Horus

Réalisation Omelle

Nom en hiéroglyphes

 

Horus de l'égyptien Hor / Horou est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes.

 

Les représentations les plus communes le dépeignent comme un faucon couronné du pschent ou comme un homme hiéracocéphale. Son nom signifie le Lointain en référence au vol majestueux du rapace.

 

Son culte remonte à la préhistoire égyptienne.

 

La plus ancienne cité à s'être placée sous son patronage semble être Nekhen, la Ville du Faucon (Hiérakonpolis).

 

Dès les origines, Horus se trouve étroitement associé à la monarchie pharaonique en tant que dieu protecteur et dynastique. Les Suivants d’Horus sont ainsi les premiers souverains à s'être placés sous son obédience. Aux débuts de l’époque historique, le faucon sacré figure sur la palette du roi Narmer et, dès lors, sera constamment associé au pouvoir royal.

 

Dans le mythe le plus archaïque, Horus forme avec Seth un binôme divin caractérisé par la rivalité, chacun blessant l'autre. De cet affrontement est issu Thot, le dieu lunaire, considéré comme leur fils commun.

 

Vers la fin de l'Ancien Empire, ce mythe est réinterprété par les prêtres d'Héliopolis en intégrant le personnage d'Osiris, l'archétype du pharaon défunt divinisé. Cette nouvelle théologie marque l'apparition du mythe osirien où Horus est présenté comme le fils posthume d'Osiris né des œuvres magiques d'Isis, sa mère. Dans ce cadre, Horus joue un rôle majeur. En tant que fils attentionné, il combat son oncle Seth, le meurtrier de son père, le défait et le capture. Seth humilié, Horus est couronné pharaon d'Égypte et son père intronisé roi de l'au-delà. Cependant, avant de pouvoir combattre vigoureusement son oncle, Horus n'est qu'un être chétif. En tant que dieu-enfant (Harpocrate), Horus est l'archétype du bambin soumis à tous les dangers de la vie. Frôlant la mort à plusieurs reprises, il est aussi l'enfant qui, toujours, surmonte les difficultés de l'existence. À ce titre, il est un dieu guérisseur et sauveur très efficace contre les forces hostiles.

 

Outre ses traits dynastiques et royaux, Horus est une divinité cosmique, un être fabuleux dont les deux yeux sont le Soleil et la Lune. L'œil gauche d'Horus, ou Œil oudjat, est un puissant symbole associé aux offrandes funéraires, à Thot, à la Lune et à ses phases. Cet œil, blessé par Seth et guéri par Thot, est l'astre nocturne qui constamment disparaît et réapparaît dans le ciel. Sans cesse régénérée, la lune est l'espoir pour tous les défunts égyptiens d'une possible renaissance.

 

Sous ses multiples aspects, Horus est vénéré dans toutes les régions égyptiennes. À Edfou, un des plus beaux temples ptolémaïques, le dieu reçoit la visite annuelle de la statue de la déesse Hathor de Dendérah et forme, avec Harsomtous, une triade divine. À Kôm Ombo, Horus l'Ancien est associé à Sobek, le dieu crocodile. Fort de cette renommée, le culte d'Horus s'est exporté hors d'Égypte, plus particulièrement en Nubie. À partir de la Basse époque, grâce aux cultes isiaques, la figure d'Harpocrate s'est largement popularisée à travers tout le bassin méditerranéen sous influence hellénistique puis romaine.

 

 

 

 

Horus est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes. Ses origines se perdent dans les brumes de la préhistoire africaine. À l'instar des autres principales déités du panthéon égyptien, il est présent dans l'iconographie dès le quatrième millénaire avant notre ère.

 

La dénomination contemporaine d'Horus est issue du théonyme grec Ὧρος (Hōros) élaboré au cours du premier millénaire avant notre ère au moment de la rencontre des cultures égyptienne et grecque.

 

Ce théonyme est lui-même issu de l'égyptien ancien Horqui étymologiquement signifie le lointain, le supérieur. L'écriture hiéroglyphique ne restituant pas les voyelles, l'exacte prononciation égyptienne n'est plus connue, probablement Horou ou Hârou.

 

Dans la langue proto-égyptienne, Horus devait désigner le faucon d'où son idéogramme. Dès la période protodynastique, aux alentours de - 3 300, le hiéroglyphe du faucon Hor désigne aussi le souverain, qu'il soit en exercice ou défunt, et peut même équivaloir au mot netjer, dieu, avec toutefois une connotation de souveraineté.

 

Dans les Textes des pyramides, l'expression Hor em iakhou, Horus dans le rayonnement, désigne ainsi le roi défunt, devenu un dieu parmi les dieux à son entrée dans l'au-delà.

 

En Égypte antique, plusieurs espèces de faucons ont coexisté. Les représentations de l'oiseau d'Horus étant le plus souvent très stylisées, il est assez difficile de l'identifier formellement à une espèce en particulier. Il semble toutefois que l'on puisse y voir une image du faucon pèlerin. Ce rapace de taille moyenne et au cri perçant est réputé pour sa rapidité en piqué lorsque, du haut du ciel, il fond sur ses petites proies terrestres. Ce faucon présente aussi la particularité d'avoir des plumes sombres sous les yeux  qui dessinent une sorte de croissant. Cette marque distinctive n'est pas sans rappeler le graphisme de l'œil oudjat associé à Horus et aux autres dieux Hiéracocéphales.

 

Statuette égyptienne, période gréco-romaine, Walters Art Museum

 

La divinité d'Horus se manifeste dans l'iconographie de multiples façons. Dans la plupart des cas, il est représenté comme un faucon, comme un homme à tête de faucon ou, pour évoquer sa jeunesse, comme un jeune enfant nu et chauve. La forme animale est la plus ancienne. Jusqu'à la fin de la période protodynastique, les animaux, dont le faucon, apparaissent comme étant bien plus efficaces et bien supérieurs aux hommes. De ce fait, les puissances divines sont alors exclusivement figurées sous une forme animale.

 

Le faucon et son majestueux vol planant dans le ciel ont été manifestement interprétés comme la marque ou le symbole du Soleil, son nom le Lointain faisant référence à l'astre diurne.

 

Vers la fin de la Ire dynastie, aux alentours de - 2 800, en parallèle au développement de la civilisation égyptienne, diffusion de l'agriculture, de l'irrigation et de l'urbanisme, la mentalité religieuse s'infléchit et les forces divines commencent à s'humaniser.

 

À cette époque apparaissent les premiers dieux entièrement anthropomorphes et momiformes.

 

Concernant Horus, durant les deux premières dynasties, la forme animale reste la règle. Les premières formes composites, hommes à tête animale, font leur apparition à la fin de la IIe dynastie et, en l'état des connaissances, la plus ancienne représentation connue d'Horus en homme hiéracocéphale date de la IIIe dynastie.

 

Parmi les plus célèbres représentations figure un fragment d'une statue conservée au Musée égyptien du Caire et montrant Khéphren assis sur son trône (IVe dynastie). Le faucon est debout sur le dossier du siège et ses deux ailes ouvertes enveloppent la nuque royale afin de signifier sa protection. Dans le même musée est conservée la statue en or de l'Horus de Nekhen. Sa datation est discutée VIe ou XIIe dynastien. Il ne subsiste plus que la tête du falconidé coiffée d'une couronne constituée de deux hautes plumes stylisées. Ses yeux en pierre d'obsidienne imitent le regard perçant de l'oiseau vivant.

