par les vapeurs souterraines ».

C'est un bel exemple de piège terminologique. Éventer ce piège porte en soi sa précieuse récompense.

09.Il y a deux voies : la voie sèche ou voie abrégée, et la voie humide. La plus longue n'est pas moins riche en enseignements que la plus courte. La plupart des auteurs les mélangent assez inextricablement.

10.Dans la véritable Alchimie des Rose-Croix, un axiome doit être médité soigneusement : 

« Le grand Arcane est un esprit céleste descendant du soleil, de la lune et des étoiles, qui est rendu parfait dans l'objet saturnin par une cuisson continuelle jusqu'à ce qu'il ait atteint le degré de sublimation et la puissance nécessaire pour transformer les métaux vils en or. Cette opération s'accomplit au moyen du feu hermétique. La séparation du subtil et du grossier doit se faire avec soin, en ajoutant continuellement de l'eau. Car plus les matériaux sont terrestres, plus ils doivent être dilués pour être rendus mobiles. Continuez ce procédé jusqu'à ce que l'âme séparée soit réunie de nouveau au corps ».

Tout le processus est donc de séparer et de rassembler. Corporiser l'esprit et spiritualiser le corps, ce, l'un par l'autre. Et l'Alchimie spirituelle procède de la même méthode. C'est pourquoi Jésus nous dit d'élever notre âme vers Dieu par la prière et de la réincorporer derechef par l'exercice de la charité, afin que nous devenions un, comme il est un avec le Père.

11. La théorie précède la pratique et l'accompagne. La pratique ne supplée point à la théorie mais la démontre ou la condamne. Qui pratique sans une connaissance suffisante des principes et des méthodes risque fort de mourir dans la peau d'un souffleur. L'analyse spagyrique des métaux, comme par exemple la donne Roger Bacon, les notions essentielles de soufre, de sel, de mercure, de feu, et ainsi de suite doivent être étudiées et méditées avec assiduité, jusqu'à compréhension suffisante, avant tout travail vraiment utile.

12. Observez la nature. Conseil souvent donné et rarement suivi. De même, que celui-ci qui lui est analogue et recommande que l'art doit commencer son œuvre au point où la nature laisse la sienne. Il faut donc ouvrir ses yeux et regarder autour de soi. La terre enseigne quelque chose. La voûte étoilée aussi. Quel bon alchimiste pourrait faire un jardinier intelligent et pieux.

13.Les herbiers n'apprennent rien. Les métaux morts non plus. Une mine, fut-elle abandonnée, vaut dix laboratoires. Une promenade en forêt est parfois plus profitable à l'intellect et à l'âme que dix salles de musée. Il y a aussi une Alchimie esthétique. Comment un beau clair de lune, une aurore roséeuse profitent à l'esprit et au cerveau sont un grave sujet de méditation.

14.L'œuvre métallique et les préparations spagyriques ont quelque analogie dans certaines opérations, en particulier dans le processus de la voie humide. Il y a toutefois des différences irréductibles entre ces deux sortes de travaux. Celui qui s'exerce à comprendre et à manipuler spagyriquement, comme préface ou préparation à ses travaux sur les métaux n'a pas tort, mais à la condition de se souvenir que tirer la quintessence d'un mixte est chose différente de tirer l’Élixir de la matière. C'est tout au plus une moitié de l'Œuvre.

15. Évitez-vous des complications superflues et des dangers possibles en laissant au mercure vulgaire son emploi le plus utile, qui est, sans conteste, de remplir la boule des thermomètres.

16.Travailler sur le vrai sujet et de la juste façon entraîne à un certain moment des dangers signalés, plus ou moins ouvertement, par les auteurs sérieux. Sachez que les connaissances les plus étendues en chimie ordinaire ne vous permettent pas de les prévoir et d'y parer. Fiez-vous plutôt à l'aide et à l'inspiration du Ciel, c’est le « Orare et Laborare ».

