Préhistoire et rites ancestraux

Réalisation Coltaris

Chevaux de la grotte de Chauvet (Aurignacien) -  31 000 ans

 

Les religions de la Préhistoire sont particulièrement difficiles à reconstituer puisqu'aucun document écrit ne les décrit.

 

La Préhistoire est en effet définie comme la longue période qui précède l'invention de l'écriture.

 

Elle n'est donc accessible qu'à travers des vestiges matériels, objets manufacturés ou œuvres d'art.

 

À partir du point où l'homme ne peut plus parler, parce qu'il est absent ou mort, où les archives font défaut, deux témoignages subsistent :

  • Celui de l'Art ;
  • Celui des Techniques ;

 

Paléolithique inférieur

 

Au Paléolithique inférieur, les indices de préoccupations spirituelles sont extrêmement ténus et sujets à discussion. La forme symétrique que présentent la plupart des bifaces acheuléens traduirait une première manifestation de recherche esthétique.

 

Le gisement de la Sima de los Huesos à Atapuerca a livré l'ensemble le plus important des fossiles osseux de la seconde moitié du Pléistocène moyen. Les os appartiennent à un groupe de quelque 30 squelettes de l'espèce Homo heidelbergensis, considéré comme l'ancêtre de l’Homme de Néandertal.

 

L'âge de ces prénéandertaliens est estimé à - 530 000 ans. Ils semblent avoir été jetés intentionnellement dans la cavité. L’absence d’ossements animaux, de marques de dents de charognards et d'outils, à l'exception d'un biface, indique qu'il ne s'agit pas d’un habitat mais plutôt d'un dépôt intentionnel dans le cadre d’un rite funéraire.

 

Le seul biface découvert est interprété comme un dépôt funéraire.

 

Paléolithique moyen

 

Sépulture d'homme de Néandertal découverte dans la grotte de Kébara

Le crâne a été prélevé longtemps après enfouissement

Une molaire supérieure s'étant déchaussée

 

Les premières sépultures proprement dites font leur apparition au cours du Paléolithique moyen, il y a environ - 100 000 ans. Elles sont liées à l'Homme de Néandertal en Europe et aux premiers humains anatomiquement modernes au Proche-Orient.

 

Des vestiges osseux animaux considérés comme des offrandes sont parfois associés aux individus ensevelis. Un rituel impliquant le prélèvement du crâne post-mortem a été mis en évidence dans le cas de la sépulture néandertalienne de Kébara en Israël.

 

Dans certains sites moustériens tels que le Regourdou en Dordogne, des accumulations de crânes d'ours qui semblaient disposés intentionnellement ont été interprétées comme le résultat d'un Culte de l'ours. Au Regourdou, un squelette d'ours brun reposait sous une dalle monolithe d'un poids de 850 kg, dans une fosse peu profonde. À proximité, le corps d'un Néandertalien était couché sur le côté gauche, la tête vers le Nord, en position fœtale. Le crâne manquait, mais il restait la mandibule. Il s'agit d'une véritable tombe composée d’une fosse dallée, empierrée et couverte de sable et de cendres de foyer.

 

L'existence du culte de l'ours, évoquée fait apparaître que les crânes d'ours sont extrêmement résistants et peuvent être déplacés pour acquérir des positions évoquant une organisation volontaire.

 

Au Paléolithique moyen apparaissent également les premières manifestations de préoccupations esthétiques ou symboliques évidentes, mais il est toutefois délicat de déterminer dans quelle mesure elles traduisent des sentiments religieux.

 

Paléolithique supérieur

 

Au Châtelperronien, industrie de transition entre Paléolithique moyen et supérieur dont l'auteur semble être l'Homme de Néandertal, les éléments de parure se multiplient, pendeloques en ivoire, dents percées, etc.

 

L'art figuratif paléolithique apparaît véritablement en Europe avec les débuts du Paléolithique supérieur et l'Aurignacien ancien, attribué aux premiers humains anatomiquement modernes venus du Proche Orient il y a environ 32 000 ans.

 

Il se traduit par des œuvres d'art mobilier comme l'homme lion de Hohlenstein-Stadel, une statuette anthropomorphe en ivoire d'une trentaine de centimètres de haut.

 

Il se traduit également par des formes d'art pariétal dont les plus remarquables sont incontestablement celles de la grotte Chauvet en Ardèche.

 

Les thèmes abordés par ces différentes formes artistiques, félins, hybrides humains-animaux, etc. se retrouvent dans des régions éloignées et traduisent probablement des croyances partagées.

 

Statuette de l'homme-lion

29,6 cm en Ivoire de mammouth

Paléolithique supérieur de Culture Aurignacien

 

Au Gravettien, le thème des Vénus paléolithiques est présent dans différentes régions d'Europe, du sud-ouest de la France à l'Ukraine en passant par l'Italie et l'Allemagne.

 

Il est interprété par certains auteurs comme le témoignage d'un ancien culte de la déesse.

 

Les théories concernant un éventuel culte de la fécondité ou de la Déesse-Mère sont purement spéculatives et ne peuvent être évaluées scientifiquement, mais restent considérées comme les plus valides.

