Les Mystères d'Éleusis

Réalisation Tynelle

Le Télestérion d'Éleusis

 

Le Mythe de la Déesse que l'on retrouve dans l'ouvrage de Gérald Gardner, n'est pas sans faire penser à un autre Mythe, les Mystères d'Éleusis.

 

En sa version Gérald Gardner indique ce récit :

 

Le Mythe de la Déesse

 

Or donc, la Déesse n’avait jamais aimé, mais elle voulait résoudre tous les mystères, même le mystère de la Mort, et ainsi elle voyagea jusqu’au Monde-d’en-Bas. 

 

Les Gardiens du Portail la défièrent « Enlève tes vêtements, retire tes bijoux, car tu ne peux rien amener avec toi dans ce monde ».

 

Alors, elle renonça à ses vêtements et bijoux puis fut attachée, comme tous ceux qui entrent aux royaumes de la Mort, le Puissant. Telle était sa beauté que la Mort, lui-même, s’agenouilla et embrassa ses pieds, en disant : « Bénis soient tes pieds qui t’ont conduite sur ces chemins. Demeure avec moi, mais permets-moi de poser ma main froide sur ton cœur ».

 

Et elle répliqua : « Je ne t’aime pas. Pourquoi provoques-tu le déclin et la mort de toutes ces choses que j’aime et auxquelles je prends plaisir ».

 

« Ma Dame », répondit la Mort, « c’est l’Âge et le Destin, contre lesquels je suis impuissant. L’Âge fait dépérir toutes choses. Mais lorsque les hommes meurent, lorsque leur temps est passé, je leur prodigue le repos, la paix et la force, afin qu’ils puissent revenir. Mais toi, tu es ravissante. Ne t’en retourne pas, demeure avec moi ».

 

« Mais », elle répondit : « Je ne t’aime pas ».

 

La Mort dit ensuite : « Si tu n’accueilles pas ma main sur ton cœur, tu devras recevoir le fouet de la Mort ».

 

« C’est le destin, et c’est mieux ainsi », dit-elle et elle s’agenouilla. La Mort la fouetta et la Déesse s’écria : « Je ressens les affres de l’amour ».

 

La Mort la releva, et dit : « Bénie sois-tu », et il lui donna le Quintuple Baiser, en disant : « C’est seulement ainsi que tu peux atteindre la joie et la connaissance ».

 

Il lui enseigna tous les Mystères, ils s’aimèrent et ne firent qu’un ...

 

Elle lui enseigna toutes les Magies, ils s’aimèrent et ne firent qu’un ...

 

Car il y a trois grands mystères dans la vie d’un homme :

  • L’amour ;
  • La mort ;
  • La résurrection dans un nouveau corps ;

La magie les contrôle tous.

 

Pour que l’amour s’accomplisse, tu dois revenir à la même époque et au même endroit que ceux que tu aimes, et tu dois les rencontrer, les connaître, te souvenir d’eux et les aimer à nouveau.

 

Mais pour te réincarner, tu dois mourir et être prêt à recevoir un nouveau corps.

 

Pour mourir, tu dois être né, sans amour, tu ne peux naître. Voici ce qu’est toute la magie.

 

Liber Umbrarum - Gérald Gardner extrait du Witchcraft for Tomorrow  de Doreen Valiente

 

Mystères d'Éleusis

 

Dans la religion grecque antique, les Mystères d’Éleusis faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis. Au cours de leur évolution, les mystères d'Éleusis se sont ouverts d'abord à tous les Grecs, puis à tout homme ou femme, libre ou esclave, parlant grec.

 

L'initiation comportait plusieurs degrés. Ces mystères étaient traditionnellement consacrés non seulement à Déméter et à sa fille Perséphone, mais aussi à Hadès, c'est-à-dire aux divinités de la terre et des morts, ainsi qu'à Dionysos sous son nom favori d'Iacchos auquel il a été assimilé.

 

Dionysos était en effet intimement mêlé à la vie de la terre et de la végétation, et dans les rituels des Anthestéries et les fêtes des Halôa en Attique, il était associé aux divinités proprement chtoniennes. 

 

Les mystères d'Éleusis représentent une des formes les plus élevées de la spiritualité grecque, et leur fortune a été considérable durant des siècles, dans l'ensemble du monde antique.

 

Origines mythologiques et historiques du culte

 

Le mythe

 

Selon la mythologie grecque, Hadès enleva Perséphone, au cours d'une cueillette de fleurs dans les prairies d'Enna, pour l'épouser et en faire la reine des Enfers. Les cultures cessèrent de croître dans les champs, tandis que Déméter parcourait le monde à la recherche de sa fille.

 

Un jour, alors qu'il errait sur les terres de Grèce sous les traits d'une vieille mendiante, Déméter arriva dans la cité d'Éleusis et demanda l'hospitalité. Le roi du pays et ses filles l'accueillirent avec une grande générosité, et le dieu reconnaissant dévoila sa véritable identité. Il récompensa ses bienfaiteurs en leur révélant ses mystères : « Les beaux et augustes rites qu’on ne peut ni transgresser ni divulguer ».

 

En leur faisant connaître les secrets de l’agriculture les princes d'Éleusis furent dès lors chargés d'administrer son culte.