17. Étudiez les vieux auteurs et n'acceptez pas sans réserve les propos des spagyristes des XVIIe et XVIIIe siècles. Lisez et relisez sans découragement et avec simplicité. N'étudiez pas un hermétiste médiéval avec une mentalité de scientiste du vingtième siècle. Souvenez-vous parfois qu'on peut être d'autant plus hyperbolique qu'on serre de plus près la réalité opératoire.

18.Négligez les fantaisies des occultistes modernes. Ni l'électricité magnétisée d'Eliphas Lévi, ni la pile électrique de Stanislas de Guaita, ni la Volonté du Mage de Jollivet-Castelot première manière, ne provoqueront jamais la moindre transmutation alchimique.

19.Les grandes époques de foi et d'art furent les époques bénies de l'Alchimie. Les époques de scepticisme marquèrent son déclin. Etre alchimiste, c'est avoir la foi.

20.La Voie est étroite qui mène à la Vie. Étroite et pierreuse. Les chemins spacieux et faciles ne manquent pas pour ceux qui craignent de se blesser les pieds ou qui rêvent de faire fortune rapidement. Le corps a faim de repos. L'âme a soif d'épreuves. Nul n'a jamais cueilli la rose des neiges sans se blesser d'abord à ses épines. Comme les débuts de l'œuvre physique, les débuts de l'Œuvre spirituel sont travaux d'Hercule, mais, comme son Mercure, l'alchimiste acquiert des forces en marchant.

21.Qui veut la Lumière, doit la demander d'abord à Dieu, le Père des Lumières. Qui veut parcourir la voie doit suivre Celui qui est La Voie. Vivre selon la vérité qu'on connaît, c'est faire descendre en soi un peu de la vérité qu'on ignore.

22.Que l'Esprit divin s'incarne dans les doubles eaux pour les glorifier, voilà tout le programme de l'Œuvre, c’est le Ignis et Azoth tibi sufficiunt, disent les Adeptes. Trouve d'abord en toi cette eau, dégage-la des superfluités et des ténèbres infernales, c'est là le travail préparatoire du véritable Grand-Œuvre. Quand cette purification qui t'incombe sera terminée, l'Esprit descendra. Mais ceci ne t'incombe pas. C'est Dieu qui choisira son heure. Tel est le vrai Grand-Œuvre, par lequel ton nom sera écrit dans le Livre de Vie. L'autre, le Grand-Œuvre physique, te sera donné par surcroît.

 

Les quelques remarques qui précèdent pourront, croyons-nous, rendre de menus services à ceux qui se croiraient appelés. Il ne dépend que de Dieu et d'eux qu'ils soient un jour élus. Nous n'avons pas voulu faire de ces quelques pages un cours d'Hermétisme.

 

Nous espérons avoir montré ce qu'est l'Alchimie véritable, dégagée de ses contrefaçons.

 

Au lecteur de juger si nous n'avons pas été trop présomptueux. 

 

Approche de l'Alchimie

 

Les alchimistes étaient des hommes qui avaient consacré leur vie tout entière à purifier des métaux dans les laboratoires. Ils croyaient que si l’on cuisait un métal pendant des années et des années, celui-ci finirait par se libérer de toutes ses propriétés spécifiques, et qu’alors il ne resterait plus à sa place que l’Âme du Monde. Cette Chose Unique devait permettre aux alchimistes de comprendre tout ce qui existait sur terre, car elle était le langage grâce auquel les choses communiquaient entre elles. C’était cette découverte qu’ils appelaient le Grand Œuvre, constitué d’une partie liquide et d’une partie solide.

 

Les alchimistes restaient plusieurs années dans leurs laboratoires, à observer le feu qui purifiait les métaux. Peu à peu, ils en venaient à abandonner toutes les vanités du monde. Alors, un beau jour, ils s’apercevaient que la purification des métaux, en fin de compte, les avait purifiés eux-mêmes.

Paulo Coelho, L’alchimiste.