 

Horus protégeant Khéphren, IVe dynastie. Croquis d'après une statue du Musée égyptien du Caire

 

Horus de Nectanébo II, XXXedynastie, Metropolitan Museum of Art

 

Un dieu complexe

Statue d'Horus, XVIIIe dynastie, Musée national d'art égyptien de Munich

 

Le panthéon égyptien compte un grand nombre de dieux faucons. Sokar, Sopdou, Hemen, Houroun, Dédoun, Hormerty.

 

Horus et ses multiples formes occupent toutefois la première place. Dieu à multiples facettes, les mythes qui le concernent s'enchevêtrent. Il est toutefois possible de distinguer deux aspects principaux :

  • Une forme juvénile ;
  • Une forme adulte ;

Dans sa pleine puissance guerrière et sa maturité sexuelle, Horus est Horakhty, le soleil au zénith. À Héliopolis, en tant que tel, il est vénéré concurremment avec .

 

Dans les Textes des pyramides, le pharaon défunt ressuscite sous cette apparence de faucon solaire. Par un syncrétisme fréquent dans la religion égyptienne, Horakhty fusionne avec le démiurge héliopolitain, sous la forme de Rê-Horakhty. À Edfou, il est Horbehedety, le soleil ailé des temps primordiaux. À Kôm Ombo, il est Horus l'Ancien, un dieu céleste imaginé comme un immense faucon dont les yeux sont le Soleil et la Lune. Quand ces astres sont absents du ciel, cet Horus est dit aveugle. À Nekhe, la capitale des tout premiers pharaons, ce faucon céleste est Hor-Nekheny, dont les aspects guerriers et royaux sont très prononcés.

 

Le jeune Horus apparaît lui aussi sous de multiples formes. Dans le mythe osirien, Horus est le fils d'Osiris et d'Isis. Osiris, assassiné par son frère Seth, est ramené à la vie, le temps d'une union charnelle, grâce aux efforts conjugués d'Isis et de Nephtys.

 

C'est de cette union miraculeuse que naît Horus l’Enfant, aussi dénommé Harsiesis, Horus fils d’Isis et Hornedjitef, Horus qui prend soin de son père.

 

Sous ce dernier aspect, pour venger la mort de son père, Horus affronte son oncle Seth. Après moult péripéties, il gagne le combat et reçoit le trône d'Égypte en héritage. La vaillance et la fidélité familiale d'Horus font de ce dieu l'archétype du pharaon.

 

Cependant, sa légitimité est sans cesse contestée par Seth. Lors d'un combat qui l’oppose à son rival, Horus perd son œil gauche, qui est reconstitué par Thot. Appelé Oudjat ou œil d'Horus, cet œil, que les Égyptiens ont porté sur eux sous forme d’amulette, possède des vertus magiques et prophylactiques.

 

Cet œil gauche reconstitué morceau par morceau par Thot représente la lune qui jour après jour s’accroît. À l'opposé de Seth, qui représente la violence et le chaos, Horus pour sa part incarne l’ordre et, tout comme pharaon, il est l’un des garants de l’harmonie universelle.

 

Cependant, il ne faut pas réduire la théologie complexe des Égyptiens à une conception manichéenne du Bien et du Mal, car, dans un autre mythe, Seth est l’auxiliaire indispensable de Rê dans son combat nocturne contre le serpent Apophis. Bien et mal sont des aspects complémentaires de la création, tous deux présents en toute divinité.

 

Mythe archaïque

 

Dès les origines de l'État pharaonique, Horus est la divinité protectrice de la monarchie. Le dieu faucon, plus particulièrement celui adoré à Nekhen, est la puissance à laquelle Pharaons'identifie en se voyant comme son successeur et son héritier.

 

Avant même la création du mythe osirien, le combat d'Horus et Seth est à la base de l'idéologie royale. La réconciliation des deux divinités rivales en la personne du roi en exercice est lourde de signification et transparaît notamment lors des cérémonies d'investiture.

 

 

Le pouvoir pharaonique apparaît vers - 3 300, ce qui fait de l'Égypte antique le premier État connu au monde. Sa durée couvre plus de 30 siècles et, durant toute cette période, le faucon Horus est le dieu protecteur des pharaons.

 

Depuis l'historien Manéthon, un Égyptien hellénisé au service de Ptolémée II, la chronologie des règnes est découpée en trente dynasties, des origines jusqu'à la conquête du pays par Alexandre le Granden - 322.

 

Le premier nom de cette liste royale est celui du pharaon Ménès, Celui qui fonde ou Celui qui établit l'État. L'identité de ce personnage reste problématique. Il s'agit soit d'un personnage mythique, soit d'un souverain réel, Narmer ou Aha selon les propositions communément avancées.

 

L'émergence d'une autorité unique sur le territoire égyptien résulte de multiples facteurs. Les détails de ce processus d'unification restent encore nébuleux. Il s'est peut-être d'abord produit une agrégation des populations dans le sud de la vallée du Nil, en Haute-Égypte autour de deux ou plusieurs chefs puis d'un seul.

 

Puis, soumission de la Basse-Égypte par Ménès et ses successeurs. Dès les origines, le mythe de la victoire d'Horus le faucon sur Seth, la créature du désert, sert à symboliser le pouvoir du pharaon.

 

Les actions royales, qu'elles soient guerrières ou pacifiques, s'inscrivent dans des rituels politico-religieux où le roi, considéré comme le successeur d'Horus, est capable d'influer sur les cycles naturels, crue du Nil, courses du soleil et de la lune, afin de satisfaire aux besoins matériels de ses sujets.

 

La Palette de Narmer inaugure une scène rituelle qui perdure jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne, le massacre des ennemis, dont la tête est fracassée par une massue vigoureusement brandie par Pharaon. Sur la palette, Narmer debout et coiffé de la couronne blanche assomme un ennemi agenouillé qu'il maintient immobile en l'empoignant par les cheveux. Au-dessus de la victime, la présence et l'approbation d'Horus se manifestent sous la forme d'un faucon qui maintient enchaîné un fourré de papyrus muni d'une tête, symbole probable de la victoire du Sud sur le Nord.

 

 

Suivants d'Horus

 

 

 

Horus-roi couronné du Pschent, période gréco-romaine, Musée d'Art du comté de Los Angeles

 

D'après les fouilles archéologiques menées dans la haute vallée du Nil, il semble qu'aux alentours de - 3 500, les deux villes dominantes aient été Nekhenet Noubt, respectivement patronnées par Horus et Seth. Après la victoire de la première sur la seconde, les rois de Nekhen ont réalisé l'unification politique de l'Égypte. Avant le règne du pharaon Narmer-Ménès, vers - 3 100, le premier représentant de la Ire dynastie, une douzaine de roitelets se sont succédé à Nekhen. Ces dynastes se sont tous placés sous la protection du dieu faucon en adoptant un Nom d'Horus. À des degrés divers, tous ont joué un rôle éminent dans la formation du pays. Dans la pensée religieuse égyptienne, le souvenir de ces roitelets a perduré sous l'expression des Suivants d'Horus.

 

Dans le Papyrus de Turin, ces Suivants sont magnifiés et idéalisés en voyant placée leur lignée entre la dynastie de dieux de l'Ennéade et celles des pharaons humains historiques. Les Textes des pyramides, les plus anciens textes religieux égyptiens, accordent très naturellement une place importante au dieu faucon de Nekhen adoré par les Suivants d'Horus.