 

Par la suite, Déméter retrouva Perséphone, mais ne réussit pas à la libérer entièrement des Enfers, puisque ceux qui mangent la nourriture des morts ne peuvent retourner chez les vivants.

 

Perséphone avait mangé six pépins d'une grenade, le fruit associé à la naissance et à la mort que Hadès lui avait offerte.

 

Zeus décréta toutefois, que Perséphone passerait la moitié de l'année avec sa mère, sur terre, durant la saison des cultures (la saison claire), et le reste de l'année en compagnie d'Hadès, aux Enfers durant la saison de l'hiver (la saison sombre).

 

Évolution historique

 

L'origine égéenne des mystères d'Éleusis ne fait plus de doute. Ils sont probablement venus de Crète à date préhistorique, sans qu'il soit possible pour autant d’affirmer que tout fût crétois à Éleusis, et sans exclure non plus des enrichissements achéens et helléniques, car à Éleusis tout est composite. Le nom même d'Éleusis est à rapprocher du nom de la ville crétoise d'Éleutherna.

 

Celui des divinités laisse aussi entrevoir leur origine préhellénique. Le nom de Perséphone n’est pas grec, il présente des alternances que l'on ne peut expliquer par le système des langues indo-européennes. Le nom de Déméter, dans ses diverses formes présente un premier élément d'origine préhellénique, qui pourrait bien correspondre au grec Terre. On peut donc imaginer que se pratiquait à Éleusis un culte rustique rendu à deux déesses primitivement anonymes, et qui serait la continuation des rites agraires de la Crète minoenne.

 

La cité d'Éleusis, à l'origine indépendante, finit par être englobée dans le synœcisme d'Athènes à une date que l'on ne peut indiquer avec précision, et cette intégration facilita le développement des mystères, qui acquirent assez rapidement un statut panhellénique. 

 

Devenus une fête religieuse de l'État athénien, les mystères furent alors dirigés par l'archonte-roi et un corps de quatre épimélètes élus par lecclésia, deux issus du peuple athénien, et deux des grandes familles nobles d'Éleusis, les Eumolpides et les Céryces. Le monopole de l'initiation fut en effet probablement détenu d'abord par les membres de ces familles aristocratiques et sacerdotales qui conservèrent toujours la surveillance du culte et l'intendance du temple. 

 

L'existence de promotions et de grades au sein de l'initiation est précisément une survivance des anciens cadres issus de ces familles nobles, qui fondaient ainsi leur autorité individuelle. Mais du moins la société religieuse cessa ensuite de se recruter dans un groupe social préétabli. Les mystères d'Éleusis apparaissent ainsi comme la synthèse entre la tradition de rites secrets et des éléments d'une religion populaire et paysanne, issue d'un culte agraire. En attestent les fêtes des Éleusinia, restées assez primitives, et le rattachement à la religion éleusinienne des Thesmophories et des Halôa.

 

Dans cet héritage d'une vieille religion paysanne, une nouveauté importante apparut à Éleusis, la promesse d'immortalité. L'initiation élevait à une éminente dignité, elle eut donc pour effet de créer une société d'élus.

 

L'idée d'immortalité s'orienta ainsi dans un sens individualiste, ce qui signifie qu'un privilège aristocratique se démocratisait : « Heureux celui des hommes qui a vu ces choses ; mais celui qui n'a pas eu part aux sacrements, celui-là n'aura pas un sort égal dans les ténèbres de la mort »

Hymne à Déméter, vers 480 à 482

 

Les pratiques immortalisantes avaient été un ancien privilège aristocratique, dont l'épisode de Démophon garde le souvenir. Communiquer ce privilège de princes à chaque initié représente bien une démocratisation des vertus religieuses. Les mystères, qui ne furent pas d'emblée accessibles à tous, s'ouvrirent finalement aux riches et aux pauvres, aux hommes libres comme aux esclaves, aux hommes et aux femmes. 

 

Quiconque était capable de moduler exactement les formules rituelles en grec et n’avait pas commis d’homicide pouvait être admis à participer aux rituels. Seuls les barbares en étaient exclus, en souvenir des guerres médiques, mais cette interdiction ne devait sans doute plus être en vigueur après les conquêtes d'Alexandre le Grand. Cicéron dit qu'à son époque les mystères d'Éleusis exerçaient leur attrait jusqu'aux confins les plus reculés du monde. La plupart des empereurs romains se feront d'ailleurs initier à ces mystères, et Hadrien reçut même les deux degrés de l'initiation.

 

Le culte des mystères

 

L’Hymne homérique à Déméter, qui retient seulement d'antiques légendes sur la formation du culte éleusinien, est la principale source de données sur les rituels. Les rituels des mystères étaient toujours accomplis par les prêtres de Déméter. Parmi les plus connus d'entre eux, on retrouve Céléos et son fils Triptolème, à qui Déméter avait donné la tâche d'enseigner l'agriculture et de semer le blé sur Terre. Ce prêtre avait aussi institué les Éleusinies, fêtes associées au culte. Parmi les autres premiers prêtres se trouvent Dioclès, Eumolpos et Polyxène. On célébrait le culte dans le télestérion d'Éleusis. L'aspect principal de ce culte se construisait autour de la culture du blé et le cycle vie entreposage–semis–renaissance des cultures. Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient qu'ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort grâce à leur initiation à ces mystères. Comme la divulgation des rites était strictement défendue et qu’aucun auteur n’a trahi ce secret, aucun écrit ne documente avec précision les cérémonies.