 

L’alchimie est un vaste ensemble de disciplines, apparu à la même époque que la philosophie, vers le VIe siècle avant notre ère. L’alchimie était une science destinée aux initiés, aussi les écrits étaient-ils codés, afin de ne pas permettre aux profanes d’accéder aux connaissances. On observe dans les textes beaucoup d’allégories, de symboles, de figures rhétoriques et un langage particulier basé sur la polyphonie, le langage des oiseaux.

 

La Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste

 

La Table d’Émeraude est un document retrouvé en plusieurs versions, dont la plus ancienne date du VIe siècle. La légende raconte que son auteur l'a gravée sur l'émeraude tombée du front de Lucifer le jour de sa défaite. En voici le contenu :

 

 

 

La Table d'Émaraude - Version Latine - XVIe SIÈCLE

 

Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la méditation d’un ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C’est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’opération du Soleil est accompli, et parachevé.

 

Ces écrits nous seraient donc venus d’Hermès Trismégiste, ce personnage mythique né de la fusion entre la divinité égyptienne Thot et le dieu grec Hermès. Cette fusion est rendue officielle par une inscription sur la célébrissime Pierre de Rosette.

 

Trismégiste qui signifie trois fois grand est une traduction laborieuse de hiéroglyphes égyptiens en grec. Trois fois grand peut être une représentation des trois règnes (minéral, végétal et animal), des trois principes alchimiques (sel, soufre et mercure), mais le plus souvent c'est une représentation de grand philosophe, prêtre et roi.

 

Le psychologue Carl Gustav Jung est connu pour avoir établi des liens entre l'alchimie et la psychologie. Selon les principes de la Table d'Émeraude, ce que l'on modifie à l'extérieur est modifié à l'intérieur et ce qui change le microcosme change également le macrocosme, et inversement. De cette façon, l'alchimie devient une discipline de travail intérieur, pour que l'opérant devienne lui-même la Pierre Philosophale (qui incitera autrui à devenir de l'or, symboliquement un esprit accompli). 

 

 

A partir de la fin du XVIe siècle, la Table d’Émeraude est souvent accompagnée de la Tabula Smaragdina Hermetis, une figure très symbolique devenue emblème hermétique. Une phrase en latin accompagne cet emblème : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem qui signifie visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre caché. Les initiales de la phrase forment le mot VITRIOL, l’ancien nom de l’acide sulfurique.

Tabula Smaragdina Hermetis

 

 

Dès la Renaissance, l’idée que Hermès Trismégiste est le fondateur de l’alchimie s’impose.

 

I - L'alchimie aristotélicienne

 

Cette alchimie comprend la théorie antique des quatre éléments d’Aristote qui explique la composition de toute chose à la transmutation des métaux.

 

La théorie des quatre éléments 

Symboles Alchimiques des 4 éléments

 

Au IVe siècle avant notre ère, Empédocle propose cette théorie : l’Univers est formé de quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu. Aristote vécut durant le IVe siècle avant notre ère. Il adopte l’idée d’Empédocle qui propose la théorie des quatre éléments affirmant que l’univers est composé de terre, d’eau, d’air et de feu, en y ajoutant la notion de quatre qualités élémentales. Il évoque la dynamique implicite des éléments, la modification d’une des qualités d’un élément le transforme : ainsi le feu peut se transformer soit en air, soit en terre. D’autre part, cette génération des éléments par une interaction de qualités élémentales implique une dynamique des éléments. La réalité n’est pas figée, les éléments qui ont une qualité élémentale en commun peuvent se transformer l’un dans l’autre. Le feu peut donc se transformer par la modification d’une de ses deux qualités soit en air, soit en terre, la terre en feu ou en eau, l’eau en terre ou en air, et ce dernier en eau ou en feu. En résumé, la conception de la matière selon Aristote :

  • La matière est continue et uniforme (théorie de la continuité de la matière) ;
  • La matière est composée de quatre éléments : terre, air, eau, feu ;
  • Les quatre caractéristiques fondamentales sont: froid, sec, chaud, humide ;
  • Le vide n’existe pas ;