 

On le trouve désigné sous différentes expressions :

  • Horus de Nekhen ;
  • Taureau de Nekhen ;
  • Horus du Sud ;
  • Horus, seigneur de l'élite ;
  • Horus qui réside dans la Grande Cour, Horus qui est dans la Grande Cour ;

 

Connue des Grecs sous le toponyme de Hiérakonpolis, la Ville des Faucons, Nekhen est une très antique cité aujourd'hui identifiée aux ruines arasées du Kôm el-Ahmar, la Butte Rouge. Fondée à la Préhistoire, vers la fin du quatrième millénaire, Nekhen est durant la période pré dynastique la capitale de la Haute-Égypte. Par la suite, durant la période pharaonique, Nekhen sur la rive gauche du Nil et Nekheb sur la rive droite forment la capitale du IIIenome de Haute-Égypte.

 

Dès sa fondation, Nekhen dispose d'une forte enceinte en briques crues large de dix mètres qui enserre un espace de sept hectares. D'après les secteurs fouillés, la ville s'organise en des rues quasi-rectilignes se coupant à angle droit. Le centre est occupé par un bâtiment officiel, sans doute un palais résidentiel muni de sa propre enceinte afin de l'isoler du reste de la ville. Le temple d'Horus, souvent remanié, occupait l'angle sud-ouest mais ses vestiges ne se signalent plus que par une butte artificielle vaguement circulaire.

 

 

Les Deux Combattants

 

Dans la mythologie égyptienne, Horus est surtout connu pour être le fils d'Osiris et le neveu de Seth ainsi que l'assassin de ce dernier.

 

Si les déités Horus et Seth sont très anciennement attestées, la figure d'Osiris est apparue bien plus tardivement, au tournant des IVe et Ve dynasties.

 

L'intégration d'Osiris, au cours du XXVe siècle, dans le mythe d'Horus et Seth est par conséquent le résultat d'une reformulation théologique.

 

Les Textes des pyramides sont les plus anciens écrits religieux disponibles. Ces formules magiques et religieuses apparaissent gravées sur les murs des chambres funéraires à la fin de l'Ancien Empire. Leur élaboration est cependant bien plus primitive et certaines strates rédactionnelles semblent remonter à la période thinite (Ire et IIe dynasties).

 

Là, certains passages mentionnent un conflit entre Horus et Seth sans que n'intervienne la personne d'Osiris. Ces données peuvent être interprétées comme les traces ténues d'un mythe archaïque pré-osirien.

 

Plusieurs expressions lient Horus et Seth en un binôme en les appelant les Deux Dieux, les Deux Seigneurs, les Deux Hommes, les Deux Rivaux ou les Deux Combattants.

 

Leur mythe n'est pas exposé en un récit suivi mais seulement évoqué, çà et là, au moyen d'allusions éparses qui mentionnent qu'Horus et Seth se chamaillent et se blessent l'un l'autre :

  • Le premier perdant son œil ;
  • Le second ses testicules ;

Horus est tombé à cause de son œil, Seth a souffert à cause de ses testicules. (§ 594a)

 

Horus est tombé à cause de son œil, le Taureau a filé à cause de ses testicules. (§ 418a)

Pour qu'Horus se purifie de ce que lui a fait son frère Seth.

 

pour que Seth se purifie de ce que lui a fait son frère Horus (§ *1944d-*1945a)

 

Textes des pyramides (extraits). Traduction de Bernard Mathieu

 

 

Investiture pharaonique

 

Le couronnement de pharaon est un enchaînement complexe de rituels variés dont l'ordonnancement exact n'est pas encore bien reconstitué.

 

Le papyrus dramatique du Ramesséum, très fragmentaire, semble être un guide ou un commentaire illustré du rituel mis en place pour l’avènement de Sésostris Ier (XIIe dynastie).

 

L'interprétation de ce document difficile à comprendre est encore débattue. Selon l'Allemand Kurt Seth et le Français Étienne Drioton, l'investiture pharaonique est une sorte de spectacle sacré avec le nouveau souverain pour principal acteur. L'action est centrée sur les dieux Osiris et Horus et son déroulement s'inspire du mythe archaïque de l'affrontement d'Horus et Seth augmenté de l'épisode plus récent d'Horus condamnant Seth à porter la momie d'Osiris.

 

L'Égypte antique a fondé sa civilisation sur le concept de la dualité. Le pays est ainsi perçu comme l'union des Deux Terres. Principal symbole de la royauté, la couronne Pschent, les Deux Puissances, est la fusion de la couronne rouge de Basse-Égypte avec la couronne blanche de Haute-Égypte.

 

Le pharaon incarne dans sa personne les Deux Combattants, à savoir Horus de Nekhen et Seth de Noubt.

 

Le second est toutefois subordonné au premier et, dans les textes, la préséance est toujours accordée à Horus. Emblème de l'unification rituelle du pays, Horus et Seth désignent l'autorité monarchique. Dès la Ire dynastie, le roi en exercice est un Horus-Seth comme l'indique une stèle datée du roi Djer où la reine est Celle qui voit Horus, sceptre hétes d'Horus, celle qui épaule Seth.

 

Plus tard, sous Khéops, ce titre est simplifié et la reine est Celle qui voit Horus-Seth. Sous la IIe dynastie, le faucon d'Horus et le canidé de Seth surmontent conjointement le Serekh du roi Khâsekhemoui. Dès l'Ancien Empire, l'iconographie royale montre le binôme Horus et Seth en train de couronner le pharaon ou sous le Moyen Empire en train d'unir le papyrus et le lotus, les plantes héraldiques des deux royaumes, dans les scènes du Sema-taouy ou rite de la Réunion des Deux-Terres.

 

 

La titulature du pharaon avait une grande importance et était chargée d'une puissance magique considérable.

 

Elle s'enrichit et se développe à partir de la Ire dynastie et parvient à son aboutissement sous la Ve dynastie. L'assemblage des cinq composantes constitue le ren-maâ ou nom authentique par lequel pharaon définit sa nature divine.

 

La titulature est établie lors du couronnement mais est susceptible d'évoluer au cours du règne selon les circonstances politiques et les évolutions religieuses du moment.

 

Toute modification signale ainsi des inflexions dans les intentions royales ou des désirs divins nouveaux imposés au souverain. Quels que soient son aspect et son rôle de faucon céleste, dieu créateur ou fils d’Osiris, Horus est le dieu dynastique par excellence.

 

Aussi la première composante de la titulature royale est-elle le Nom d'Horus, déjà porté par les souverains de la Dynastie 0, à savoir les prédécesseurs de Narmer, considéré dans l'historiographie comme le premier des pharaons.

 

Dès les origines, le nom d'Horus s'est inscrit dans le Serekh, un rectangle toujours surmonté du faucon sacré. Le registre inférieur représente la façade stylisée du palais royal vue de face tandis que l'espace où est inscrit le nom est le palais vu en plan.

 

La signification du Serekh est évidente, le roi dans son palais est l’Horus terrestre, à la fois l’incarnation du dieu faucon et son successeur légitime sur le trône d’Égypte. Sous la Ire dynastie, se mettent en place le Nom de Nesout-bity, symbole de l'union des Deux-Terres, et le Nom de Nebty patronné par les déesses Ouadjet et Nekhbet.

 

Plus tard, sous la IVe dynastie s'ajoute le Hor Noubt ou Nom de l'Horus d'Or, dont l’interprétation est incertaine. Sous l'Ancien Empire, il semble qu'il ait été perçu comme l'union des dieux Horus et Seth réconciliés en la personne royale.

 

Finalement, sous le règne de Djédefrê apparaît le cinquième nom, le Nom de Sa-Rê ou Fils de Rê qui place le pharaon sous la filiation spirituelle de Rê, autre dieu faucon aux aspects céleste et solaire.