 

Les Mystères

 

Annuellement, il existait deux célébrations des mystères d’Éleusis : 

  • Les Grands mystères ;
  • Les Petits mystères ;

Les Petits Mystères avaient généralement lieu au printemps, du 19 au 21 du mois d'Anthestérion*, c'est-à-dire en février (proche de l'Imbolc), et se déroulaient non pas à Éleusis mais Athènes dans le faubourg d'Agra, sous la présidence du hiérophante et de l'archonte-roi. Il est possible qu'à l'origine les mystères d'Agra étaient indépendants, et qu'Athènes ait eu intérêt à les relier à ceux d'Éleusis. Ces Petits Mystères étaient un préliminaire obligatoire.

 

Un délai de six mois (emportant aux alentours de Modron) était requis avant l'initiation aux Grands Mystères. Les rites de cette préparation sont mal connus, seul un texte de Stéphane de Byzance évoque une imitation de l'histoire de Dionysos.

 

Avant les Petits et les Grands Mystères, des spondophores étaient envoyés à travers la Grèce, dans les cités, afin de négocier une double trêve sacrée de cinquante-cinq jours.

 

Les Grands Mystères duraient neuf jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille.

 

En septembre, avant l’automne, le 19e jour du mois Boédromion*, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur et qui sont donc mieux documentées. Avant l'initiation proprement dite, le myste, qui était le candidat digne des mystères, devait procéder, dans un acte individuel et non collectif, aux rites de purification destinés à le laver de toutes ses souillures, c'est-à-dire sans doute baptême et sacrifice d'un porcelet.

 

La première partie du rituel débutait par le départ des éphèbes qui quittaient Athènes pour Éleusis.

 

Le 13 du mois Boédromion, et qui revenaient le lendemain, ramenant les objets sacrés, les hiéra, cachés dans les corbeilles. C'est la prêtresse d'Athéna qui recevait ces reliques sacrées dans l’Éleusinion, un sanctuaire au pied de l'Acropole. 

 

Le 15 était consacré au rassemblement des mystes au Portique Pœcile. Ils recevaient les instructions données par les mystagogues, et le hiérokéryx proclamait les cas d'interdiction.

 

Les mystères étaient interdits aux meurtriers et aux sacrilèges dont les mains étaient souillées, et à ceux qui, affligés d'un défaut physique, étaient de ce fait incapables de moduler correctement les formules rituelles.

 

Le 16 de Boédromion était le jour de la lustration générale, au cri de : « À la mer, les mystes ». Les mystes se plongeaient dans la mer pour se purifier avant de procéder au sacrifice purificatoire d'un porcelet. Les deux journées suivantes étaient consacrées à une période de jeûne et de retraite.

 

Le 19, commençait la grande procession solennelle des mystes qui suivaient la statue d'Iacchos, les hiéra et les prêtres en direction d’Éleusis, le long de la Voie sacrée. Le cortège faisait quelques haltes. Au pont du Céphise, des spectateurs attroupés lançaient aux mystes brocards et lazzi, survivance sans doute d'un vieux rite destiné à écarter le mauvais œil. Aux portes d'Éleusis, le cortège passait devant le palais de Crocôn, l'ancêtre d'une autre famille sacerdotale, et les mystes entouraient alors leur main droite et leur jambe gauche avec des bandelettes couleur de safran. L’arrivée du cortège à Éleusis vers le soir, toutes torches allumées autour du puits Kallichoros, marquait le début de la cérémonie de danse aux flambeaux, dite de l’Eikas ou cérémonie du 20e jour, en hommage à Iacchos.

 

Au cours des journées des 20 au 22 Boédromion, avaient lieu les rites secrets de l'initiation proprement dite, dont certains détails nous sont connus grâce aux nombreuses allusions rapportées par plusieurs auteurs. Dans l'enceinte sacrée du péribole, le prêtre sacrifiait solennellement à Déméter et à Korè.

 

Le 21, dans le télestérion, le hall des initiations, après avoir rompu le jeûne en consommant le cycéôn, une boisson à base de lait de chèvre, de menthe et d'épices, celle-là même qui, jadis, avait restauré la déesse éperdue, les mystes se déclaraient inféodés à Déméter en prononçant la fameuse formule conservée par Clément d'Alexandrie :

« ἐνήστευσα, ἔπιον τὸν κυκεῶνα, ἔλαβον ἐκ κίστης, ἐργασάμενος ἀπεθέμην εἰς κάλαθον καὶ ἐκ καλάθου εἰς κίστην »

« J'ai jeûné ; j'ai bu le cycéon ; j'ai pris dans le panier et, après avoir travaillé, j'ai déposé dans la corbeille, puis, reprenant de la corbeille, j'ai replacé dans le panier »

 