 

Aristote associe également les cinq sens aux quatre éléments :

  • La vue (et la couleur) associée au feu ;
  • Le son est associé à l’air ;
  • L’odorat est associé à l’air et à l’eau ;
  • Le goût est associé à l’eau ;
  • Le toucher est associé à la terre ;

En terme de symbolisme :

  • Le chaud représente l’énergie, l’activité, l’extraversion, l’impulsion ;
  • Le froid représente la passivité, la résistance, l’intériorisation, l’introversion ;
  • L’humide représente la synthèse, la liaison, l’ouverture, le collectif ; une atmosphère de détente et de souplesse ;
  • Le sec représente l’analyse, la séparation, l’individualisation, la contraction, le repli ; une atmosphère rigide et cassante ;

De cette théorie naît l'idée d'un cinquième élément, la quintessence, obtenu par manipulation alchimique. C'est Jean de Roquetaillade (Jean de Rupescissa) qui apporte cette notion en 1 352. La quintessence est un principe actif qui deviendra plus tard essentiel dans l'histoire de la médecine.

 

La transmutation des métaux

 

D’après le "Liber Chronicum" - 1 493

 

Les disciplines de l’alchimie s’apparentent à la métallurgie et à la chimie expérimentale.

 

Les alchimistes ont comme principaux sujets de recherche Le Grand Œuvre la Pierre Philosophale, La Panacée, la médecine universelle et enfin élixir de Longue Vie, permettant la prolongation de la vie.

 

La pratique de l’alchimie s’accompagne parfois de philosophie, de mysticisme et de spiritualité.

 

D’autres alchimistes s’intéressaient plutôt à la transmutation de l’âme, l’éveil spirituel,  ou encore à la transmutation de l’alchimiste lui-même en une sorte de surhomme. 

 

En alchimie, pour comprendre Le Grand Œuvre, il faut savoir que tout corps est composé de trois principes :

  • Le soufre alchimique, le principe actif et masculin. Ce qui brûle ;
  • Le mercure alchimique, le principe passif et féminin. Ce qui s’élève en fumée ;
  • Le sel, le principe physique et neutre, la matière. Ce qui se résout en cendres ;

On parle ici bien de principes fondamentaux, et non pas des substances éponymes. Par analogie, il convient de dire que le soufre est l’âme, le mercure est l’esprit, et le sel est le corps. L’alchimie se propose d’effectuer la séparation la plus parfaite possible des trois principes, d’effectuer sur chacun des supports une purification absolue. Puis la réunion des supports conduit soit à l’élixir, soit à la pierre c’est-à-dire Le Grand Œuvre sous sa forme liquide ou solide. Les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de trois, quatre si on inclut le jaunissement, voire même plus.

  • Œuvre au noir : sous le signe de Saturne.  Il y a dissolution du mercure et coagulation du soufre. C’est l’art de débarrasser la matière de ses impuretés. C’est la mort symbolique ;
  • Œuvre au blanc : sous le signe de la Lune. Il y a purification, lavage. Ici s’achève le Petit Œuvre, la pierre blanche qui transmute tout métal en argent. C’est la restitution de l’âme au cœur purifié ;
  • Œuvre au jaune : sous le signe de Vénus. Objectif : recombiner ensemble les éléments simples obtenus ;
  • Œuvre au rouge : sous le signe du Soleil. Union du mercure et du soufre. Ainsi se termine Le Grand Œuvre, l’incarnation de l’esprit. C’est la vie spirituelle éternelle ;

L’alchimie associe les métaux aux planètes :

 

 

Elle associe également les phases de réalisation du Grand-Œuvre aux signes du zodiaque :

 

 

Signe du zodiaque Étape du Grand-Œuvre
Bélier  Calcination
Taureau  Congélation
Gémeaux  Fixation
Cancer Solution
Lion  Digestion
Vierge  Distillation
Balance  Sublimation
Scorpion  Séparation
Sagittaire  Incinération
Capricorne  Fermentation
Verseau  Multiplication
Poisson  Projection