 

Les figurations féminines de l'art mobilier du Paléolithique supérieur n’avaient aucune utilité pratique dans le cadre des activités de subsistance. Elles ont le plus souvent été découvertes dans le cadre d’habitat, en plein air comme en grotte, plutôt que dans des sépultures. Ceci relevant plus du statuaire dédié à la "prière" (l'on place généralement les statues des divinités ou saints dans les demeures, les lieux de cultes intérieur ou extérieur, rarement dans les tombes).

 

À Gagarino en Russie, sept Vénus ont été découvertes à l’intérieur d’une cabane ovale de plus de cinq mètres de large. De telles dimensions pour une cabane, ainsi que la forme font penser à un lieu de culte couvert, peut-être le premier temple ! Elles ont été interprétées comme des amulettes apotropaïques correspondant aux occupants du lieu.

 

À Mal’ta, près du lac Baïkal, les figurines n’étaient présentes que du côté gauche de la hutte. Les Vénus n’étaient donc probablement pas des amulettes cachées ou secrètes, mais plutôt exposées à la vue de tous, telles les statuaires actuels.

 

 

Des rites et des traditions dès le Paléolithique

 

Nos lointains ancêtres préhistoriques vivent de la chasse et de la cueillette, mais ils pensent, ils imaginent, ils rêvent et ils élaborent leur relation au monde et au cosmos.

 

Selon l’historien des religions Mircea Eliade, (divers de ces ouvrages sont en consultation via la bibliothèque de l'Union Associative ORATORIO MAGI), différentes interprétations évoquent une fonction rituelle et spirituelle des images et des signes paléolithiques. Et pour lui, chaque réflexion repousse plus loin encore dans le temps les commencements de la pensée humaine et de la culture.

 

Grand cerf et signes

Grotte de Lascaux

Art magdalénien

Paléolithique supérieur

 

Au côté de l’animal surgit une figure géométrique et des points.

 

Est-ce un  chemin, un vol magique, une constellation ? L’imaginaire des chasseurs-cueilleurs semble très codifié.

 

Il est possible que les créations artistiques et les symboles paléolithiques renvoient à divers phénomènes liés aux saisons, à la Lune, à la chasse et au gibier, à la sexualité, à la mort, à la croyance en des êtres surnaturels, à un au-delà et à des personnages spécialistes du sacré.

 

Grotte du Gabillou

- 25 000 ans

Art Gravettien

Paléolithique supérieur

 

Une expression codifiée dans les ancestrales sociétés de chasseurs

 

Des ensembles signifiants de notations se retrouvent dans beaucoup de sociétés de chasseurs.

 

Environ 15 000 ans avant la découverte de l’agriculture, au néolithique, il est attesté que le cycle lunaire est observé, étudié et mémorisé dans un objectif pratique.

 

Les paléolithiques avaient-ils découvert les phases de la lune ?

 

L’historien des religions Mircea Eliade cite l'ouvrage d'Alexander Marshack, Les racines de la civilisation. Cet auteur propose l’existence d’un système symbolique de notation du temps fondé sur les observations lunaires dès le paléolithique supérieur.

 

Les phases de la Lune

Dès la préhistoire l’humanité se tourne vers le ciel

 

Dès la préhistoire, l’humanité observe le cycle lunaire qui rythme le Temps.

 

Selon Alexander Marshack, l’écriture, l’arithmétique et le calendrier apparaissent dès les premières civilisations. Ces savoirs seraient le fruit d’une longue maturation dont la source remonterait aux expressions symboliques du paléolithique.

 

La préhistoire-chronologie

 

LE PALÉOLITHIQUE INFÉRIEUR

Des origines à - 100 000 ans

  • Des premiers hominidés à Homo Erectus ;
  • Création des premiers outils en silex ;
  • Premiers campements organisés ;
  • Découverte et maîtrise du feu ;

LE PALÉOLITHIQUE MOYEN

Entre - 100 000 & -35 000 ans

  • Le temps de Neandertal ;
  • Principale culture lithique Le Moustérien ;
  • Diversification des outils ;
  • Inhumation plus élaborée des défunts ;

LE PALÉOLITHIQUE SUPÉRIEUR

Entre - 40 000/- 35 000 & - 10 000 ans

L’art préhistorique atteint son apogée

  • Le temps d’Homo Sapiens Sapiens ;

Les principales cultures lithiques :

Le Châtelperronien entre - 40 000 & - 30 000 ans

L’Aurignacien entre - 35 000 & - 20 000

Le Gravettien entre - 26 000 & - 20 000 ans

Le Solutréen entre - 20 000 & - 18 000 ans

Le Magdalénien entre - 18 000 & - 10 000 ans

  • Peintures et sculptures dans les grottes ;
  • Utilisation de pochoirs et de pinceaux ;
  • Réalisation des premiers objets d’art ;
  • Travail du silex, de l’os et de l’ivoire ;
  • Utilisation de la sagaie ;

Le Mésolithique entre - 10 000 & - 6 000 ans

Le Néolithique entre - 6 000 & - 1 800 ans

  • Invention de l’arc et des flèches ;
  • Galets peints ;

Des signes qui pourraient bien être majeurs. On sait aussi que la Lune joue un rôle essentiel dans les mythologies archaïques. Le symbolisme lunaire englobe également tout se qui se rapporte à la Femme, à l’Eau, à la Fertilité, au Serpent, à la Végétation, à la Mort et à la Renaissance. Ces valeurs se retrouvent directement imprégnées dans les 4 phases de la Lune.