De nombreux érudits ont forgé des hypothèses pour rendre compte du sens de ces rites secrets, en les expliquant tantôt par la consommation d'une portion de gâteaux, tantôt par la manipulation de simulacres d'organes génitaux. Toutes les opérations décrites dans cette formule rituelle doivent sans doute être considérées comme un charme magique de rite de fécondité, l’essentiel des mystères résidant dans l’ostension solennelle d’un ou de trois épis de blé. Les secrets du monde inférieur étaient révélés aux mystes, secrets peut-être accompagnés de visions ou d'apparitions tantôt effrayantes, tantôt rassurantes. Puis les épis de blé étaient consacrés, les mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au salut et à la vie après la mort, pendant que l’hiérophante exhibait les objets sacrés, les hiéra (ἱερά) dans une lumière éclatante. Un drame sacré représentant l’histoire de Déméter et Koré clôturait la veillée du 21.

 

Le jour suivant, le 22 de Boédromion, se déroulait un second drame mystique. Ce n’était pas un simple spectacle, mais un rite puissant rappelant l’union de Zeus avec Déméter, au cours d’un simulacre de hiérogamie entre la prêtresse et l’hiérophante.

 

Par-là était remis en vigueur le pacte de la déesse avec Éleusis et étaient perpétués ses deux bienfaits, l’agriculture et l’initiation. La cérémonie s’achevait par l'initiation du second degré appelée époptie, ἐποπτεία ou contemplation. Elle nous est connue par un seul texte d’Hippolyte de Rome qui évoque la présentation en silence d’un épi de blé nouvellement moissonné. L’épi de blé offrait une signification religieuse et métaphysique, fondée sur la correspondance entre le sein maternel et celui de la terre féconde, entre la vie humaine et la vie végétale. En retournant à la terre, le grain de blé, s’il meurt, porte beaucoup de fruits. Ne devait-il pas en être de même pour l’homme confié à la terre ? L’exaltation rituelle d’Éleusis était un symbole de la vie nouvelle que Déméter promettait à ses initiés.

 

L’initié pouvait en effet espérer, après sa mort, une survie individuelle dans une félicité complète.

 

Au terme de cette cérémonie, les initiés du premier degré obtenaient le titre suprême d'époptes.

 

L'initiation

 

Au nombre des participants on comptait les mystes, en grec μύστης, nouveaux candidats à l'initiation qui participaient aux mystères pour la première fois, les mystes initiés qui y retournaient une seconde fois pour passer à un niveau supérieur, des époptes (ἐπόπτης) qui étaient passés au plus haut degré d'initiation, et des prêtres qui présidaient aux rites.

 

Parmi ceux qui dirigeaient la cérémonie, l'on trouvait quatre ministres. Le premier dignitaire était l’hiérophante Eumolpide, prêtre qui révélait les choses sacrées ; choisi à vie, il avait la surveillance des objets sacrés, les ἱερά qui étaient la propriété de sa famille, et que l'on transportait d'Athènes à Éleusis lors de la grande procession. Il avait aussi la garde des lois non-écrites du sanctuaire, dont il était le seul exégète. La prêtresse de Déméter, également désignée à vie, était issue de la famille sacerdotale des Philleides, et était égale en dignité avec l'hiérophante. 

 

Le second en dignité, le dadouque, était le chef des hérauts sacrés, des porteurs de flambeaux, et à ce titre avait la charge de porter la double torche pendant la veillée sacrée, le hiérokéryx ἱεροκῆρυξ, présent pendant toute l'initiation, devait faire respecter le silence religieux. Il y avait aussi un Assistant, dont le costume symbolisait la Lune, et des prêtresses. L'archonte-roi d'Athènes était le surintendant de la cérémonie. La cérémonie était également dirigée par une multitude de prêtres subalternes répartis en différentes classes. Le mystagogue (μυσταγωγός), l'introducteur, avait pour fonction de faire entrer le myste dans un monde social et spirituel nouveau, car la société des initiés forme une société de purs, de saints, des ὅσιοι.

 

Les rites éleusiniens

 

Ce qui se passait pendant l’initiation aux mystères devait rester secret. Cette loi du silence, prescrite aux initiés, est mentionnée dans l’Hymne à Déméter qui évoque les beaux rites, les rites augustes qu'il est impossible de transgresser, de pénétrer, ni de divulguer. Mais nous en savons quelque chose par les allusions des auteurs antiques. D'après Aristote, on ne dispensait pas aux futurs initiés un enseignement proprement dit ni un corps de doctrines, mais l'initiation consistait à éveiller chez eux des sentiments et un état d'âme :

 

« Les initiés n'ont pas à apprendre, mais à recevoir des impressions et à être mis dans certaines dispositions, après y avoir été convenablement préparés » par de nombreuses purifications.

 

Des chrétiens, notamment Clément d'Alexandrie dans son Discours aux Gentils, ou encore Arnobe, Théodoret, et Saint Hippolyte en ont parlé de façon polémique mais, comme le souligne l'helléniste Fernand Robert, leurs critiques n’auraient eu aucun impact si elles n’avaient pas reflété la réalité.