 

II - L'achimie jabirienne

 

Portrait de Jabir Ibn Hayyan - XVe siècle

 

L’un des alchimistes célèbres fut Jâbir ibn Hayyân al-Báriqi al-Azdi, plus connu sous le nom de Geber. Cet homme d’origine Perse ou Arabe vécut au VIII ème siècle et fut l’auteur de travaux d’expérimentations et de théories qui influencèrent nettement les alchimistes européens. On lui attribue l’invention de nombreux équipements et procédés tels que l’acide chlorhydrique et l’acide nitrique, la distillation et la cristallisation.

 

Globalement sa théorie considère le monde comme un gigantesque organisme animé. Une seule gnose, la science de la Balance ou l’Art d’Amour, domine cette philosophie de la nature, basée sur la sympathie et l’antipathie des êtres. Cette gnose s’étend non seulement aux trois règnes de la nature, mais aussi aux mouvements des astres et jusqu’aux hypostases du monde spirituel. C’est la voie traditionnelle la plus importante et la plus généralement suivie par les maîtres de l’alchimie occidentale.

 

III - L'alchimie magique

 

Le mouvement des étoiles et "la collision de leurs rayons" produiraient une infinie variété de combinaisons. Le feu, la couleur et le son émettraient aussi des radiations. A peu près inconnue, non seulement des historiens, mais de la plupart des alchimistes eux-mêmes, elle n’a laissé aucune trace écrite. Transmise toujours oralement, elle n’est ni pré chimique, ni philosophique, ni mystique.

 

Devenir alchimiste

 

Lorsque l’on entend le mot alchimiste, la première pensée qui vient à l'esprit est certainement la transmutation du plomb en or, ceci est aujourd'hui possible, mais n'est absolument pas rentable. Le véritable but de l'alchimiste n'est par contre pas une transformation matérielle, mais une transformation spirituelle. Dans son livre l'alchimiste, Paulo Coelho montre le sens authentique du mot en écrivant que l'alchimie est la manifestation d'un changement personnel. Nous avons tous cette aptitude nous permettant de nous améliorer de manière importante en tant qu'Être humain.

 

Cette transformation comporte 7 étapes que Paulo Coelho décrit grâce à des métaphores. L’on peut donc installer un petit labo dans son garage, il faudra entre autres créer un champ électromagnétique, ioniser les atomes de plomb, avoir un cyclotron, mais l’on peut aussi devenir un vrai alchimiste, ce qui aidera à mieux vivre en s’élevant spirituellement. Pour ceux et celles qui désirent vraiment s’élever spirituellement, non qui ne font que le prétendre en ne voyant en l’Alchimie qu’une basse science terrestre.

 

Détruire l'égo

Casser le plomb

 

La matière brute qui symbolise la personne en mutation (le plomb) doit tout d'abord être rompue en morceaux avant d'être mise dans un creuset. Sur le plan humain, il faut commencer par casser l’égo et rejeter tout ce qui s'y rattache pour pouvoir devenir meilleur, plus fort et plus conscient. Ce qui ne va pas se réaliser du jour au lendemain. La personne que l’on est aujourd'hui est du plomb et celle que l’on souhaite devenir un jour est de l'or. Il est donc inutile d’abîmer les casseroles pour faire fondre des métaux dans un laboratoire, ce n'est pas le but.

 

S’accorder au moins 20 minutes par jour pour méditer sur sa vie et analyser la journée que l’on vient de passer. Si l’on veut changer, l’on doit accepter que l’on soit imparfait et déterminer les points de la personnalité que l’on devrait modifier. La meilleure façon d'y parvenir est de faire de la réflexion introspective.

 

Au début, il sera certainement difficile de se concentrer, ce qui est normal. L'important est de s’isoler pendant un bon moment chaque jour et de penser à sa vie. Si l’on s’accorde le temps et l'espace pour le faire (sans se mentir), l’on ira de plus en plus profondément dans son interne, en son esprit.