 

Horus dans le mythe osirien

 

En tant que fils d'Osiris, Horus occupe une grande place dans le mythe osirien. Adulte, le dieu faucon est le défenseur acharné des droits régaliens de son père défunt. Encore enfant, ses années de jeunesse sont troublées par de nombreux aléas. Constamment proche de la mort en raison des attaques de scorpions et de serpents, le jeune Horus, toujours sauvé par Isis, est devenu dans la croyance populaire un dieu sauveur et guérisseur.

 

 

 

Osiris est le plus célèbre des dieux funéraires égyptiens. Avec Isis, son épouse, sa popularité ira croissante durant toute l'histoire religieuse égyptienne.

 

À la Basse époque puis durant la période gréco-romaine, le dieu bénéficie d'une ou plusieurs chapelles dans les principaux temples du pays. Là, durant le mois de Khoiak, s'exercent les cérémoniels des Mystères d'Osiris qui sont la réactualisation du mythe par la grâce du rite.

 

L'histoire de son assassinat et de son accès à la vie éternelle a fait sa gloire, chaque individu en Égypte s'identifiant à son sort. Les sources égyptiennes sont assez elliptiques à propos du meurtre d'Osiris. Les grandes lignes du mythe ont été exposées pour la première fois par le Grec Plutarque au IIe siècle. Seth, jaloux de son frère, assassine le roi Osiris en l'enfermant dans un coffre et en jetant celui-ci dans le fleuve. Après de longues recherches, Isis retrouve la dépouille à Byblos, la ramène au pays et la cache dans les marais du Delta.

 

Au cours d'une partie de chasse, Seth découvre le corps et, fou furieux, démembre Osiris en quatorze morceaux qu'il jette au loin. Après une longue quête, Isis retrouve les membres épars et reconstitue le corps en le momifiant. Transformé en oiseau-rapace, Isis s'accouple avec son défunt mari et conçoit Horus, un fils prématuré et malingre. Devenu adulte, Horus entre en lutte contre Seth. Après plusieurs combats, Horus défait son rival et se fait proclamer roi d'Égypte.

 

 

Connu en égyptien comme Hor-nedj-itef Horus le défenseur de son père ou Horus qui prend soin de son père, Harendotès est la forme d'Horus sous l'apparence du fils attentionné.

 

En Égypte antique, l'amour du fils envers le père est une des plus hautes valeurs morales. Cet amour filial est tout aussi important que l'amour qui doit régner au sein du couple homme-femme incarné par la relation Osiris-Isis.

 

Bien que fils posthume, Horus est le défenseur pugnace des droits de son père usurpés par Seth. Après son assassinat, Osiris se trouve retranché de la communauté des dieux et privé de son statut royal. Devenu adulte, Horus ne poursuit qu'un seul but, rétablir Osiris dans sa dignité et son honneur de roi.

 

Dès les Textes des pyramides, nombre de textes affirment qu'Horus a rendu à son père ses couronnes et qu'il a fait de lui le roi des dieux et le souverain de l'empire des morts. Le rétablissement social d'Osiris s'incarne dans deux images constamment rappelées dans les liturgies funéraires : celle du redressement de la momie et celle de l'humiliation de Seth, l'assassin étant condamné par Horus à porter la lourde momie d'Osiris vers son tombeau :

 

Ô Osiris (roi) ! Horus t'a mis à la tête des dieux, il a fait en sorte que tu prennes possession de la couronne blanche, de la dame (ou tout ce qui est tien). Horus t'a trouvé, et c'est heureux pour lui. Sors contre ton ennemi ! Tu es plus grand que lui en ton nom de « grand sanctuaire ». Horus a fait en sorte de te soulever en ton nom de « grand soulèvement », il t'a arraché à ton ennemi, il t'a protégé en son temps. Geb a vu ta forme et t'a mis sur ton trône. Horus a étendu pour toi ton ennemi sous toi, tu es plus ancien que lui. Tu es le père d'Horus, son géniteur en ton nom de « géniteur ». Le cœur d'Horus occupe une place prééminente auprès de toi en ton nom de Khentimenty.

 

Textes des pyramides, chap. 371. Traduction de Jan Assmann

 

Jugement du mort

 

 

Bien plus que les Textes des pyramides et les Textes des sarcophages, assez méconnus des contemporains, le Livre des Morts, du fait de ses riches illustrations, bénéficie d'une grande notoriété auprès du grand public.

 

Parmi les illustrations les plus fameuses figure la scène du jugement de l'âme (chapitres 33B et 125). Le cœur du mort est posé sur l'un des deux plateaux d'une grande balance à fléau, tandis que la déesse Maât(Harmonie), sur l'autre plateau, sert de poids de référence. La mise en image de cette pesée ne remonte pas au-delà du règne d'Amenhotep II(début de la XVIIIe dynastie) mais sera inlassablement reproduite durant 16 siècles jusqu'à la période romaine.

 

Selon les exemplaires du Livre des Morts, Horus sous son aspect d'homme hiéracocéphale est amené à jouer deux rôles différents. Il peut apparaître près de la balance comme le maître de la pesée. Il maintient à l'horizontale le fléau afin que le cœur et la Maât se trouvent à l'équilibre.

 

Le défunt est considéré comme exempt de fautes et se voit proclamé Juste de voix, c'est-à-dire admis dans la suite d'Osiris.

 

À la fin de la XVIIIe dynastie ce rôle de contrôleur est le plus souvent confié à Anubis. Horus apparaît alors dans le rôle d’accompagnateur du mort.

 

Après la pesée, le mort est conduit devant Osiris assis sur son trône et accompagné d'Isis et Nephtys, les deux sœurs debout derrière lui.

 

Dans quelques exemplaires, le rôle d'accompagnateur est dévolu à Thot mais, le plus souvent, c'est à Horus que revient cette charge. D'une main, Horus salue son père et de l'autre, il tient la main du défunt, qui, en signe de respect, s'incline devant le roi de l'au-delà.

 

Reçu en audience, le défunt s'assoit devant Osiris. Le chapitre 173 du Livre des Morts indique les paroles prononcées lors de cette entrevue. Le défunt s'approprie l'identité d'Horus et, dans une longue récitation, énumère une quarantaine de bonnes actions qu'un fils attentionné se doit d'effectuer pour son père défunt dans le cadre d'un culte funéraire efficace :

 

Paroles à dire :

Je te fais adoration, maître des dieux, 

dieu unique qui vit de la vérité, de la part de ton fils Horus. 

Je suis venu à toi pour te saluer ; je t'apporte la vérité, là où est ton ennéade ; 

fais que je sois parmi elle, parmi tes suivants, et que je renverse tous tes ennemis ! 

J'ai perpétué tes galettes d'offrande sur terre, éternellement et éternellement.

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu te saluer, mon père Osiris. 

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu renverser tes ennemis.

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu chasser tout mal de toi.

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu abattre ta souffrance. (...)

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu alimenter pour toi tes autels. (...)

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu te consacrer les veaux-qehhout.

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu égorger pour toi les oies, les canards.

Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu prendre au lasso pour toi tes ennemis dans leurs liens. 

Paul Barguet, Livre des Morts, extraits du chapitre 173

 

• Deux illustrations du Livre des Morts

 

 

Horus l'Enfant

 

 

D'après le mythe osirien rapporté par Plutarque au IIe siècle avant notre ère, le jeune Horus est le fils posthume d'Osiris, conçu par Isis lors de son union avec la momie de son époux.