 

Les procédures rituelles étaient à la fois de purification, d'introduction et de consécration. Elles étaient essentiellement lustratoires, par le sacrifice du cochon de lait et l'emploi de la peau de bélier (Διὸς κῲδιον). Le cérémonial mystique d'Éleusis impliquait des rites comprenant la prononciation de certaines paroles. Nous possédons le texte de la formule que prononçait le myste après avoir bu le cycéon. La communion que représente l'absorption du kykéon vise à produire une consécration individuelle. Cette formule s'accompagnait de l’accomplissement de certains gestes. Un des points culminants de l'initiation consistait dans le geste du hiérophante, présentant un épi de blé nouvellement moissonné ; parmi les objets du culte figure le plateau à godets éleusinien appelé κέρνος / kernos, le même que celui trouvé dans les fouilles de Crète, et qui souligne l'origine crétoise du culte.

 

Des représentations liturgiques évoquant la légende de Déméter et Coré impliquaient sans doute, pour figurer les hiérogamies, le mariage sacré entre le hiérophante et une prêtresse, car qui dit mystères, dit union sexuelle avec la divinité. Ce symbolisme sexuel (σύμβολον) fait entrevoir une antique organisation hiérarchique. Le hiérophante, revêtu du costume royal, appartenait au génos des Eumolpides, famille aristocratique et sacerdotale, et la prêtresse de Déméter, au génos des Philléides (Φιλλεῖδαι) : leur hiérogamie traduit l'image d'un couple royal donc divin. À un moment critique de la cérémonie religieuse, le hiérophante faisait retentir un objet de métal appelé en grec ancien ἠχεῖον / ècheion, résonateur d'un tambourin ou selon d'autres, bassin de cuivre. Or, on sait par ailleurs qu'entrechoquer des objets métalliques, en particulier des armes, passait pour avoir la vertu de mettre fin à la sécheresse.

 

Interprétations modernes

 

Paul Diel, une interprétation psychanalytique

 

Le philosophe et psychothérapeute Paul Diel attribue à la région souterraine dont Hadès est le souverain, dans l’épisode du rapt de Déméter, le symbole constant, dans le langage des mythes, du subconscient.

 

Le désir refoulé peut cependant être défoulé et sublimé. Le mythe qui se trouve à la base des Mystères éleusiniens symbolise cette solution (cette ab-solution) à portée essentielle sur ordre de Zeus, Perséphone quitte pour une partie de l’année la région souterraine (le grain devient épi). La fille de Déméter rejoint sa mère et vit avec elle parmi les divinités olympiennes (d'où le symbolisme pain = nourriture de l'esprit.

 

La sublimation-spiritualisation du désir terrestre (sa libération à l’égard de toute exaltation) est le sens véridique de la vie. Elle est la vérité de la vie : nourriture de l’esprit.

 

Paul Diel voit que cette signification morale et psychologique se double du symbole métaphysique, inséparable du sens moral de la vie. Le mythe symbolise la croyance en l’immortalité. Comme le grain, l'homme est enseveli après sa mort, et comme le grain, il ressort,  selon la croyance la plus ancienne, de cet ensevelissement.

 

Hadès, frère de Zeus, étant le juge des morts, l'homme doit donc, durant sa vie ici-bas, ne pas vivre uniquement pour le pain terrestre, en d'autres termes, ne pas exalter de manière insensée le besoin matériel. Précisément, dans tous les mythes, le grain, le blé, le pain sont les symboles de la nourriture de l’âme et de l’esprit. Les trois épis montrés à l'initié à Éleusis correspondent au nombre sacré, symbole de l’esprit ; le grain sorti de l'ensevelissement (mort de l’âme), devenu épi, symbolise la sublimation. Cette ostension des trois épis résumait, pour les initiés à Éleusis, le mystère métaphysique et la réalité morale, la sublimation-spiritualisation des désirs grâce à laquelle l'homme doit devenir lui-même fécond (épi).

 

Hofmann et Gordon Wasson, une interprétation par les plantes

 

Certains auteurs contemporains ont supposé l'idée d'une consommation contrôlée de grains de blé fermentés ou contaminés par l'ergot de seigle préparée par les convertis, prêtres, aux mystères.

 

Le carpophore de l'ergot de seigle contient un hallucinogène proche dans sa nature de celui du LSD, l'acide amide lysergique, c'est d'ailleurs en travaillant à l'élaboration de médicaments ayant les mêmes propriétés médicales que l'ergot (Ergotamine, Ergométrine), qu'Albert Hofmann le découvrit par erreur dans un premier temps et accidentellement en absorba une infime quantité qui s'avéra riche en expériences.

 

On peut voir sur les gravures relatant les mystères d'Éleusis ou en rapport avec eux, des représentations de personnages sacrés portant à la main des gerbes de blé ou de seigle parasités par le champignon de l'ergot.

 

Certains ethnobotanistes pensent alors au fameux Soma des chamanes du Nord et indo-asiatiques.

 

Walter Burkert rejette cette hypothèse d'abord du fait de l'absence de preuves, ensuite parce que l'intoxication par l'ergot de seigle est décrite comme un état déplaisant et non euphorique, aussi parce que les initiations impliquaient des milliers de participants et s'accordent mal avec l'expérience individuelle et isolante que l'on constate dans la prise de drogue.