 

Rondelle perforée

Enrichie d’incisions 

Pendeloque à décor

Gravé de dessins géométriques

Détail de rondelle gravée sur os

Portant des signes d'art magdalénien


Certains motifs de méandres sont très anciens

 

On peut observer des méandres gravés ou peints sur des parois rupestres ou sur des objets.

 

Pour Alexander Marshack, ses représentations élaborées expriment une intentionnalité et renvoient à un ensemble de codes.

 

On rencontre déjà ce thème sur un os gravé trouvé à Pech-de-l’Azé, en Dordogne. Il est daté de l’Acheuléen, vers - 135 000 ans. Cette gravure sur os remonte donc a - 100 000 ans avant les motifs de méandres du paléolithique supérieur.

 

Des méandres sont tracés autour des animaux ou parfois sur les animaux eux-mêmes. Ils sont en relation avec un rituel ou un acte de participation.

 

Bâtons sculptés

à motifs de méandres

Pendeloque

à motif de vagues


Paléolithique supérieur

 

Le symbolisme aquatique devient évident quand le motif est accompagné de poissons.

 

Pour Marshack, il ne s’agit pas seulement d’une évocation de l’eau.

 

Des traces de doigts et d’outils laissent imaginer un acte personnel en relation avec un symbolisme ou une mythologie aquatique.

 

L’expérience de l’extase chamanique et la croyance en une âme sont possibles dès le paléolithique.

 

Dans le monde ancestral des peuples de chasseurs, certains font preuve de courage, d’astuce et de prouesse face au gibier.

 

D’autres maîtrisent l’expression artistique, certains se distinguent par leurs capacités spirituelles.

 

 

Bovidé solutréen accompagné de signes

Vers - 21 000 ans

Grotte de la Tête-du-Lion

Paléolithique supérieur

 

La couleur rouge, omniprésente dans l’art paléolithique, pourrait symboliser le sang ou l’énergie vitale des animaux et des humains…

 

L’âme du chaman est capable de quitter son corps, de voyager et de rencontrer des êtres surnaturels ou des esprits.

 

C’est ainsi que le chaman peut demander de l’aide, une protection ou une bénédiction dans un au-delà spirituel.

 

L’extase chamanique permet aussi de pénétrer un corps humain et d’agir sur des phénomènes de possession. Un être humain peut être possédé par l’esprit d’un mort, d’un animal ou d’un dieu. ces notions sont des concepts religieux communs aux peuples chasseurs.

 

Encore au XIXe siècle, des populations archaïques et coupées du reste du monde, vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ces sociétés de chasseurs conservent leurs structures originelles, comme en Afrique, en Australie, en Arctique ou dans les forêts tropicales.

 


Peintures rupestres composées de signes

Vers - 13 000/ - 18 000 ans

Paléolithique supérieur

 

Certaines compositions paléolithiques regroupent des signes, des expressions symboliques, des visions oniriques, des expression d’une transe.

 

On peut se faire une idée des concepts religieux des paléolithiques en observant les rites et les croyances spécifiques à certains peuples qui ont conservé leurs traditions ancestrales.

 

Malgré la grande différence d’époque, il est possible d’appréhender quelques thèmes fondamentaux.

 

Les sociétés d’hommes, les rites secrets et l'initiation des jeunes dans les sociétés de chasseurs reste une évidence. Le thème de la séparation des sexes joue un rôle important.

 

La solidarité mystique entre les chasseurs et le gibier explique des secrets exclusivement réservés au monde masculin. Ces mystères et ces traditions sont dévoilés aux jeunes hommes au moment de leur initiation.

 

Portrait magdalénien gravé sur bloc

Grotte de La Marche

Paléolithique supérieur

Vénus paléolithique de Menzin

Couverte de signes

Russie


 

À l’image des anciennes traditions indiennes, australiennes et africaines des dessins rituels sur le corps sont fréquentes à ces époques.

 

Les traces sur le visage et le cou évoquent des peintures ou des marques rituelles ou des scarifications.

 

Ce sont des sociétés d’hommes qui organisent ces rites de passage.

 

Dans certaines ethnies traditionnelles africaines, il existe également des rites d’initiation dédiés aux jeunes femmes. Les correspondances attestées dans divers groupes humains révèlent une tradition commune.

 

L’origine des rituels d’initiation remonte loin dans le temps, sans nul doute au paléolithique. Ceci démontrant, s'il le fallait encore, de l'existence et de la pratique de rites tant chamaniques, que cosmologiques et telluriques.

 

Des chorégraphies en cercle

 

Une interprétation propose de voir dans les traces sur le sol de la grotte de Montespan, dans les Pyrénées, le témoignage d’une chorégraphie rituelle. La danse en cercle est très répandue dans le monde.

 

Les peuples de chasseurs dansent pour favoriser l’abondance du gibier ou pour pacifier l’âme des animaux abattus.

 

La tradition préhistorique de la danse en cercle a perduré dans les cultures archaïques contemporaines, tout comme les croyances et les rituels.

 

Il est possible que les cultures paléolithiques possèdent des mythes cosmogoniques.

 

La diffusion universelle et la structure archaïque de certains thèmes mythiques laissent imaginer une tradition héritée de la préhistoire.