 

Cet enfant serait né prématuré et imparfait car faible des membres inférieurs. Dans la pensée pharaonique, les années bénéfiques du règne d'Osiris ne sont qu'une sorte de prélude destiné à justifier la proclamation d'Horus en tant que juste possesseur du trône. La transmission de la royauté depuis Osiris le père assassiné, via Seth le frère usurpateur, vers Horus le fils attentionné, n'est possible que grâce à l'action efficace de la rusée Isis, une magicienne hors norme.

 

Après l'assassinat et le démembrement de son époux, Isis retrouve les membres épars et reconstitue le corps dépecé en le momifiant. Grâce à son pouvoir magique, la déesse parvient à revivifier la dépouille du dieu défunt, juste le temps d'avoir une relation sexuelle avec lui, afin de concevoir Horus.

 

Selon Plutarque, la seule partie du corps d'Osiris qu'Isis ne parvint pas à retrouver est le membre viril car jeté dans le fleuve et dévoré par les poissons pagres, lépidotesn et oxyrhynques.

 

Pour le remplacer, elle en fit une imitation. Cette affirmation n'est cependant pas confirmée par les écrits égyptiens pour qui le membre fut retrouvé à Mendès.

 

L'accouplement mystique d'Osiris et Isis est déjà connu des Textes des pyramides où il s'intègre dans une dimension astrale. Osiris est identifié à la constellation Sah (Orion), Isis à la constellation Sopedet (Grand Chien) et Horus à l'étoile Soped (Sirius).

 

Dans l'iconographie, le moment de l'accouplement posthume n'apparaît qu'au Nouvel Empire. La scène figure gravée sur les parois de la chapelle de Sokar dans le Temple funéraire de Séthi Ier.

 

Sur l'un des bas-reliefs, Osiris est montré éveillé et couché sur un lit funéraire. À l'image d'Atoum lorsqu'il émergea des eaux primordiales afin de concevoir l'univers, Osiris stimule manuellement son pénis en érection afin de provoquer une éjaculation.

 

Sur la paroi d'en face, un second bas-relief montre Osiris, en érection, s'accouplant avec Isis transformée en oiseau rapace et voletant au-dessus du phallus.

 

La déesse est figurée une seconde fois, à la tête du lit funéraire tandis qu'Horus est lui aussi déjà présent, aux pieds de son père, sous l'apparence d'un homme hiéracocéphale. Les deux divinités étendent leurs bras au-dessus d'Osiris en guise de protection.

 

Dans ces deux fresques mythologiques qui se déroulent à l'intérieur même du tombeau d'Osiris, présent et futur se confondent en montrant l'accouplement et en anticipant la réalisation de la future triade divine par la présence conjointe d'Osiris, Isis et Horus.

 

 

Harpocrate

 

 

 

Sous sa forme juvénile, le dieu Horus est connu sous le nom d'Harpocrate, du grec Ἁρποκράτης  issu de l'expression égyptienne Hor-pa-khered qui signifie Horus l'enfant.

 

Dans l’iconographie, Harpocrate apparaît sous les traits d'un jeune enfant entièrement nu et chauve à l'exception de la mèche de l'enfance, une boucle de cheveux tressée qui depuis la tempe s'enroule autour de son oreille. Le jeune dieu approche généralement une de ses mains vers la bouche pour sucer un doigt.

 

Durant la période gréco-romaine, ce geste a été réinterprété comme un geste incitant au silence et à la discrétion et a été perçu comme le symbole des enseignements secrets professés par les prêtres égyptiens aux jeunes initiés. Son culte se développe à partir de la fin du Nouvel Empire pour connaitre son apogée aux alentours du IIe siècle de notre ère. Le jeune dieu, très populaire au sein des familles, est alors présent dans les foyers sous la forme de statuettes en terre cuite ou en bronze.

 

Ces figurines qui mêlent les styles égyptien et grec montrent Harpocrate debout, assis, couché ou chevauchant un animal (chien, âne, cheval, oie, grenouille).

 

Son culte est attesté dans les principales villes égyptiennes, en Haute-Égypte à Thèbes, Coptos, Hermonthis, Héracléopolis et Philæ , en Basse-Égypte, à Bubastis, Isiospolis, Mendès, Alexandrie et dans le Fayoum.

 

 

Dès le troisième millénaire, les Textes des pyramides évoquent la naissance, la jeunesse et l'âge adulte du dieu Horus.

 

Toutefois son image de dieu-enfant ne se fixe que bien plus tard, au premier millénaire avant notre ère, quand les théologiens égyptiens prennent habitude d'adjoindre des figures spécifiquement enfantines aux dieux adultes.

 

Du point de vue historique, Harpocrate est une création artificielle due aux prêtres de Thèbes et qui, par la suite, s'est développée dans les couches populaires en dehors de la religion officielle. Les premières mentions écrites d'Harpocrate remontent à la XXIe dynastie dans la titulature des prêtresses affectées à la triade thébaine constituée par le dieu Amon, la déesse Mout et le dieu-fils Khonsou.

 

Quant à sa première représentation connue, elle figure sur une stèle érigée à Mendès durant le règne de Sheshonq III pour commémorer une donation du flûtiste Ânkhhorpakhered.

 

À l'origine, Harpocrate est élaboré comme un doublon de Khonsou-enfant. Il s'agissait alors de donner un dieu-fils aux allures strictement enfantines au couple formé par les dieux funéraires Osiris et Isis. À l'inverse d'Horus qui jusqu'alors est essentiellement perçu comme un dieu adulte, la nature de Khonsou, dieu lunaire, se caractérise par la jeunesse. Initialement, les cultes d'Harpocrate et Khonsou se combinent dans un sanctuaire situé dans l'enceinte de Mout à Karnak.

 

Ce sanctuaire, transformé en Mammisisous la XXIe dynastie, célèbre la naissance divine du pharaon dans des scènes où la maternité de la reine mère est assimilée à celles de Mout et d'Isis.

 

La conjonction des croyances amoniennes et osiriennes a pour effet que le dieu Harpocrate se voit d'abord gratifié d'une double ascendance comme dans les graffitis des carrières du Ouadi Hammamat Horus-l'enfant, fils d'Osiris et d'Isis, le Grand, l'Ancien, le premier né d'Amon.

 

Cependant, la vitalité de la religion osirienne fit d'Harpocrate le parangon des dieux-enfants dans le seul cadre de la famille osirienne érigée comme le modèle parfait et idéal de la solidarité familiale.

 

 

Les Stèles d'Horus, aussi appelées Cippes d'Horus, sont des pièces archéologiques de tailles variables de 80 cm à moins de 5 cm en pierre dure foncée.

 

Leur principale fonction est de protéger magiquement ou de guérir une personne qui a été atteinte par un animal venimeux, l'Égypte étant une contrée infestée par de nombreuses espèces de scorpions et de serpents. Les stèles se caractérisent par une représentation centrale du dieu Harpocrate, nu, vu de face et surmonté du masque hideux du nain Bès. Harpocrate est montré debout sur un ou plusieurs crocodiles. Dans ses mains, il tient des serpents, des lions, des gazelles et des scorpions. Selon la taille et la qualité des stèles, celles-ci étaient soit conservées dans les sanctuaires ou les habitations, soit transportées tels des talismans par des individus durant leurs voyages. Dès les origines de la civilisation égyptienne, les prêtres se sont préoccupés des possibles attaques des reptiles et insectes malfaisants. Dans les pyramides à textes, de nombreuses formules viennent ainsi en aide aux souverains défunts occupés à voyager dans l'au-delà. Les stèles d'Horus sont quant à elles attestées entre le Nouvel Empire et la période romaine et ont été trouvées sur une vaste zone qui dépasse largement les frontières de leur pays d'origine (Italie, Iraq, Liban, Soudan, Éthiopie). Les plus anciens exemplaires remontent à la XIXe dynastie et s'inspirent des stèles dédiées au dieu Shed, Le Sauveur, que des habitants d'Amarna conservaient dans leur domicile. Quelque quatre-cents stèles d'Horus sont connues et conservées à travers le monde.