 

Quelle que soit l'approche ou la méthode employée, l'important est de le faire quotidiennement.

 

 

Faire fondre le plomb

 

Une fois que l’on a brisé l’égo, l’on doit faire fondre les morceaux dans un creuset afin de les rendre liquides et malléables. On peut nommer cela le processus de dissolution, comme si l’on mélangeait des cendres avec de l'eau. Sur le plan humain, cela revient à d’enfoncer plus profondément dans l’esprit, jusqu'à l’inconscient. L’on doit maintenant ne plus rejeter les souvenirs lointains et les pensées que l’on réprime. Certaines personnes nomment cela un état de flottement, dans lequel l’on entre si profondément que l’on perd la conscience de soi-même, du temps et de ce qui nous entoure. Pour arriver à cette situation, l’on devra passer par les étapes suivantes.

  • Déterminer ce que l’on désire réaliser
  • Se concentrer durant de longs moments.
  • Laisser de côté la conscience.
  • Avoir l'impression que le temps passe très vite.
  • Accepter ce que l’on pense vraiment de soi-même.
  • Déterminer clairement quelles sont les aptitudes et conserver un équilibre entre elles et les objectifs que l’on avait.
  • Être complètement maître de soi-même dans les situations dans lesquelles l’on se retrouve.
  • Trouver de la satisfaction et déterminer la finalité de ce que l’on est en train d'accomplir.
  • Laisser de côté les besoins physiques (de manière momentanée).
  • Être entièrement absorbé par ce que l’on fait et par ses activités.

Séparer les métaux

 

La séparation des métaux est le processus au cours duquel l'alchimiste va filtrer et isoler les éléments obtenus avec la dissolution afin de se débarrasser de ce qui n'est pas nécessaire et donc indésirable. En ce qui concerne la mutation personnelle, cette séparation consiste à séparer ce que l’on est réellement au plus profond de soi-même (les éléments nécessaires à l'obtention de l'or) des éléments bruts (comme le plomb) qui empêchent de s’améliorer. Pour affiner sa personnalité, il faudra faire des choix personnels et conscients afin de déterminer les points dont on doit se défaire et les traits de la personnalité que l’on peut conserver pour devenir une personne meilleure.

 

Pour construire la nouvelle personnalité, il est préférable de se baser sur les points que l’on veut conserver plutôt que sur ceux dont on désire se défaire. Identifier les qualités que l’on apprécie particulièrement chez les personnes que l’on respecte et pour quelles raisons elles semblent importantes. Analyser également des moments de sa vie, et des décisions que l’on a prises, décisions paraissant fondamentales et en accord avec la personne que l’on souhaite devenir.

 

Avoir un carnet dans lequel l’on prendra des notes reste une excellente idée pour être plus conscient de soi-même. Cela permettra d’y noter toutes les pensées et d'établir des connexions entre la manière d'agir et de penser.

 

La réalisation la plus complexe et profonde est certainement le fait de reconnaître les points négatifs. L’on aura parfois besoin d'aide pour trouver ses propres défauts. En demandant à quelques personnes de confiance de donner honnêtement leurs points de vue, l’on aura des informations importantes concernant sa personnalité profonde et les aspects des comportements qui peuvent être modifiés.

 

Construire un nouveau soi

La conjonction

 

La conjonction est la recombinaison, en une nouvelle substance, des éléments qui ont été sauvés de la séparation. En ce qui concerne le changement psychologique, il s'agit de la prise de pouvoir du véritable soi. Cela passe par l'union des côtés féminins et masculins et la combinaison du subconscient avec le conscient. On se réfère à cet état en parlant de la Petite Pierre. L’on pourra arriver à un nouveau système de pensée, un nouvel état de conscience ou une nouvelle personnalité, mais il est primordial que cette nouvelle perception de soi-même émane de choses existantes en soi. Pour résumer, l’on ne doit absolument pas essayer d'être quelqu'un que l’on n’est pas, mais l’on doit devenir ce qu'il y a de meilleur en la personne que l’on est actuellement.