 


Taureaux, chevaux, cerfs

Art pariétal de Lascaux

Vers - 18 000 ans

Paléolithique supérieur

 

L’imaginaire mystérieux des chasseurs-cueilleurs paléolithiques nous montre des chevaux, des cerfs ou des taureaux qui ont l’air de flotter sur les parois peintes. Bien certainement l'on peut évoquer l'absence de connaissance des perspectives. Une autre thèse, tout autant sérieuse, met en évidence deux aspects à ces positionnement "hors sol" des animaux :

  • La volonté de représenter non pas l'animal, mais son âme flottant dans la caverne ;
  • Une représentation de l'Eau au sens de rivière, de passage entre les mondes, celui des vivants, et celui de morts ;

Des Eaux Primordiales aux Maître des Animaux

 

On connaît le thème cosmogonique qui évoque les Eaux Primordiales et un ou plusieurs  Créateurs, anthropomorphe ou sous une forme animale. Ainsi l'on trouve fréquemment, un animal aquatique descend au fond de l’océan et ramène la matière nécessaire à la création du monde.

 

En analogie avec les cultures de chasseurs, parmi les thèmes qui nourrissent l’art paléolithique, on cite aussi l’origine des animaux, les relations mystiques entre le chasseur, le gibier et le Maître des Fauves.

 

 

Empreint de sacralité, l’art paléolithique se nourrit peut-être de thèmes comme les relations mystiques entre chasseur et gibier ou la croyance en un Maître des Fauves ou Maître des Animaux.

 

Ascension au Ciel ou Vol Magique pour accéder à l’Autre Monde

 

Sur tous les continents, il subsiste des mythes, des légendes ou des rites qui racontent une Ascension au Ciel ou un Vol Magique. Ces mythes sont étroitement liés aux expériences oniriques et extatiques spécifiques au chamanisme.

 

D’autres thèmes mythiques ou symboliques très répandus dans le monde sont ceux de l’Arc en Ciel et du Pont, qui donnent accès à l’Autre Monde ou à l’Au-Delà.

 

Le Centre du Monde, un thème universel, elle est fondamentale de la conscience humaine. Des images et des signes préhistoriques s’interprètent sans le moindre doute en ce sens.

 

Un troupeau, des mains & des signes

Grotte d’Altamira

Vers - 20 000 ans

Art solutréen & magdalénien

Paléolithique supérieur

 

Ensemble de points

Plafond rupestre préhistorique

Grotte de Pech-Merle

Paléolithique supérieur


 

Des mains, des zigzags ou éclairs, et des cercles concentriques qui évoquent des ronds dans l’eau, un centre particulier, un lieu symbolique, l’éclat d’un astre.

 

Les paléolithiques avaient leur idée sur la création du monde

 

On pense aux thèmes universels de la Montagne Cosmique, du Nombril de la Terre, du Fleuve partageant le monde en 4 directions, les 4 cardinaux.

 

L’héritage culturel et spirituel paléolithique comporte déjà une conception complexe du monde et de l’univers que nous ne pouvons pas connaître.

 

La sacralité du Ciel et des phénomènes célestes reprise dans l’expérimentation originelle de la sacralité des phénomènes atmosphériques. L’observation du Ciel, des astres, de l’orage, de la foudre, de la pluie, invite à la transcendance. Cette expérience s’exprime dans le symbolisme chamanique de l’ascension extatique.

 

L’imaginaire universel voit dans l’expérience de l’envol une délivrance de la pesanteur, fondée sur la sacralisation de l’espace céleste. Le Ciel devient par excellence la source et la demeure des êtres surnaturels, des esprits, des héros civilisateurs ou des divinités.

 

 

Un système d’orientation, une représentation du Ciel, des notations en relation avec le temps, un code significatif, toutes ces représentations ne sont pas le fruit du hasard, mais la preuve tangibles de rites réels, de cosmologies balbutiantes et de croyances fortement ancrées.

 

Le feu, la lumière et la noirceur de la nuit

 

Les mythes relatifs à l’origine du Feu mettent en évidence l’activité sexuelle. Mais le Feu est également l’élément qui apporte la lumière et la chaleur.

 

La nuit et les ténèbres sont des expériences originelles fortes. Elles sont associées à la mort du gibier ou d’un membre de la tribu, aux crises de folies, à la férocité, au meurtre et aux catastrophes naturelles et cosmiques.

 

Du geste à la parole, l’expression d’une puissance rituelle

 

Dans de nombreuses traditions, on connaît la valorisation spirituelle ou symbolique du langage et de la parole. Il est plus que possible qu’à l’époque paléolithique déjà certains gestes expriment une épiphanie, c’est-à-dire la manifestation d’une puissance sacrée ou d’un mystère.

 

La gestuelle des figures anthropomorphes représentées dans l’art préhistorique est chargée de sens, voire d’une puissance rituelle, magique ou religieuse.

 

Main préhistorique peinte en négatif

Grotte de Gargas

Paléolithique supérieur

 

La main préhistorique, simple présence humaine qui signe son passage, ou gestuelle symbolique ou gestuelle rituelle !

 

La parole prononcée déclenche une force, avant le développement du langage articulé, la voix humaine a la capacité de transmettre des impressions, des désirs, des ordres ou de provoquer l’imaginaire ou des états particuliers d’attention. Ne serait-ce par le cri, le chant (fredonné), le balbutiement.

 

Les exercices phoniques des chamans, les incantations ou les mantras impliquent le rythme de la respiration et la visualisation de syllabes magiques ou mystiques.