 

 

 

Enfance menacée

 

 

L'efficacité magique des Stèles d'Horus repose sur la mention d'épisodes mythologiques qui mettent en scène le jeune Horus comme la victime des maléfices de son oncle Seth puis comme le bénéficiaire des pouvoirs bénéfiques de sa mère Isis.

 

Dans les formules magiques gravées sur les stèles ou inscrites sur les pages des grimoires tardifs, Horus est le modèle divin de l'enfant sauvé et sauveur, car en fin de compte invincible. Le guérisseur, en faisant revivre à son patient la maladie puis la guérison d'Horus, le place dans une situation archétypique où les dieux sont appelés à venir en aide à l'un des leurs plongé dans la détresse. Parmi toutes les stèles découvertes à ce jour, les inscriptions magiques gravées sur la Stèle de Metternich sont les plus remarquables.

 

Le texte a été publié pour la première fois en 1877 par le Russe Vladimir Golenichtchev dans une traduction en langue allemande. Depuis lors, le document a été transposé à plusieurs reprises en langue française, notamment par les égyptologues Alexandre Moret et François Lexa.

 

 

La stèle rapporte ainsi un épisode de l'enfance tumultueuse d'Horus. Après le meurtre d'Osiris, son épouse Isis cache son fils Horus dans les marais de Chemnis situés autour de la ville de Bouto. Le jeune dieu est en effet constamment sous la menace de son oncle Seth qui cherche à l'éliminer physiquement afin de mieux asseoir son pouvoir despotique sur le pays égyptien. Délaissé par sa mère occupée à trouver des moyens de subsistance, Horus est la victime d'une piqûre de scorpion. Le soir, Isis retrouve son fils inanimé proche de la mort. Désespérée, elle cherche de l'aide auprès des Égyptiens. Personne ne parvient à guérir la jeune victime mais les plaintes continuelles d'Isis font accourir Nephtys et Selkis. Cette dernière conseille aussitôt à la mère en détresse de faire appel à Rê. Ému par le désespoir d'Isis, le dieu solaire arrête sa course céleste, s'immobilise dans le ciel et envoie Thot auprès du jeune agonisant. Après de nombreuses paroles incantatoires, Thot réussit à évacuer le poison du corps d'Horus qui aussitôt revient à la vie. Cela fait, Thot ordonne aux habitants de Bouto de veiller constamment sur le jeune dieu en l'absence d'Isis. Il retourne ensuite auprès de Rê dans le ciel et annonce à son maître que la course solaire peut à présent se poursuivre normalement.

 

Horus contre Seth

 

Deux épisodes majeurs ponctuent le mythe de la lutte d'Horus et Seth.

  • Le premier est la naissance de Thot, le dieu lunaire, né de la semence d'Horus et issu du front de Seth.
  • Le second est la perte momentanée de l'œil gauche d'Horus, endommagé par Seth. Cet œil est le symbole du cycle lunaire et des rituels destinés à revivifier les défunts.

Le mythe de l'affrontement d'Horus et Seth est attesté dans les plus anciens écrits égyptiens que sont les Textes des pyramides. Cet ensemble de formules magiques et d'hymnes religieux se trouve gravé dans les chambres funéraires des derniers pharaons de l'Ancien Empire.

 

Il ne s'agit toutefois là que d'allusions éparses, ces écrits étant des liturgies destinées à la survie post mortem et non pas des récits mythologiques.

 

Par la suite, ce conflit est évoqué tout aussi allusivement dans les Textes des sarcophages et le Livre des Morts. Dans l'état actuel des connaissances égyptologiques, il faut attendre la fin du Nouvel Empire et la Période ramesside (XIIe siècle) pour voir rédigé un véritable récit suivi des péripéties des deux divinités rivales.

 

Le mythe est consigné sur un papyrus en écriture hiératique trouvé à Deir el-Médineh dans les restes d'une bibliothèque familiale.

 

Résumé du mythe

 

 

Après la disparition d'Osiris, la couronne d'Égypte revient de droit au jeune Horus, son fils et héritier. Mais son oncle Seth, le jugeant trop inexpérimenté, désire ardemment se faire proclamer roi par l'assemblée des dieux. Horus, appuyé de sa mère Isis, fait convoquer le tribunal des dieux à toute fin de régler ce contentieux. Rê préside, tandis que Thot tient le rôle du greffier. Quatre-vingts ans s'écoulent sans que le débat progresse. Le tribunal est partagé entre les tenants de la royauté légitime (revenant à Horus), et Rê qui voit en Seth son perpétuel défenseur contre Apophis. Les débats tournent en rond et nécessitent un avis extérieur. C'est donc à Neith, déesse de Saïs, réputée pour son infinie sagesse, que Thot adresse une missive. La réponse de la déesse est sans ambiguïté : la couronne doit revenir à Horus. Cependant, pour ne pas pénaliser Seth, Neith propose de lui offrir les déesses Anat et Astarté comme épouses.

 

Le tribunal se réjouit de cette solution, mais Rê, lui, reste sceptique. Horus ne serait-il pas un peu jeune pour assumer la direction du royaume ? Après quelques heurts entre les deux parties et excédé par tant de tergiversations, Rê ordonne le déplacement des débats vers l'Île-du-Milieu.

 

Furieux contre Isis, Seth demande que les débats se poursuivent en son absence. La requête est acceptée par Rê qui ordonne à Anti d'en interdire l'accès à toute femme.

 

Mais c'était compter sans la ténacité de la déesse. Elle soudoie Anti et se réintroduit dans l'enceinte du tribunal sous les traits d'une belle jeune femme. Rapidement, elle ne manque pas d'attirer l'attention de Seth. Tous deux finissent par converser et, troublé par tant de beauté, Seth s'égare dans des propos compromettants en reconnaissant sous cape la légitimité filiale d'Horus ! La rusée Isis se dévoile alors. Le coup de théâtre laisse Seth sans voix. Quant à Rê, il ne peut que juger de l'imprudence de Seth qui s'est confié, sans prendre garde, à une inconnue. Dépité, il ordonne le couronnement d'Horus et punit Anti pour s'être laissé corrompre par Isis.

 

Mais le colérique Seth n'est pas décidé à en rester là. Il propose à Horus une épreuve aquatique où les deux dieux se transforment en hippopotames. Celui qui restera le plus longtemps sous l'eau pourra devenir roi. Mais Isis, qui suit de près les mésaventures de son fils, perturbe la partie. Elle s'attire finalement le mécontentement d'Horus qui fou de rage la décapite et la transforme en statue de pierre. Mais Thot lui redonne la vie en lui fixant au cou une tête de vache. Après son méfait, Horus, prend la fuite vers le désert. Mais, poursuivi par Seth il est rapidement rattrapé. Prestement, Seth jette Horus à terre et lui arrache les deux yeux qu'il enterre. La déesse Hathor, émue par le triste sort d'Horus, le guérit grâce à un remède de lait d'antilope.

