Les Opposants

Réalisation Belfégor

Introduction

 

Si l’on se borne à quelques termes purement mathématiques ou géographiques l’on peut lire cela :

 

L’azimut (parfois orthographié azimuth) est l'angle dans le plan horizontal entre la direction d'un objet et une direction de référence. Le terme est issu de l'espagnol acimut, lui-même issu de l'arabe السمت (as-simt), qui signifie direction. Cette référence peut être le nord géographique ou magnétique. L'azimut est mesuré depuis le nord en degrés de 0° (inclus) à 360° (exclu) dans le sens rétrograde (sens des aiguilles d'une montre) : ainsi l’est est au 90°, le sud au 180° et l’ouest au 270°.

En navigation, l'azimut d'un objet (communément appelé le relèvement d'un objet ou amer) se mesure à l'aide d'un compas de relèvement. Cette mesure est l'azimut compas (ou relèvement compas) et se note Zc ; l'azimut vrai (ou relèvement vrai), noté Zv s’en déduit en apportant les corrections dues au compas utilisé (déviation (DELTA) et à la position géographique (déclinaison magnétique terrestre « D »). La somme de ces corrections s'appelle la variation et on peut donc écrire :

  • Zv = Zc + W
  • W = (DELTA) + D (variation = déviation + déclinaison)

On notera que dans le cas de l'utilisation d'un compas gyroscopique, qui donne un Zg, la variation Wg est de manière générale faible (de l'ordre de quelques degrés).

  • Zv = Zg + Wg

D est calculée par les scientifiques et évolue dans l'espace et dans le temps. Elle se lit sur les cartes marines ou isogoniques ; (DELTA) s'obtient d'après la « courbe des déviations » du compas, qui doit être révisée régulièrement par un membre de l'équipage ou un technicien.

 

En astronomie, dans le système de coordonnées horizontales (système local), la direction d'un objet céleste peut être donnée par son azimut, angle horizontal mesuré depuis le méridien Sud dans le sens des aiguilles d'une montre, et sa hauteur : l'avantage est qu'au moment de son passage au méridien, l'azimut et l'angle horaire d'un astre sont tous deux nuls.

 

En géodésie, on le compte à partir du Nord.

 

La longitude est une coordonnée géographique représentée par une valeur angulaire, expression du positionnement est-ouest d'un point sur Terre (ou sur une autre sphère). La longitude de référence sur Terre est le méridien de Greenwich.

 

Tous les points de même longitude appartiennent à une ligne épousant la courbure terrestre, coupant l'équateur à angle droit et reliant le pôle Nord au pôle Sud. Cette ligne est appelée méridien. À la différence de la latitude (position nord-sud), qui bénéficie de l'équateur et des pôles comme références, il n’existe aucune référence naturelle pour la longitude. La longitude, généralement notée λ, est donc une mesure angulaire sur 360° par rapport à un méridien de référence, avec une étendue de —180°, vers l'ouest, à +180°, vers l'Est. Par convention, le méridien de référence, à la longitude 0°, est le méridien de Greenwich.

 

La latitude est une coordonnée géographique représentée par une valeur angulaire, expression de la position d'un point sur Terre (ou sur une autre planète), au nord ou au sud de l'équateur qui est le plan de référence. Lorsqu'ils sont reliés entre eux, tous les endroits de la Terre ayant une même latitude forment un cercle dont le plan est parallèle à celui de l'équateur, d'où l'autre terme « parallèle » permettant de nommer une latitude.

 

Pour illustrer schématiquement une latitude, le globe terrestre de l'image à droite montre que les lignes horizontales forment ces cercles qui déterminent les parallèles : les plans horizontaux dont l'axe de rotation du globe est une normale, cet axe traversant ces plans à angle droit, au centre des cercles qui les définissent. Cependant, il convient de parler de lignes plutôt que de cercles permettant de définir un plan distinct : en réalité la Terre n'est pas une sphère parfaite, son géoïde (approximation de la surface moyenne du niveau des mers permettant d'évaluer l’altitude) se rapprochant davantage d'un ellipsoïde de révolution (ce qui est d'autant plus remarquable avec les longitudes).