 

Dans de nombreuses cultures ancestrales, la parole prononcée déclenche une force et possède une fonction rituelle ou magique.

 

Au Mésolithique et au Néolithique, on ne réalise plus de grands ensembles exceptionnels de peintures et de gravures ou des objets d’art d’une aussi rare qualité.

 

L’art des paléolithiques semblent disparaître avec eux. C’est dans le domaine des techniques artisanales, dans la mise en place de l’agriculture et dans la construction de mégalithes que les néolithiques vont se distinguer. Pourtant, ces lointains ancêtres, bien qu'ils parlaient peu et n'écrivaient rien (au sens qualigraphique du terme) on laisser mille et une traces, non seulement de leurs existence, mais tout autant de leurs cultures, de leurs rites, de leurs croyances et de leurs "Magies".

 

Les premières sépultures de la préhistoire

 

Trouver un squelette fossilisé ne prouve pas la sépulture

 

La découverte d'un squelette bien conservé, dans une position anatomique, pourrait laisser logiquement penser qu'on est en face d'une sépulture volontaire. Il n'en est rien, les circonstances de l'ensevelissement ont pu reproduire fortuitement une apparence de pratique funéraire.

 

Plusieurs indices sont recherchés pour prouver l'existence d'une inhumation volontaire et les premières sépultures prouvées sont datées de - 100 000 ans elles se trouvent dans l'actuel Israël.

 

Définition d'une sépulture 

 

Mot le plus souvent utilisé en préhistoire à propos des inhumations. Le concept de sépulture ajoute à celui d'inhumation l'activité funéraire qui préside à l'enterrement du mort.

 

Comment prouver l'existence d'une inhumation volontaire

 

Plusieurs critères sont pris en compte pour déterminer une activité sépulcrale.

 

Il semble que le meilleur critère soit la préservation du squelette en connexion. C'est-à-dire que les ossements sont retrouvés positionnés de manière anatomique par rapport au corps originel.

 

D'une manière ou d'une autre, le corps a donc été préservé des charognards et de l'éparpillement des ossements. La tombe a pu ainsi être aménagée avec des blocs de pierre qui renforcent l'intérieur de la sépulture ou d'une dalle qui protège l'ensemble.

 

Les études taphonomiques peuvent révéler d'autres indices d'une inhumation volontaire.

  • La tombe a pu être remblayée avec des sédiments différents de la pleine terre où a été creusée la fosse ;
  • Le corps peut avoir été recouvert d'une matière spécifique. On a trouvé parfois des ossements présentant des traces d'ocres sur tout ou partie du corps ;

Des objets accompagnant les corps démontrent la volonté d'accompagner le défunt dans son dernier voyage : outils, ossements d' animaux, qui ont pu servir d'offrande funéraire.

Exemple d'inhumation intentionnelle de St Germain-la-rivière

 

Découverte en 1934 par R. Blanchard, la sépulture simple de St Germain-la-rivière a livré le squelette d'une femme âgée d'une vingtaine d'années. La datation démontre une période se situant à - 15 780 ans.

 

Les preuves d'un rite funéraire sont multiples

 

Le corps était en position repliée, une main posée sur sa tête, dans une attitude évoquant celle du sommeil.

  • Elle portait autour du cou, un collier formé de 70 canines de cerf trouées ; 
  • De petits coquillages ont été retrouvés au niveau du bassin, un reste de vêtement ;
  • L'ensemble de la sépulture était recouvert d'ocre rouge ;
  • Le corps était déposé dans une fosse dont les parois étaient formées de dalles, le tout étant recouvert de 2 grosses pierres ;

Plusieurs types de sépultures 

 

On peut distinguer les types de sépultures en cherchant à savoir si l'inhumation a eu lieu en un seul ou plusieurs temps. 

 

Les sépultures primaires

 

La découverte des ossements indique que ceux-ci ont été déposés en une seule fois, à un seul moment. Si le fossile a bénéficié d'une protection, on peut donc espérer retrouver la quasi-totalité du squelette. 

Exemple la sépulture individuelle de Noyen-sur-Seine au musée de Nemours. 

 

Les sépultures secondaires 

 

Les vestiges humains peuvent avoir été déplacés avant d'être inhumés. Les causes de ce déplacement peuvent être multiples : embaumement de tout ou partie du corps, rite religieux. On a pu remarquer que c'est souvent la tête du défunt, la boîte crânienne, qui a subi un traitement particulier. 

Exemple à la Ferrassie, le crâne de LF6 a été retrouvé à plus d'un mètre du corps

 

On peut également classer les tombes suivant le nombre d'individus qui les composent.

 

Les sépultures simples

 

Les inhumations les plus fréquentes : la tombe ne contient qu'un seul individu. 

Exemple à Laugerie Basse la sépulture d'un homme

 

Les sépultures doubles

 

Ici deux individus sont présents dans la même fosse. Pour des sépultures doubles, les corps doivent avoir été enterrés au même moment, la découverte d'un couple enlacé en Italie, à Mantua. Dans le cas contraire il est possible que la tombe ait été simplement réutilisée, sans qu'aucun lien n'existe entre les deux corps. 