 

Se rende dans une pièce ou un lieu où rien ne pourra distraire l’esprit. Fermer les yeux puis se concentrer sur la respiration uniquement. Respirer très lentement par le nez et depuis le ventre. Retenir ensuite la respiration durant quelques secondes, puis expirer lentement toujours par le nez.

 

Lorsque l’on médite et que l’esprit commence à vagabonder, se concentrer à nouveau sur la respiration. Porter toute l’attention sur la sensation de l'air entrant par le nez, ainsi que sur le ventre qui monte et descend puis sur la sensation de l'air s'échappant par des narines.

 

S’efforcer de visualiser la meilleure version de soi-même. Imaginer par exemple que tout va bien dans le quotidien, que l’on est parfaitement préparé à tout et que l’on avait un contrôle total sur sa vie. Réfléchir aux choses qui sont les plus importantes pour soi et penser aux aspects de la personnalité qui concernent le plus les changements attendus.

 

La fermentation

 

La fermentation est la croissance d'une bactérie, un ferment, placée dans une solution organique comme pour la fabrication du fromage ou la fermentation du raisin pour produire le vin. La fermentation commence avec l'introduction d'un nouvel élément dans le produit de la conjonction afin d'assurer la survie en le renforçant. Sur le plan humain, durant le processus de fermentation, l’on devra accepter de recevoir une inspiration extérieure qui va enrichir ou apporter la lumière.

 

La fermentation s'obtient généralement grâce à différentes méthodes de transformation et de concentration. Bien que non limitées à celles-ci, ces méthodes incluent des projections de volonté intenses et profondes, de la méditation introspective régulière, le désir inconscient de s'unir à un pouvoir supérieur de manière spirituelle ou mystique, une thérapie transformatrice ou des états de conscience altérés.

 

La distillation

 

La distillation consiste à chauffer une substance jusqu'au moment où elle se transforme en vapeur et à récupérer cette vapeur quand elle se solidifie en refroidissant. On nomme parfois la distillation la purification, car elle permet de se débarrasser des éléments qui ne sont pas essentiels et des impuretés.

 

Sur le plan humain, la distillation est l'action de se purifier de ses énergies psychiques afin de s'assurer qu'il ne restera rien des éléments de l'ancien soi, qui sont indésirables.

 

Pour effectuer la distillation, la meilleure manière est de faire une introspection personnelle objective. L’on doit s’éloigner de toute sentimentalité, de toutes émotions, puis estimer ce qu'il reste de l’identité personnelle.

 

Regarder sa vie en ayant le point de vue de quelqu'un d'autre. Cela peut être un membre de la famille ou un ami qui a su donner de bons conseils de par le passé et qui connait bien toutes les facettes de la personnalité. Quels sont les points de la personnalité que cette personne considérerait comme étant vitaux.

 

La coagulation

 

La dernière étape du chemin est la coagulation. Elle se produit lorsqu'un liquide ou un gaz retourne à un état solide. En ce qui nous concerne, cette dernière étape de la transformation est marquée par un sentiment de profonde confiance en soi et qui donne la possibilité de continuer d'exister dans tous les niveaux de réalité. Au niveau planétaire, la coagulation est le retour au point « Alpha ».

 

Une fois que la coagulation est terminée, l’on doit se sentir rajeuni, dans un état de santé parfait et être un humain meilleur. Certaines expériences conduisent à un Second Corps de lumière dorée en fusion, qui est un véhicule permanent de conscience. Les effets ressentis peuvent varier en fonction de la personne qui vit la transformation, mais l’on se sent différent, quelles que soient les particularités des changements.

 

Conseils

  • N'arrêter jamais de chercher à devenir une meilleure personne et d'apprendre.
  • Pour effectuer une réelle transformation qui ait un sens, l’on devra faire preuve de patience et pardonner les autres ainsi qu’à soi-même.