 

Apprenant cette histoire et lassé de ces sempiternelles chamailleries, Rê ordonne la réconciliation des deux belligérants autour d'un banquet. Mais une fois encore, Seth décide de troubler la situation. Il invite son neveu à passer la soirée chez lui, ce que ce dernier accepte. La nuit, Seth s'essaye à féminiser Horus lors d'une relation homosexuelle afin de le rendre indigne du pouvoir royal. Toutefois, Horus parvient à éviter l'assaut et recueille la semence de son oncle entre ses mains. Le jeune dieu accourt vers sa mère. Horrifiée, elle coupe les mains de son fils et les jette dans le fleuve pour les purifier. Par la suite, elle masturbe son fils, recueille sa semence et la dépose sur une laitue du jardin de Seth. Insouciant, Seth mange la laitue et se trouve engrossé. Devant tous les dieux, il donne naissance au disque lunaire qui s'élance hors de son front. Seth veut le fracasser à terre mais Thot s'en saisit et se l'approprie.

 

Après une ultime épreuve aquatique, proposée par Seth et remportée par Horus, Osiris, resté jusqu'alors silencieux, intervient depuis l'au-delà et met directement en cause le tribunal qu'il juge trop laxiste. En tant que dieu de la végétation, il menace de couper les vivres à l'Égypte et de décimer la population par la maladie. Les dieux, bousculés par tant d'autorité, ne tardent pas à rendre un verdict favorable à Horus. Mais Seth n'est pas oublié. Placé aux côtés de Rê, il devient « celui qui hurle dans le ciel », le très respecté dieu de l'orage.

 

Mythe de l'Œil d'Horus

 

 

Dans le papyrus des Aventures d'Horus, Seth pour se départager d'Horus propose qu'ils se transforment tous deux en hippopotames et qu'ils plongent en apnée dans les eaux du fleuve. Celui qui remonte avant trois mois révolus, ne sera pas couronné. Les deux rivaux se jettent dans le Nil. Mais Isis, craignant pour la vie de son fils, décide d'intervenir. Elle confectionne une lance magique afin de harponner Seth pour l'obliger à émerger hors des eaux. Elle lance son harpon mais celui-ci touche malheureusement Horus. Sans s'interrompre, la déesse lance une seconde fois son harpon et touche Seth. Ce dernier l'implore piteusement de lui retirer l'arme hors son corps. Ce qu'elle fait. En constatant cette clémence, Horus se met en colère et décapite sa mère. Aussitôt, Isis se transforme en statue de pierre acéphale :

 

Rê-Harakhty poussa un grand cri et dit à l'Ennéade : Hâtons-nous et infligeons-lui un grand châtiment ». L'Ennéade grimpa dans les montagnes pour rechercher Horus, le fils d'Isis. Or, Horus était couché sous un arbre au pays de l'oasis. Seth le découvrit et s'empara de lui, le jeta sur le dos sur la montagne, arracha ses deux yeux Oudjat de leur place, les enterra dans la montagne pour qu'ils éclairassent la terre (...) Hathor, Dame du sycomore du sud, s'en alla et elle trouva Horus, alors qu'il était effondré en larmes dans le désert. Elle s'empara d'une gazelle, lui prit du lait et dit à Horus : « Ouvre les yeux, que j'y mette du lait ». Il ouvrit les yeux, et elle y mit le lait (elle en plaça dans le droit, elle en plaça dans le gauche, et (...) elle le trouva rétabli.

 

Aventures d'Horus et Seth (extraits). Traduction de Michèle Broze

 

Durant la période gréco-romaine, soit plus d'un millénaire après la rédaction des Aventures d'Horus et Seth, le Papyrus Jumilhac, une monographie consacrée aux légendes anubiennes de la Cynopolitaine, ne manque pas d'évoquer le mythe de la perte des yeux d'Horus. Seth ayant appris que les yeux étaient enfermés dans deux lourds coffrets en pierre ordonne à des complices de les voler. Une fois en ses mains, il charge les coffrets sur son dos, les dépose au sommet d'une montagne et se transforme en gigantesque crocodile pour les surveiller. Mais Anubis transformé en serpent se glisse auprès des coffrets, prend possession des yeux et les dépose dans deux nouveaux coffrets en papyrus. Après les avoir enterrés plus au nord, Anubis s'en retourne auprès de Seth afin de le consumer. À l'endroit où Anubis enterra les yeux émergea un vignoble sacré où Isis établit une chapelle pour rester au plus près d'eux.

 

 

Dans la pensée religieuse égyptienne, la naissance de la Lune est assimilée à l'apparition de l'Œil d'Horus et à la venue au monde du dieu Thot. Selon les Aventures d'Horus et Seth, le disque lunaire est sorti du front de Seth après que ce dernier eut avalé une laitue imprégnée du sperme d'Horus. La semence d'Horus jaillit sous la forme d'un disque d'or sur la tête de Seth. Seth entra dans une rage folle et tendit la main pour se saisir du disque d'or. Thot le lui enleva et le plaça comme couronne sur sa tête.

 

Cet épisode mythologique est manifestement déjà connu à l'époque des Textes des pyramides car une allusion indique que Thot est issu de Seth. Une autre rapporte que l'Œil d'Horus, c'est-à-dire la Lune, a été ôtée du front de Seth. Dans les Textes des sarcophages, Thot informe Osiris qu'il est « le fils de son fils, la semence de sa semence », autrement dit le petit-fils d'Osiris à travers Horus.

 

Ailleurs, Thot est appelé le fils des Deux Rivaux ou le fils des Deux Seigneurs ou encore le fils des Deux Seigneurs qui est sorti du front. L'étrange naissance de Thot symbolise la fin du conflit. En tant que Maître de la Maât, l'harmonie cosmique et fils commun d'Horus et Seth, il est Celui qui sépare les Deux Compagnons. Aussi joue-t-il les médiateurs pour mettre fin à cette incessante lutte.

Symbolisme lunaire de l'Œil

 

Si, dans le papyrus des Aventures d'Horus et Seth, Horus se voit arracher les deux yeux, d'une manière plus générale, les textes égyptiens mentionnent surtout l'énucléation du seul œil gauche.

 

Représenté comme un œil humain fardé, l'Oudjat, L'intacte, représente l'œil arraché à Horus par Seth lors de leur combat. Jeté à terre et déchiré en six morceaux, l'œil est reconstitué par Thot, qui le complète et le rend guéri et sain à son propriétaire. Les Textes des sarcophages évoquent ce mythe à plusieurs reprises. Un passage indique que Thot a cherché les morceaux et qu'il les a rassemblés :

 

Je suis Thot (...). Je suis revenu de la quête de l'œil d'Horus : je l'ai ramené et compté, je l'ai trouvé complet, compté et intact. Son flamboiement monte jusqu'au ciel, et son souffle vers le haut et le bas.

 

Textes des sarcophages, chapitre 249 (extraits) Traduction de Paul Barguet

 

Un autre évoque le combat d'Horus et Seth et l'heureuse intervention de Thot :

 

J'ai reconstitué l'œil après qu'il eut été mutilé en ce jour de la lutte des Deux Compagnons ; — Qu'est-ce que la lutte des Deux Compagnons ? C'est le jour où Horus lutta avec Seth, quand Seth envoya des miasmes à la face d'Horus et quand Horus arracha les testicules de Seth. Mais c'est Thot qui traita cela avec ses doigts.

 

Textes des sarcophages, chapitre 334 (extrait) Traduction de Paul Barguet

 

L'arrachage de l'œil est une allégorie de la phase décroissante de la Lune. Sa reconstitution est celle de la phase croissante. Selon Plutarque, la mutilation peut aussi signifier les éclipses lunaires sur Isis et Osiris, § 55. Dans les temples, les prêtres s'assuraient de la bonne marche du cosmos en effectuant le rituel de Compléter l'Œil d'Horus qui consistait en une série d'offrandes livrées journellement à l'Œil afin d'aider à sa reconstitution.