Exemple la récente découverte à Krems en Autriche d'une sépulture double

 

Les sépultures multiples

 

Il peut arriver de retrouver dans une même fosse le corps de plusieurs individus. A de rares exceptions près, les inhumations ont été multiples et les corps déposés sur une période plus ou moins longue pouvant s'étaler jusqu'à plusieurs dizaines d'années.

 

La Sima de los Huesos

 

Ce site fait partie du complexe des sites pleistocènes de Atapuerca en Espagne.

 

Les restes de 30 individus on été retrouvés dans cet aven de 13 mètres de profondeur, tous représentants de l'espèce Homo Heidelbergensis. 

 

On estime l'âge des ossements à - 350 000 ans.

 

La présence de tant de restes humains, concentrés dans une petite bande sédimentaire ne semble pourtant pas dûe à un événement catastrophique.

 

Par ailleurs, un outil lithique a été retrouvé, associé à cet ensemble d'hominidés.

 

Des sépultures vieilles de 100 000 ans

 

Les plus anciennes sépultures volontaires datent de - 100 000 ans.  C'est au Proche-Orient que l'on trouve les premières preuves d'une inhumation intentionnelle des morts, à Skhul et Qafzeh en Israël, et à Qena en Egypte. Dans toutes ces premières tombes sont enterrés des représentants de l'espèce Homo sapiens. 

 

Les sépultures de Skhül (Mugharet es-Skhül) - 100 000 ans

 

Fouillé depuis 1929, par Dorothy Garrod de l'Université de Cambridge, le site de Skhül a livré 10 squelettes, 7 adultes et 3 enfants et 16 os isolés.

 

Tous les fossiles étaient en position repliée, inhumés dans des fosses de faible profondeur.

 

La datation des sépultures a évalué leur âge à - 100 000 ans. Ce sont donc les plus anciennes tombes retrouvées à ce jour.

 

Certains des squelettes présentaient des fractures certainement occasionnées lors de combats.

 

Skhul V 

 

Le squelette d'un homme accompagné d'une mandibule de suidé, un sanglier, volontairement déposée sur le corps.

 

Les sépultures de Qafzeh (Dejbel-Qafzeh) - 92 000 ans 

 

Les premières fouilles du site de Qafzeh datent des années 1930. En 1965, l'anthropologue Bernard Vandermeersch reprend les fouilles sur le site. 25 squelettes ont été mis à jour sur les sites, ainsi que de nombreux éléments prouvant l'existence d'une industrie lithique.

 

A l'exception de Qafzeh 9 & 10 toutes les sépultures ne contenaient qu'un seul individu. Il s'agissait donc de sépultures simples. Tous les restes humains sont des hommes modernes et appartiennent donc à l'espèce Homo sapiens. Certains présentent des caractéristiques semblables à celles de Cro-Magnon.

 

Qafzeh 9 et Qafzeh 10

 

Découverte en 1967, la sépulture double est constituée d'un corps de femme de 20 ans et de celui d'un enfant d'environ 6 ans. On a pu démontrer que ces 2 individus avaient été inhumés simultanément. C'est la seule sépulture double connue de l'époque Moustérienne.

 

Néanderthal aussi enterrait ses morts 

 

Loin de la brute que l'on imaginait au siècle dernier, Homo neandertalensis avait déjà des préocupations culturelles. 38 sépultures ont été mises à jour sur l'aire de répartition des Néandertaliens.

 

Une particularité ces sépultures sont toujours situées sur un site d'habitat que témoigne la proximité d'éléments lithiques. 

 

En France l'Abri de la Ferrassie a livré huit sépultures néandertaliennes. 

 

 

Les sépultures de Shanidar - 50 000 ans

 

A Shanidar (Kurdistan irakien) la tombe 4 datée de - 50 000 ans renfermait le squelette d'un néandertalien inhumé sur un lit de plantes fleuries appartenant à sept espèces précises :

  • Achillées jaunes ;
  • Achillées blanches ;
  • Centaurées jaunes ;
  • Muscaris bleues ;
  • Séneçon jaune vif ;
  • Ephédras, cette plante dont les fleurs sont petites et insignifiantes mais dont les vertus hallucinogènes sont connues ;
  • une dernière espèce non déterminée ; 

Le choix de ces espèces précises, l'organisation de leur cueillette et de leurs dispositions implique directement l'existence d'un langage.

Squelette de Saint Germain-la-rivière

Musée de Préhistoire Les Eyzies


Coupe longitudinale de la Sima de los Huesos Ses cheminées

Le puits (C2)

qui rejoint la terrasse de la Salle des Cyclopes


Sépulture de Noyen sur seine

entre - 4 000 & - 3 500 ans


Sépulture d'un couple enlacé

à Mantua en Italie

- 5 000 ans

 



Skhul V une sépulture simple

Skhul 5 avait la mandibule d'un sanglier sur la poitrine

Qafzeh et Es Skhul en Israel

- 30 000 ans

Qafzeh 9 et 10

Une sépulture double

Femme de 20 ans & son un enfant 6 ans

Qafzeh et Es Skhul en Israel

- 30 000 ans

 

Sépultures de Shanidar la tombe 4

Un néandertalien

sur un lit de plantes fleuries

A Shanidar en Kurdistan irakien

-50 000 ans

 

 

Depuis quand croit-on en dieu ?

 

Dès le néolithique, et peut-être depuis plus longtemps encore, nos ancêtres ont développé des croyances et observé des pratiques rituelles. Le sentiment religieux, le besoin de croire, serait donc profondément inscrit dans la nature de l’homme.