 

La latitude est généralement notée φ (phi).

 

La latitude est une mesure angulaire ; elle varie entre la valeur 0° à l'équateur et 90° aux pôles (ou de 0 à 100 gon, exprimé en grades).

 

En géographie, il existe plusieurs définitions de latitude, du fait que la Terre n'est pas parfaitement sphérique, mais est souvent comparée à un sphéroïde.

 

La latitude géodésique ou géographique ou ellipsoïdale d'un point est l'angle que fait la normale à l'ellipsoïde de référence en ce point avec le plan équatorial. C'est la latitude de la plupart des cartes.

  • La latitude géocentrique d'un point est l'angle que fait une droite menée du centre de la Terre en ce point avec le plan équatorial. Elle est surtout employée en astronomie. Elle peut s'écarter de la précédente de près de 11 minutes d'arc.
  • La latitude astronomique d'un point est l'angle que fait la verticale du lieu en ce point avec le plan équatorial. C'est elle que l'on peut mesurer directement à partir d'observations (navigation astronomique, nivellement topographique).
  • La latitude géomagnétique d'un point correspond à la latitude corrigée en ce point par rapport à la position (actuelle) du pôle Nord magnétique, en place du pôle géographique. Elle sert notamment pour définir les zones où se produisent les perturbations électromagnétiques les plus sévères en cas d'orage magnétique, ainsi que pour positionner l'équateur magnétique (zone parcourue par les courants de l'électro jet équatorial)

Tous les endroits ayant une latitude donnée sont désignés collectivement sous le nom de parallèle géographique, car tous ces lieux sont placés sur une ligne parallèle à l'équateur. À l'inverse de la longitude dont la définition requiert le choix d'un méridien de référence, la latitude n'utilise donc que des références naturelles ou climatologiques.

 

Point d’équilibre est la position dans laquelle un objet est stable.

 

Rappelons que tout corps, même humain, tend à son état d’équilibre. L’organisme semble attiré invinciblement par son point d’équilibre, comme si un fil élastique tendait à l’y ramener avec une puissance d’autant plus impérieuse qu’il s’en serait davantage éloigné. Ainsi l’on peut lire Lucien Fabre, Le Rire et les rieurs, Gallimard, Paris, 1929.

 

Thèse

 

En toutes notions, il se trouve son opposé, donnant toutes les variations et degrés de valeur (nuances) entre les deux oppositions. Ceci est valable dans les deux sens et l’on retrouve alors la notion circulaire de l’Ouroboros …

 

Ainsi l’on obtiendra le spectre lumineux

 

Ainsi l’on obtiendra la notion mathématique positif/négatif à l’infini

Valable dans les trois dimensions Hauteurs, Largeurs, profondeurs

En ces valeurs se retrouvent d’autres (dérivées par la logique et l’évolution des vocabulaires) :

 

Pour la Hauteur :

  • Haut/bas – Ciel/Enfer – Horizon/Altitude

Pour la Largeur :

  • Gauche/ Droite – Avant/Après (en longitudinale) – Mal/Bien

Pour la Profondeur :

  • Avant/Après (en progression) – Passé/Futur (en décompte temporel)

Toutes les notions élémentaires de vie, tous les propos humains sont ancrés sur ces notions d’oppositions (plus ou moins valides) et ont un pseudo point d’équilibre (Milieu/Centre). Pour la Hauteur l’on se référencie généralement à l’horizon (en visuel), au niveau de la mer (en géographie). En ce qui concerne la Largeur on parlera de centre (politiquement par exemple « Centre Droite ou Centre Gauche). Pour la profondeur ce qui s’utilise le plus en terme d’équilibre devient le « Présent » centre entre passé et avenir.

 

Les opposés organiques

 

Ces notions d’oppositions se retrouvent dans les éléments organiques.