 

Bibliographie

 

Textes antiques et éleusiniens (Éleusinia)

 

Traditions et texte grec d'écrits éleusiniens

Giorgio Colli, La sagesse grecque, L'éclat, Tome I

 

 

Les Mystères d'Éleusis - Leurs origines, le rituel de leurs initiations

Victor Magnien

3° édition Payot 1929

 

Aristote traduction Pierre Pellegrin

Constitution des Athéniens

Éditions Flammarion  2014

 

 

Études

 

Walter Burkert

Les cultes à mystères dans l'Antiquité

Paris - Les Belles lettres

2003

Paul Foucart

Les Mystères d'Éleusis

Paris - Éditions Pardès

1992

 

Georges Méautis

Les dieux de la Grèce et les mystères d'Éleusis

Presses Universitaires de France

1959

 

Robert Turcan

Les Mystères d'Éleusis, la quête du bonheur suprême

Religions & Histoire n° 24

Editions Faton

janvier/ février  2009

 

Armand Delatte

Le Cycéon, breuvage rituel des mystères d'Éleusis

Les Belles Lettres

1955

 

Charles Picard

L'épisode de Baubô dans les mystères d'Éleusis

Revue d'Histoire des Religions

Volume I

1927

 

Louis Séchan et Pierre Lévêque

Les Grandes Divinités de la Grèce

Editions de Broccard

Paris

1966

 

Louis Gernet et André Boulanger

Le Génie grec dans la religion

Albin Michel

1970

 

Pierre Boyancé

Sur les mystères d'Éleusis

Revue des Études grecques n° 75

1962

 

Pierre Roussel

L'initiation préalable et le symbole éleusinien

Bulletin de correspondance hellénique volume 54 - n° 1

1930

 

 

Anthestérion est le huitième mois ou neuvième quand l'année en comptait 13 du calendrier grec antique en vigueur dans la région d'Athènes. Il durait 29 jours compris approximativement entre le 22 février et le 21 mars de notre calendrier actuel.

Il tire son nom du mot grec Ἀνθεστηριών / Anthestêriốn) de la fête des Anthestéries en l´honneur de Dionysos. Pendant son cours se déroulaient plusieurs rites :

  • Les petits Mystères d'Éleusis ;
  • Les Chloeia ;

Boédromion durait 30 jours compris approximativement entre le 23 août et le 21 septembre du calendrier actuel. L'année grecque habituelle comportait 12 mois d'alternativement 29 et 30 jours, elle comptait donc 354 jours.

Elle dérive très rapidement par rapport à notre calendrier, et commençait à la première nouvelle lune après le solstice d´été ce qui rajoute des fluctuations par rapport à notre calendrier.

 

 

Le calendrier attique, en vigueur à Athènes dans l'Antiquité, est le plus connu des calendriers grecs. Il est de type luni-solaire.

 

 

 

Les différents cycles

 

L'année athénienne se compose de 12 mois lunaires. À l'origine, chaque mois compte 30 jours exactement. Pour une meilleure concordance avec le cycle lunaire, une alternance de mois de vingt-neuf jours (κοῖλοι μῆνες/koîloi mễnes) et de trente jours (μῆνες πλήρεις/mễnes plếreis) est ensuite mise en place. L'année est donc de 354-355 jours, soit 10-11 jours en moins par rapport à l'année solaire. Pour y remédier, on intercale un treizième mois de trente jours tous les trois ans. C'est ce que l'on appelle un cycle triétérique. L'année de treize mois est dite embolismique.

 

L'année se trouvant encore trop longue par rapport au cycle solaire, une autre correction est ensuite appliquée vers - 500, celle du cycle octaétérique. Dans ce système, trois mois intercalaires sont insérés dans un cycle de huit années au lieu de neuf. Dans cette période de huit ans, on compte donc trois années à treize mois : la troisième, la cinquième et la huitième.

 

D'autres cycles ont également été envisagés au cours de l'histoire athénienne. Ainsi, Méton, sous Périclès, met au point un cycle de dix-neuf ans  ; Callippe de Cyzique, en - 400, invente pour sa part le cycle de soixante-seize ans.

 

Mois du calendrier

 

Cette notion de cycle, et surtout l'intercalation d'un mois supplémentaire, rendent impossible toute correspondance avec le calendrier grégorien actuellement utilisé dans la plus grande partie du monde. L'écart peut représenter jusqu'à un mois entier.

 

Les noms des mois sont liés aux fêtes religieuses célébrées dans le mois. L'année commençait en principe à la première nouvelle lune suivant le solstice d'été mais, à cause des décalages, il pouvait arriver que l'année commençât à la seconde nouvelle lune.

 

Les Grecs distinguent trois saisons :

  • Printemps ;
  • Été ;
  • Hiver ;

Représentées par les trois Heures (Horai), même si une division en deux de l'année est fréquente.

 

Ce n'est qu'après la conquête romaine que se répand la division en quatre saisons.