 

Évocation de la phase ascendante de la Lune.

 

 

Œil et offrandes

 

Dans les Textes des pyramides, l'Œil d'Horus tient une place considérable. Dans de nombreuses occurrences, cet œil symbolise les offrandes funéraires (pains, eau, vin, bière, encens, étoffes, onguents) apportées au pharaon défunt par les prêtres officiants. Selon cette liturgie, le pharaon est assimilé à Osiris. Horus, en tant que fils aimant, veut le faire revivre.

 

Pour ce faire, Horus lui offre son propre Œil afin qu'il puisse à nouveau voir et se redresser sur ses jambes. Dans ce contexte, la possession de la vision a pour signification le retour de toutes les capacités sensitives, psychiques et physiques que le royal personnage a perdues au moment de sa mort. Bon nombre d'affirmations montrent que le contexte est lunaire. Le mythe archaïque du combat d'Horus et Seth, les Deux Combattants, est inlassablement évoqué.

 

Lorsqu'un prêtre, tout en déposant une offrande, dit que l'Œil d'Horus est blessé, qu'il souffre, qu'il est aveuglé, qu'il rebondit ou que Seth le mange, il fait référence aux tribulations célestes de la Lune, astre instable qui disparaît et réapparaît inlassablement depuis la blessure originelle qui lui a été infligée par Seth :

 

(Paroles dites quatre fois.)

Offrande que donne le roi au ka d'Ounas. 

Osiris Ounas prends l'œil d'Horus :

ton pain d'offrande afin que tu puisses manger !

un pain d'offrande

Osiris Ounas, prends l'œil d'Horus qui a été arraché à Seth, 

que tu as saisi pour ta bouche et avec lequel tu ouvriras ta bouche ! 

une cruche-hatjès de vin en pierre-menou blanche

Ounas, prends l'œil d'Horus ! Pourvois-t'en !

une coupe-hénout de bière en galène

Osiris Ounas, j'ai complété pour toi ton œil avec de l'onguent !

parfum de fête

Osiris Ounas, prends l'œil d'Horus à cause duquel il a souffert !

huile-sefetj

 

Textes des Pyramides, traduction de Raphaël Bertrand

 

Le monceau d'offrandes offert au pharaon n'est pas à voir comme un cadeau offert aux dieux.

 

L'offrande est un geste rituel sacré qui vise à rétablir la Maât, l'ordre cosmique bouleversé par les Deux Combattants.

 

Cette harmonie n'est atteinte que lorsqu’Horus dispose à nouveau de son œil blessé par Seth et que Seth dispose à nouveau de ses testicules endoloris par Horus.

 

Toutefois, les offrandes sont seulement appelées au nom de l'œil d'Horus et jamais au nom des testicules de Seth, du moins explicitement. Seth étant le dieu de la confusion, son symbole est trop dangereux pour être invoqué indépendamment de celui d'Horus. Certains passages présupposent néanmoins une union nécessaire des deux forces contraires lors du rituel, leur apaisement étant symbolisé par la présence de Thot, le Fils des Deux Rivaux, dieu des scribes et des ritualistes :

 

(Formule à réciter)

Flamboyante, bien-aimée d'Horus, au front noir, 

préposée au cou de Rê, puisses-tu dire au ciel que Téti est destiné au ciel !

(Formule à réciter)

Porteurs d'Horus qui a aimé Téti car il lui a apporté son Œil ! 

Porteur de Seth qui a aimé Téti car il lui a apporté ses testicules ! 

Porteur de Thot qui aime Téti ! 

C'est pour eux qu'a tremblé la Double Ennéade ! 

Mais les porteurs qu'aime Téti, ce sont les porteurs vers la table d'offrandes !

 

Textes des pyramides, traduction de Claude Carrier

 

Horus d'Edfou

 

Le magnifique temple d'Edfou consacré à Horus est l'un des sanctuaires égyptiens les mieux conservés. Ses parois exposent les antiques rites et les festivités annuelles qui s'y pratiquaient. Parmi les temps forts figurent l'intronisation du faucon sacré, la visite de la statue de l'Hathor de Dendérah et la naissance du dieu Harsomtous. Les principaux ennemis de Horbehedety (la forme locale d'Horus) sont le serpent primordial et Seth l'hippopotame.

 

 

Horbehedety ou Horus de Behedet est la forme d'Horus vénérée à Edfou, le mot égyptien behedou signifiant le Lieu du trône et le nom Behedet étant l'un des toponymes égyptiens de la ville. Ce dieu peut être représenté comme un faucon accroupi couronné ou non du Pschent mais, en tant que Soleil en mouvement, il est figuré sous la forme d'un disque solaire ailé accompagné de deux serpents-uræi.

 

 

Mythologie d'Edfou

 

 

Le nom actuel d'Edfou provient du copte Atbô qui est une déformation du nom égyptien Djebaou, La Ville du Flotteur.

 

En divers points de la muraille d'enceinte du temple d'Horus d'Edfou, des allusions textuelles relatent les origines mythiques et expliquent le nom donné à la ville par le dieu créateur75. Avant que le monde vienne à l'existence, il n'existait que les eaux chaotiques du Noun. Dans cette fange boueuse, un amas de joncs et de roseaux forma une île à la dérive.

 

Or, au même moment, dans le ciel planait une puissance divine, le Faucon, à la recherche d'un endroit où se poser. Il remarqua l'amas de joncs et s'y posa. Le Créateur approuva cette halte et se fit visible en se transformant en un oiseau gigantesque au plumage de pierres précieuses et à visage humain. Il descendit du plus haut des cieux vers l'îlot végétal, en fit une terre solide et ferme et la donna en cadeau au Faucon. Le Créateur rejoignit ensuite le ciel et disparut non sans proclamer que l'univers avait le Faucon pour maître :

 

Dès que les roseaux vinrent en tant que rivage du commencement, les Deux Seigneurs rendirent immobile sur les eaux le flotteur-djeba ; quand le territoire eut été vu par lui en planant en cercle, le Faucon vint et les roseaux le portèrent. Ainsi vint à l'existence le Flotteur-djeba, ainsi vint à l'existence le Support-du-faucon-Outjesek-Bik.

 

Cosmogonie d'Edfou (extrait) Traduction de J.-Cl. Goyon

 

 

Aussitôt la terre formée, les forces du Mal se manifestèrent sous la forme du serpent Apophis. Le Faucon repoussa l'attaque et détruisit le monstre aquatique. Pour venir à bout du reptile, le Créateur inventa une arme magique, l'épieu-segmeh et la donna en cadeau au Faucon.

 

Depuis cette époque, Edfou est protégée par quatre génies, émanations du Faucon :

  • A l'ouest par le taureau Puissant de Mugissement ;
  • A l'est par le lion Seigneur du Couteau ;
  • Au sud par le faucon Seigneur du harpon ;
  • Au nord par le serpent Grand de Terreur ;

Ces quatre défenseurs créèrent à leur tour quatre bataillons constitués de soixante dieux gardiens à leur image.

 

Depuis lors, cette armée défensive se manifeste sous la forme du mur d'enceinte du temple :

 

Mais alors le grand dieu créa son apparence de Faucon ; il s'éleva vers le haut du ciel jusqu'au-dessus de son ennemi ; grande était sa taille, puissantes étaient ses ailes et il chassa le serpent-sebty hors de son territoire. C'est ainsi que vint à l'existence « Horus d'Edfou grand dieu, seigneur du ciel » comme grand nom de ce dieu.

 

Cosmogonie d'Edfou (extrait) Traduction de J.-Cl. Goyon