 

Ainsi l’on trouvera le « Masculin » et le « Féminin ». Qui selon les époques, les cultures, seront tantôt la représentation du Bien, tantôt celle du Mal. Alors qu’une fois de plus, ils ne sont que la résultante d’opposés, non un point final ou une définition de genre à catégoriser. Le centre serait, pourrions-nous dire l’espèce ! Ceci donnant un centre commun à toutes les formes organiques, animales, végétales et bien entendu Humaines.

 

Le propre de l’Homme (en tant qu’humanoïde, non en tant que genre) est de vouloir :

  • Attribuer des fonctions « Positives » ou « Négatives » aux opposants.
  • Considérer ces opposants comme des finalités, non comme des complémentarités obligatoires.

En fait, aucun de ces opposants (quel qu’ils soient) n’existent l’un sans l’autre. Ils sont des jumeaux indissociables qui donnent le « Fabuleux » Point d'Équilibre.

L’on peut se référencer au texte Pauvre Diable de Lény Escudéro :

Un jour le diable, est venu devant les notables.

Je suis victime, d'être le diable et chaque crime a son coupable, si c'est, personne ben c'est le diable, qu'on en finisse, je veux qu'on me rende justice

J'avoue d'avance je pue et j'avoue l'ignorance, et puis le reste, j'avoue l'amour j'avoue la peste.

Mais je récuse, tous ceux qui prient et qui m'accusent …

Je suis le diable, mais je viens plaider non coupable, mes bacchanales, restent et demeurent artisanales, et mes colères, font rire les savants de la terre, l'art maléfique du diable n'est pas atomique.

Je joue aux filles, et les savants aux bombes à billes, panique aux juges, voilà que le diable s'insurge, âme et conscience …

Écoutes diable la sentence ! Tu es le diable, tu es le mal indispensable, pour l'équilibre il faut que le mal reste libre …

La tête basse portant sa croix le diable passe, il fait la ronde, portant tous les péchés du monde, du monde, du monde, du monde …

 

Les Oppositions cosmiques

 

Preuve est faite, s’il en est, que toutes composantes, quelle qu’elles soient, fait soit partie de l’un des extrêmes (opposés) soit de l’immense variation (en un sens ou en l’autre) qui réside dans l’espace compris entre les deux oppositions.

 

A l’échelle humaine cela se traduit bien plus par des interprétations de verbiages et des capacités de distinctions (ou de mesure) des variables. Perception des « couleurs », des « tonalités », des « mesures ».

 

A l’échelle cosmologique cela prend une toute autre forme et une toute autre consonance.

En effet des variables (qui déjà à l’échelle terrestre « du microscope ») sont parfois peu perceptibles, deviennent à l’échelle cosmique « Macroscope » totalement imperceptible pour l’Humain, et totalement dénuées de sens. Quel serait la valeur d’un « Micron » à l’échelle de distance en « Années-Lumière » ? Sachant qu’une année-lumière est égale à la distance parcourue par la lumière dans le vide pendant une année julienne, soit environ 9 461 milliards de kilomètres et que le millimètre est le millième … Du mètre !

 

Quel serait la valeur d’une teinte, d’un son dans le vide sidéral ?

 

Pourtant les opposants (et paradoxes) existent bel et bien. S’ils n’ont aucunement les mêmes valeurs que sur terre (ou sur toutes autres planètes) ils n’en restent pas moins existant. C’est ainsi que l’humanité à définis (en un divin, qu’il soit simple ou multiple) les opposants « BIEN » et « MAL ». Seulement sans vraiment se référencer sur la notion circulaire que prend ces opposants. Sans prendre en compte deux notions pourtant fondamentales :

  • L’infinité de variations entre les deux oppositions.
  • La complémentarité ambivalente des opposés.

Aucun des opposés ne peut exister sans son jumeau contraire. Rien ne peut être diamétralement opposé sans le concept de Cercle. Les opposants ne peuvent se tenir sur un axe, un segment (dont la longueur serait infini). Cela conduirait au déséquilibre permanent, chaque extrême pouvant un peu plus en son extension vaincre et déséquilibrer l’autre bout. Le concept ne peut se concevoir vraisemblablement qu’en Cercle. Ceci concentrant (en des tensions (compressions) et des relâchements (décompressions)) le tout universel. Maintenant ainsi un parfait équilibre des forces, même si ces forces sont plus ou moins denses, plus ou moins influentes en leur centre, comme en leur périphéries.