 

Été (Θέρος)

 

 

Hécatombéon

Ἑκατομϐαιών / Hekatombaiốn

Le mois de la fête de l'hécatombe

30 jours

juillet

Fêtes de la Paix Synoikia

Panathénées, jeux le 27, procession le 28

 

Métageitnion

Μεταγειτνιών / Metageitniốn

Le mois de la fête des déménagements

29 jours

août

 

Boédromion

Βοηδρομιών / Boêdromiốn

Le mois de la fête des Boédromies

30 jours

septembre

Initiation à Eleusis Brauronia

 

Automne (Φθινόπωρον)

 

 

Pyanepsion

Πυανεψιών / Pyanépsiốn

Le mois de la fête des Pyanepsies

30 jours

octobre Épitaphies

 

Maimactérion

Μαιμακτηριών / Maimakteriốn

Le mois de Zeus

29 jours

novembre

 

Poséidéon

Ποσειδεών / Poseideốn

Le mois de Poséidon

29 jours

décembre

 

Dionysies rurales

Le mois intercalaire de 30 jours s'insère entre poséidéon et gamélion. Il s'appelle poséidéon ΙΙ δεύτερος ou ὕστερος et se situe à peu près sur décembre–janvier. Il prendra le nom de Ἁδριανιών / Hadrianiốn, le mois d'Hadrien en l'honneur de l'empereur Hadrien au IIe siècle, preuve de la survivance de ce calendrier à l'époque impériale.

 

Hiver (Χεῖμα)

 

 

Gamélion

Γαμηλιών / Gameliốn

Le mois des mariages

30 jours

janvier

 

Anthestérion

Ἀνθεστηριών / Anthestêriốn

Le mois des fleurs, en l'honneur de Dionysos

29 jours

février

 

Élaphébolion

Ἐλαφηϐολιών / Elaphêboliốn

Le mois d'Artémis Elaphêbolos qui poursuit les cerfs

30 jours

mars

 

Printemps (Ἔαρ)

 

 

Mounikhion

Μουνιχιών / Mounikhiốn

Le mois d'Artémis Munichia

29 jours

avril

 

Thargélion

Θαργηλιών / Thargêliốn

Le mois des Thargélies, en l'honneur d'Artémis et d'Apollon

30 jours

mai

 

Scirophorion

Σκιροφοριών / Skirophoriốn

Le mois des Scirophories  en l'honneur d'Athéna

29 jours

juin

 

 

Chaque mois est censé débuter à la nouvelle lune. En conséquence, le premier jour se nomme νουμηνία / noumênía la nouvelle lune et le dernier, ἔνη καὶ νέα / énê kaì néa la vieille et nouvelle.

 

Chaque mois se compose de trois décades :

  • μηνὸς ἱσταμένου ou ἀρχομένου / mênòs istamenou ou arkhoménou, la décade du mois qui commence ;
  • μηνὸς μεσοῦντος / mênòs mesoũntos,  la décade du milieu du mois ;
  • μηνὸς φθίνοντος / mênòs phthínontos, la décade du mois qui finit ;

La dernière décade présente la particularité que ses jours sont décomptés à rebours.

 

 

 

Déméter remettant à Triptolème les graines sous les yeux de Coré.

Musée national archéologique d'Athènes

Le puits Kallichoros près duquel brillent les torches, dans la sainte veillée du vingtième jour

Tablette de Ninnion Déméter et Perséphone accueillant une procession des mystères

Plaque votive en terre cuite peinte vers - 350

Musée national archéologique d'Athènes


Le symbolisme de la grenade

 

Le grenadier est originaire de l’Iran et du Nord-Est de la Turquie. Cultivé très tôt, avec l’olive et la datte, il apparaît à l’Âge du Bronze dans tout le pourtour méditerranéen.

 

Les Romains croyaient qu’il était originaire d’Afrique du nord et l’appelaient la pomme punique (malum punicum).

 

En réalité, le grenadier fut importé par les Phéniciens lors de la fondation de Carthage vers - 814.

 

La grenade fut un symbole de Tanit, la déesse tutélaire de Carthage. Ce fruit généreux, de couleur rouge et aux grains nombreux, eux-mêmes couleur de rubis, est lié au sang, à la vie, et à la fécondité.

 

Orient

 

Dans les mythes anatoliens de la conception d’Attis, sa mère Nana ou Cybèle fut fécondée par une grenade qu’elle avait posée sur son ventre. Une autre légende raconte la naissance du grenadier à partir du cadavre d’une jeune fille vierge qui s’était suicidée pour mettre un terme au désir incestueux de son père. Châtié par les dieux, le père fut changé en épervier, et la jeune fille ressuscita en grenadier. On dit que c’est la raison pour laquelle les éperviers ne se posent jamais sur cet arbre.

 

La grenade était aussi un fruit sacré pour les Assyriens. La déesse de l’Amour, Ishtar, est parfois représentée avec une grenade à la main. Le fruit était censé attirer le regard des hommes sur les jeunes filles qui en consommaient le jus en invoquant la déesse. La grenade symbolise la Force sexuelle, mais aussi la résurrection. Toujours en Assyrie, le jeune dieu araméen Rimmon (Ramman) mourrait annuellement pour ressusciter. Son nom a donné le mot grenade dans toutes les langues sémitiques. En Egypte, les hauts dignitaires se faisaient enterrer avec des grenades.

 

Dans le zoroastrisme, la grenade, plus  que tout autre fruit, protège de l’impureté. Ingérée avec ses feuilles, elle purifie à la fois le corps et l’âme. Parce que le grenadier reste vert toute l’année, il est symbole d’immortalité et emblème de « la création végétale.