 

Quand les croyances spirituelles sont-elles nées ?

 

Cette question nous renvoie à l’aube de notre histoire, et peut-être même avant. Alors que l’Homo sapiens, notre plus lointain parent, est apparu il y a 150 000 ans, un autre hominidé, l’Homo heidelbergensis, se serait déjà adonné à des pratiques rituelles très longtemps avant.

 

Ainsi, sur le site préhistorique de la Sima de los Huesos de traduisant par « gouffre des ossements », au Nord de l’Espagne, plus de 5 000 fragments d’une trentaine de squelettes d’hominidés, datant de - 400 000 ans, ont été découverts. Et au milieu de ces ossements, une pierre en quartzite rouge a été retrouvée. Elle peut être considérée  une offrande mortuaire.

 

C’est le plus ancien témoignage d’un rite funéraire dans l’histoire de l’humanité. Cela nous place en présence des premiers balbutiements de la pensée symbolique. 

 

Les premières traces attestées de religiosité ne se trouvent que dans des sépultures moins vieilles, bien plus vers les - 100 000 ans. Ce sont celles découvertes au Proche-Orient et attribuées cette fois à l’homme moderne. Toutefois Sima de los Huesos reste bien la plus grande et plus ancienne fosse commune de tous les temps.

 

Le fait d’enterrer ses morts n’est pas sans signification. Surtout lorsque des totems sont destinés à les accompagner. Cela indique que quelque chose d’intangible est supposé se passer après, au-delà du monde visible et matériel. C’est la première trace d’une pensée mythique, à l’aube spirituelle de l’humanité. Elle apparaît en même temps un peu partout sur la planète, comme la maîtrise du feu, la fabrication d’outils ou le langage.

 

La représentation de l’invisible et des premiers mythes

 

Il y a 40 000 ans, nos ancêtres se découvrent de nouveaux talents. Ils commencent à orner les grottes de gravures et de dessins, dont certains paraissent relever de la mythologie, ainsi des silhouettes d’hommes à tête de chien découvertes sur le plateau libyen du Messak.

 

Ces représentations constituent une façon de donner vie à l’invisible et au surnaturel.

 

L’art pariétal aurait même joué un rôle dans le cadre de rituels magiques ou chamaniques. Difficile de reconstituer les us et coutumes des hommes préhistoriques et d’interpréter avec justesse la signification de ces pratiques. Cependant nous savons que les premières traces attestées de panthéons et de cérémonies religieuses remontent au néolithique, il y a quelque 10 000 ans. Les vestiges de statuettes, masques et grigris de cette époque renvoient à des pratiques polythéistes et animistes.  Dans ces cultes, les forces spirituelles agissent sur la nature, et parfois même punissent ou récompensent les hommes en fonction de leur conduite.

 

Ces religions primitives ne se réduisent pas à des croyances générales sur l’esprit et les dieux. Elles définissent un cadre moral qui s’impose à la communauté, des règles de vie, et des rites propitiatoires pour se faire pardonner quand on y a dérogé, ainsi que des intercesseurs permettant de faire le lien avec le sacré, qu’ils soient chamane, devin ou prêtre. En somme, c’est tout une organisation sociale que règlent ces pratiques rituelles.

 

Le nécessaire besoin d’expliquer le monde

 

Aucune société sans religion n’a été découverte à ce jour. Même si des individus athées ou sceptiques se retrouvent ici ou là. Et si les croyances et rites varient d’un peuple à l’autre, partout la foi joue le rôle de ciment social. La vérité est que la religion, étant coextensive à notre espèce, doit tenir à notre structure.

 

Autrement dit, croire serait inhérent à l’homme, comme l’est  le fait de marcher sur deux jambes ou de parler. Qu’il y ait bien là une disposition originelle, c’est ce que nous pouvons constater quand un choc brusque réveille l’homme primitif qui sommeille au fond de chacun de nous, lorsque la peur nous pousse à prier ou à croiser les doigts.

 

L’homme cherche spontanément une raison aux choses :

  • Soit une explication rationnelle quand cela est possible (le sol est mouillé parce qu’il a plu) ;
  • Soit un responsable quand le phénomène est mystérieux (qui fait tomber la pluie) ;

Cette disposition serait innée. Qu’il le veuille ou non, l’Homo sapiens reste d’abord et avant tout un Homo religiosus.

 

Grecs et Romains avaient-ils les mêmes dieux

 

Pas exactement, les dieux romains dériveraient plutôt des dieux étrusques.

 

Les Étrusques, qui occupaient le centre (la Toscane) et le nord de l’Italie actuelle depuis le IXe siècle avant notre ère, ont eu les premiers des relations commerciales et culturelles avec la civilisation grecque.

 

Les Étrusques possédaient un panthéon ainsi qu’une pratique religieuse originale qui faisait appel à la divination dans les entrailles d’animaux.

 

 

Peu à peu, ils ont identifié leurs dieux à ceux des Grecs tout en leur conservant une part d’originalité, comme les noms qui restèrent étrusques et leur histoire légèrement différente de celle des dieux grecs. Quand, au Ve siècle avant notre ère, les peuples latins, dont les Romains, se sont émancipés de la domination étrusque, ils ont conservé le panthéon gréco-étrusque en latinisant les noms. C’est ainsi que le Zeus grec (Tins étrusque) s’est transformé en Jupiter romain.