 

Il ne se peut être défini en ce concept ni de BIEN ni de MAL. Juste une sphère, (car bien sûr l’on ne peut pas raisonner en deux dimensions, mais l’on se doit de visualiser le concept en trois dimensions) ou interagissent deux opposants avec autant de variations que la sphère possède de Longitudes et de Latitudes. Vouloir qualifier l’un de ces points en BIEN ou en MAL semblerait bien ridicule. Rien n’est jamais tout Blanc ou tout Noir. Rien ne peut être tout BIEN ou tout MAL. C’est juste l’interprétation faite sur la base de ressentis personnels ou de jugement collectifs (pensée commune) qui viendra donner à un fait cette notion d’échelle entre les opposants. Mais en raisonnant ainsi, l’on place la problématique en un axe (segment), non plus en sphère. Ainsi, l’on dérègle, on déséquilibre par des mots, des jugements, des conceptions basiques, ce qui en fait n’est pas possible de déséquilibrer.

 


Divinité Mi-Homme - Mi-Femme en grès.

Provenance du Cambodge Khmer (Epoque Koh Ker Xe siècle)

Le tàijí tú : Symbole de la dualité du Yin et du Yang

 

Dans la philosophie chinoise, le yin du chinois simplifié  du chinois traditionnel , pinyin yīn et le yang traditionnel , simplifié , pinyin yáng sont deux catégories complémentaires, qui sont utilisées dans l'analyse de tous les phénomènes de la vie et du cosmos.

 

Ce ne sont en rien des substances, ni des forces ou des énergies mais ce sont simplement des étiquettes pour qualifier les composantes différentes d'une dualité, en général opposées et complémentaires.

 

Le yin et le yang n'existent pas en eux-mêmes ni hors d'une relation les liant.

 

Liés par leur étymologie à des oppositions concrètes entre ciel couvert et ciel dégagé, ombre et lumière, le yin et le yang prennent une tournure de plus en plus abstraite quand vers le IIIe siècle avant notre ère, ils investissent le champ de la cosmologie en tant que « puissances d'animation qui président au dynamisme de la nature et à la transformation des êtres et des choses »  Kalinowski, 2010.

 

Le symbole du Yīn et du Yang, le tàijí tú est bien connu maintenant dans le monde entier.

 

Le Yin, représenté en noir, évoque entre autres, le principe féminin, la lune, l'obscurité, la fraîcheur, la réceptivité. Le Yang quant à lui, laissant apparaître le fond blanc, représente entre autres le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l'élan.

 

Histoire de la catégorisation binaire yin-yang

 

Les caractères yin et yang ont été employés dans les textes les plus anciens, indépendamment l'un de l'autre, avec pour le premier la valeur de sombre, humide et de versant ensoleillé d'une montagne pour le second. Au début, ils n'ont pas encore de valeurs abstraites générales.

 

École du yin-yang de Zou Yan au IIIe siècle avant notre ère

 

La notion d'un couple d'opposés yin-yang apparait ensuite vers le IIIe siècle avant notre ère, bien après le Yi Jing. C'est notamment le penseur Zou Yan 鄒衍 (-305 à -240) qui les a formulées en cherchant un modèle d'explication des cycles naturels, comme le rythme des saisons ou la variation de la durée des jours. Pour lui, le yin et le yang sont comme l'adret (face sud ensoleillée) et l'ubac (face nord ombragée) d'une montagne, des opposés complémentaires dont la mise en relation crée la tension. Ils servent à rendre compte de la dynamique à l’œuvre dans les couples en interaction. Aucun ouvrage de Zou Yan ne nous est parvenu mais on connait des éléments de sa pensée grâce à l'historien Sima Qian (-145 à -86) qui parle de son école du Yin-yang, yinyangjia阴阳家 à l'origine de la pensée corrélative, liant dans un vaste réseau de liaisons les phénomènes humains et naturels.