 

En Perse, la grenade possède des pouvoirs quasi magiques. Aux VIIe-IVe siècles avant notre ère, les Mèdes et les Perses défilaient devant leur roi avec dans les mains, des bourgeons, des fleurs et des fruits de grenadier. La grenade était censée rendre les soldats invincibles sur les champs de bataille.

 

Mythologie grecque

 

Le culte d’Adonis était lié, en Grèce à celui du dieu araméen Rimmon et, par syncrétisme, lui avait emprunté ses rituels et ses attributs, notamment la grenade également attribuée à Héra et à Aphrodite (Vénus). A Eleusis, les hiérophantes étaient couronnés de branches de grenadier pendant les Grands Mystères, mais le fruit sacré était rigoureusement interdit aux initiés car, de par la « faute » de Perséphone, la grenade symbolisait la descente de l’âme dans la matière-prison.

 

Sa double nature, symbole de vie et symbole de mort ou plus exactement du monde souterrain, découle du mythe de Perséphone, fille de Déméter (Cérès), déesse de l’agriculture, et de Zeus. Celle-ci fut enlevée par Hadès, dieu des Enfers. Accablée de chagrin, sa mère cessa de faire fructifier la terre. Zeus envoya alors aux Enfers son messager Hermès avec la charge de ramener Perséphone à la lumière du jour. Hadès offrit à la jeune déesse sept grains de grenade. Or, pour revenir du séjour des morts, il est impératif d’observer une règle, celle de n’y consommer aucune nourriture ou boisson. Perséphone mangea une graine et fut condamnée à passer un tiers de l’année avec Hadès aux Enfers. Elle rejoignait sa mère pendant les deux autres tiers. Cependant, il est possible que son séjour annuel auprès d’Hadès n’ait pas été une sanction pour avoir transgressé une loi ou un tabou alimentaire car il semble en effet que Perséphone ait été consentante (il ne s’agissait pas d’une ruse d’Hadès) et qu’elle ait mangé la graine de grenade pour pouvoir demeurer avec son époux et se libérer ainsi de l’attachement fusionnel de sa mère Déméter. Dans l’antiquité et dans certaines sociétés primitives, le fait qu’une femme mange ou boive dans la maison d’un homme vaut contrat de mariage.

 

Les auteurs Jean Chevalier et Alain Gueerbrant font remarquer que ce grain « rouge et brûlant » venu d’un « fruit infernal » était une parcelle du feu chtonien que Perséphone volait au profit des humains chaque fois qu’elle retrouvait Hadès pour ensuite le quitter et rejoindre Déméter à la surface de la terre. Elle apportait aux humains la Connaissance du Feu Intérieur, c'est-à-dire l’alchimie, en même temps que le renouveau printanier.

 

Judaïsme

 

La grenade est, avec la datte et l’olivier, le fruit le plus cité dans la Bible. Les prêtres hébreux portaient sur leur robe, l’éphod, une bande décorée de grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate, tout autour du vêtement (Exode 28, 31-34). Au Temple de Jérusalem, on ne comptait pas moins de 400 grenades sur les chapiteaux des deux colonnes d’airain (I Roi, 7, 42). Les rabbins attribuèrent à la grenade le nombre de 613 graines qui est très exactement le nombre des injonctions que Dieu transmit à Moïse dans le Pentateuque et qui constituent les termes de l’Alliance entre Lui et son peuple.

 

Christianisme

 

La symbolique chrétienne interprète les grains serrés et unis dans le sang  sous une même écorce comme le Corps du Christ, c'est-à-dire l’Eglise, l’union des fidèles soudés par une même foi. A partir de la Renaissance, dans le domaine artistique, la grenade est associée à la Vierge et à l’enfant Jésus. On compte ainsi de nombreuses Vierges dites à la grenade.

 

La grenade éclatée  avec ses grains répandus est l’allégorie de la charité et des dons de l’amour généreux.

 

Islam

 

Le Maghreb a conservé de nombreux rites préislamiques se rattachant à la grenade qui symbolise abondance, prospérité et fécondité. Chez les Berbères, le fruit est présent au moment des labours et dans toutes les étapes importantes de la vie d’une femme (mariage, naissance). Pour le Prophète, la grenade est le fruit de l’arbre du Paradis. Pour les Chiites, le jus de grenade symbolise les larmes de Fatima, la fille du Prophète, qu’elle versa à la mort de son fils Hussein, et les grains du fruit sont les larmes du Prophète lui-même. D'un point de vue soufi, la grenade symbolise le jardin de l’Essence. Elle est une métaphore de l’intégration de la multiplicité dans l’unité.

 

Bouddhisme

 

La grenade est, avec la pêche et le citron, un des trois fruits bénis du Bouddhisme. Elle fut perçue par Bouddha comme le don le plus précieux lorsqu’une vieille femme très pauvre lui offrit. Offert par Bouddha à  Hariti, mangeuse de tendre chair fraîche, la grenade devint un substitut efficace car la démone ne dévora plus jamais d’enfant.

 

Détail de la Madone à la grenade

Botticelli 1478