 

Quel est le chiffre symbolique dans toutes les religions

 

Dans toutes les religions, le 7 est un chiffre symbolique.

 

Dans le judaïsme et le christianisme, on trouve les 7 jours de la création, les 7 patriarches, les 7 candélabres.

 

Ce chiffre apparaît plus de 700 fois dans les textes sacrés.

 

Il apparaît plus de 700 fois dans le Nouveau et l’Ancien Testament, qui évoquent notamment les 7 péchés capitaux et les 7 vengeances pour la mort de Caïn.

 

Dans l’islam, on dénombre 7 cieux, 7 terres, 7 enfers, 7 portes au paradis.

 

Dans l’hindouisme, il y a les 7 délices, les 7 flammes d’Ani, les 7 rayons sacrés du soleil.

 

Spiritualité et religions au Néolithique

 

Avant le Néolithique, l’homme se conçoit comme partie intégrante de son environnement. En domestiquant la nature, les Néolithiques s’en détachent et inventent un dieu à l’image de l’Homme, capable de maîtriser les forces naturelles.

 

Au Paléolithique et au Mésolithique, l’Homme se vit et se perçoit comme immergé dans la nature, dont il n’est qu’un simple élément, au même titre que tous les autres : animaux, ciel, végétaux.

 

Ainsi, la religion des chasseurs-cueilleurs ne fait probablement pas de différence entre l’Homme et le milieu qui l’entoure.

 

Mais au Néolithique, tandis qu’il affirme son emprise sur la nature, l’Homme s’en détache progressivement, il n’en est plus une simple composante, mais au contraire une entité distincte, qui interagit avec elle. Le dieu néolithique est naturellement créé à cette image, distinct des forces naturelles, et capables de les gouverner. Un tournant spirituel fondamental. 

 

Ce que l’on perçoit de la religion néolithique célèbre avant tout les valeurs de fécondité et de force.

 

On peut penser que ces repères ont un lien direct avec le pouvoir acquis par l’homme sur la nature, sa capacité à la transformer pour assurer sa propre subsistance. Ainsi, il est probable que les nombreuses figurines féminines en terre cuite du Néolithique, avec leurs formes généreuses et leur petite tête, renvoient à un symbole de fertilité.

 

La figure du bovin est également très présente, décors de vases en forme de cornes de bovin, vases représentant des taureaux, crânes de bovins hérissant les palissades de certaines enceintes, stèles gravées de têtes de bovin. Le bovin, animal puissant et impressionnant, peut constituer un emblème de la domestication, et par là même de la maîtrise des hommes sur leur environnement.

 

Dans certaines régions, la seconde partie du Néolithique voit se développer l’implantation de mégalithes, imposantes structures composées de blocs de pierre. Il s’agit notamment de cairns et de dolmens abritant une chambre sépulcrale. Certains, comme ceux de Gavrinis ou de la Table des Marchand en Bretagne, sont abondamment ornés de gravures en demi-cercles emboîtés ou en crosses, de haches stylisées, de signes serpentiformes ou autres têtes de bovin dont la signification nous échappe, mais dont la fonction est sans doute symbolique. D’autres monuments prennent la forme d’alignements de pierres dressées, comme à Carnac en Bretagne, parfois implantés sur plusieurs kilomètres, ou de cercles de pierre, comme à Stonehenge en Angleterre. Certaines études montrent qu’il pourrait s’agir d’observatoires astronomiques.

 

 

Il est certain que l’Homme de Neandertal enterrait ses morts. Les pratiques funéraires ne sont pas la preuve absolue de croyances métaphysiques. Le mort, tant qu’il conserve (parole et geste retranchés) son aspect ordinaire, appartient encore au monde des vivants et sa mise en sommeil dans la terre n’implique pas directement son réveil ultérieur.

 

De telles pratiques pourraient donc constituer des réactions affectives comparables à celles de certains animaux supérieurs.

 

Par contre, la présence d’épieux d’ivoire dans une tombe du Paléolithique supérieur suggère le dépôt d’un armement en prévision d’un futur. En cela les notion de vie après la mort ou de renaissance (réincarnations) semblent mise en avant.

 

Nous ne restituerons sans doute jamais les arrière-pensées de l’Homme du Paléolithique. Nous pouvons cependant, en vertu des schémas universels de comportement, poser le postulat suivant, l’art préhistorique contient des symboles religieux. On constate effectivement une certaine organisation des thèmes dans l’art pariétal, cette dernière étape nous échappe encore.

 

Culte de l'ours

 

Dans certains sites tels que le Regourdou en Dordogne, des accumulations de crânes d'ours qui semblaient disposés intentionnellement ont été interprétées comme le résultat d'un culte de l'ours.

 

Au Regourdou, un squelette d'ours brun reposait sous une dalle monolithe d'un poids de 850 kg, dans une fosse peu profonde. À proximité, le corps d'un Néandertalien était couché sur le côté gauche, la tête vers le Nord, en position fœtale.

 

Le crâne manquait, mais il restait la mandibule.

 

L’absence du crâne a également été observée dans le cas de la sépulture néandertalienne de Kébara. Il s'agissait d'une véritable tombe composée d’une fosse dallée, empierrée et couverte de sable et de cendres de foyer.