 

Au fil du temps, les notions de yin et de yang prennent des valeurs de plus en plus abstraites dans les discours des météorologues et des médecins. Elles investissent dès cette époque le champ de la physique en tant qu'émanation du ciel et de la terre et puissance d'animation qui préside au dynamisme de la nature et à la transformation des êtres et des choses.

 

Manuscrits de Mawangdui  vers -168

 

Le plus ancien texte développé sur le système yin-yang a été trouvé dans la tombe de Mawangdui, datant de 168 avant notre ère. Le manuscrit développe une logique binaire :

 

« Dans toute évaluation, il faut avoir connaissance de ces deux grandes entités que sont le yin et le yang. Le ciel est yang, la terre yin,le printemps est yang, l'automne yin; l'été est yang, l'hiver yin. » Manuscrit de Mawangdui, traduction de Lévi, 2009

 

La liste comporte 22 paires d'opposés que nous donnons dans la table ci-dessous.

 

YIN YANG
Terre Ciel
 Automne  Printemps
Hiver Été
Nuit Jour
Petite principauté Grande principauté
Pays faible Pays puissant
Homme désœuvré Homme occupé
Ce qui se rétracte Ce qui s'étend
Le ministre Le souverain
L'inférieur Le supérieur
La femme L'homme
Le fils Le père
Le cadet L’aîné
Les plus jeunes Les plus âgés
Les roturiers Les nobles
La misère La réussite
Le deuil Le mariage & la naissance
Être régenté Régenter
L'occupé L'occupant
L’élève Le maître
Le silence La parole
Recevoir Donner

Paires Yin-yang suivant le manuscrit de Mawangdui

 

Dans cette liste, le yin est associé au faible, au soumis et le yang au puissant, au dominant, suivant le système de valeurs de la société chinoise antique. La décomposition binaire peut s'appliquer aux phénomènes dynamiques ou statiques.

 

Lorsque la décomposition binaire est appliquée aux phénomènes statiques, elle associe métaphoriquement le yang au dominant ou au positif et le yin au dominé ou au négatif. Dans cette liste, les paires ministre/souverain, homme/femme, père/fils, aîné/cadet, supérieur/inférieur, illustrent le système hiérarchique confucianiste très rigide, définissant la morale qui régente les relations hiérarchiques dans la société. L'ordre social est maintenu si chacun accomplit la fonction liée à son rang avec droiture et sincérité. Ainsi le supérieur yang peut exercer sa domination sur l'inférieur yin dans la mesure où il assure avec respect sa protection et où l'inférieur manifeste sa loyautén.

 

Au cours des siècles suivants, la décomposition binaire yin-yang va être appliquée à un grand nombre de phénomènes dynamiques dans lesquels les forces d'expansion et domination sont associées au yang et les forces contraires au yin. Le fonctionnement métaphorique de la pensée corrélative ne manquera pas d'en étendre la portée à un grand nombre de domaines.

 

L'école du Yin-yang et du Wuxing (les Cinq Agents) a donné les principes de base des cosmogenèses qui vont être développées sous la dynastie Han entre -206 et +220 et qui exerceront une influence durable dans le taoïsme et la médecine chinoise.

 

Le fameux chapitre 42 du Dao de jing indique « Le Dao engendre l'Un, l'Un le Deux, Deux le Trois, Trois tous les êtres. Tout être porte sur son dos l'obscurité (yin) et embrasse la lumière (yang) ».

 

Le Huainanzi, un ouvrage d'inspiration taoïste, développe un modèle cosmologique partant du Dao où l'univers s'autocrée à partir du souffle, le QI , se prononce tchi. L'actualisation de la multitude des êtres se réalise grâce à la dynamique yin-yang de deux forces complémentaires et opposées.

 

« Les essences du Ciel et de la Terre se propagèrent pour constituer le yin et le yang, celles du yin et du yang confluèrent pour former les quatre saisons et celles des quatre saisons se disséminèrent pour produire les dix mille être »

Huainan zi.

 

Le yang est associé à une puissance d'activation et le yin porte l'aspect latent de la transformation.

 

L'empereur Jaune Huangdi Nei Jing

 

Le texte fondateur de la médecine Huangdi Nei Jing Suwen est aussi le plus ancien ouvrage de médecine chinoise, compilé selon Unschuld entre le premier et le IIIe siècle de notre ère. Il s'appuie sur trois grands systèmes explicatifs :

  • Les théories du QI (souffle) ;
  • Du yin-yang ;
  • Des Cinq agents (wuxing) ;

Interdépendance dynamique du yin-yang

 

Il analyse suivant les mêmes principes du yin-yang et du souffle 气 QI  les phénomènes naturels, comme les saisons et les phénomènes physiologiques. Le QI anime aussi bien les organes humains, que le Ciel, la Terre et les saisons. On parle de QI des reins, le shenqi 肾气, de QI des poumons, le feiqi 肺气,  et de QI du Ciel le tianqi 天气, de la Terre, le diqi 地气, du printemps, le chunqi 春气.

 

Le Yin et le Yang servent à qualifier le rythme fondamental qui anime le QI. Le QI qui se meut, qui augmente est qualifié de yang. On parle aussi de yangqi, le QI  de type yang, celui qui revient à la quiétude est yin ou yinqi.

 

Les variations yin-yang du Ciel et de la Terre font apparaître des qualités particulières pour chacune des quatre saisons, que l'homme doit utiliser comme des modèles pour réguler ses actions et contrôler ses mouvements intérieurs et extérieurs.

 

L'homme parfait, le zhenren 真人 doit réguler son yin et son yang pour les harmoniser aux cycles des saisons, et par delà au Ciel et à la Terre.

 

Chaque saison étant associée à un organe, il faut harmoniser le QI de l'organe au QI de la saison.

 

Ainsi :

 

  • Les trois mois d'hiver sont appelés à sécuriser et thésauriser. L'eau gèle, la terre se fendille.
  • Ne perturbez pas le yangQI, couchez-vous tôt et levez-vous tard, attendez que le soleil brille.
  • Évitez le froid, cherchez le chaud, ne laissez pas la sueur s'échapper de la peau, de peur d'une déperdition dangereuse du QI .
  • Ainsi se conforme-t-on aux souffles QI de l'hiver, c'est la Voie pour nourrir la thésaurisation de la vie. Allez à contre-courant porterait atteinte aux reins.

Huangdi Nei Jing Suwen, chapitre 210, 211

 

Le yangQI de l'hiver étant à son minimum, l'homme doit donc préserver le sien.

 

C'est une explication naturaliste sophistiquée de la nécessité de se protéger du froid l'hiver. Avec l'arrivée du printemps :

  • Ciel et Terre produisent la vie, le yangQI  croît et le yinQI  suit le mouvement inverse.
  • Aussi dans la moyenne antiquité, il y avait des sages, les zhiren homme suprême qui s'adaptaient à la régularité du yin et du yang et vivaient en harmonie avec les quatre saisons.

Suwenchap

 

L'expression he yu yinyang 和於陰陽 s'adapter à la régularité du yin-yang ne doit pas être confondue avec une expression proche yinyang he 陰陽和 métaph se traduisant par avoir des relations sexuelles.

 

Comme on peut le voir, lorsque le Suwen examine les différents âges de la vie d'un homme, il indique qu' à l'âge de deux fois huit ans, les souffles des reins sont prospères. Le QI de l'essence écoule son trop plein, le yin-yang trouve son harmonie (yinyang he) et il peut ainsi avoir des enfants.

Suwen, chapitre 1

 

Au fil des premiers chapitres, le Suwen poursuit l'analyse des phénomènes dynamiques du Cosmos et de l'Homme suivant les modèles d'interdépendance du yin et du yang ou des variations corrélées de réduction et croissance. Le texte se présente comme un beau poème à la gloire de l'unité de la nature, dans lequel les phénomènes météorologiques sont mis en correspondance avec les émotions et l'état de santé de l'homme. Les rythmes du Ciel, la Terre et l'Homme s'enracinent dans une même loi de variation du yin-yang et l'Homme sage, qui cherche la bonne santé doit se régler sur le Cosmos.

 

Classification binaire de type yin-yang

 

Toutefois, la catégorisation en paires yin-yang est aussi utilisée pour produire des classifications dichotomiques.

 

C'est le cas quand, à partir du chapitre 4, le Suwen aborde l'anatomie des organes, le zang 藏 et entrailles, le fu 腑, ainsi que les méridiens et leurs ramifications, les jingluo 经络, la pathologie et l'étiologiese disant :

  • Parlant du yin-yang de l'homme, l'extérieur est yang, l'intérieur est yin ;
  • Pour le yin-yang du corps de l'homme, le dos est yang, l'abdomen est yin ;
  • Pour le yin-yang des viscères, les zang sont yin et les fu sont yang ;
  • Foie, cœur, rate, poumons, reins qui sont les Cinq zang (organes) sont yin ;
  • Tandis que vésicule biliaire, estomac, gros intestin, intestin grêle, vessie, Triple réchauffeur qui sont les Six fu (entrailles) sont yang

Suwen, chapitre 49

 

Alors que dans les premiers chapitres, le yangQI de l'homme variait continûment avec celui des saisons, ici, l'extérieur par rapport à l'intérieur ne peut pas être plus ou moins yang, il est ou n'est pas yang. Pourtant, le Suwen trouve le moyen de s’accommoder de changement d'étiquetage pour les besoins d'une classification. Peu après avoir étiqueté le cœur comme un organe (zang) de type yin (citation précédente), il indique :

  • Le dos étant yang, le yang au sein du yang, c'est le cœur ;
  • Le dos étant yang, le yin au sein du yang, c'est le poumon ;

Suwen, chapitre 4

 

Wang Bing justifie ce changement de catégorie du cœur, en disant :

  • Le cœur est un organe yang. Il est situé dans la région du Réchauffeur supérieur. Pourtant le poumon, organe de type yin situé aussi au Réchauffeur supérieur reste femelle, image du Ciel obscur et mystérieux.

Ainsi, pour pallier la rigidité classificatoire, le Suwen introduit donc une combinatoire du yin ou du yang dans le yang ou le yin pour le rythme nycthéméral ou en anatomie :

 

 

Classification binaire yin-yang du nycthémère selon le Huangdi nei jing

 

  • De l'aube au milieu du jour, c'est le yang du Ciel, yang au sein du yang ;
  • Du milieu du jour au crépuscule, c'est le yang du Ciel, yin au sein du yang ;
  • De la tombée de la nuit au chant du coq, c'est le yin du Ciel, yin au sein du yin ;
  • Du chant du coq à l'aube, c'est le yin du Ciel, yang au sein du yin ;

Et pour l'homme, il en va de même ...

Suwen, chapitre 49

 

Remarque : La période qui va du lever au coucher du soleil est yang car le soleil et la lumière est yang, le matin le soleil monte et l'après-midi il descend donc ce sont des périodes yang/yin correspondant à montée/descente, la nuit est yin en raison de l'ombre.

 

Pour la suite, Wang Bing dit : « à l'aube le yangQI s'élève, donc cette période est dite le yang dans le yin ».

 

Les principes de catégorisation yin-yang sont multiples et souples. Il est toujours possible de jouer sur les métaphores dynamiques ou sur les divisions spatialo-temporelles. Aussi, tout confirme l'assertion du chapitre 25 : « L'homme a un corps qui n'échappe jamais au yin-yang »

Suwen, chapitre 25, 58, 160

 

Jusque-là, l'opposition yin/yang fonctionnait sur des métaphores basées sur l'opposition inférieur/supérieur (pour la hiérarchie sociale) ou froid/chaud, eau/feu, sombre/lumineux, calme/agité, pour les grandeurs intensives, comme le QI, de phénomènes dynamiques, comme ceux de la météorologie ou des organes. En anatomie, les chapitres 4 et 5 présentent des analyses dichotomiques en de nouvelles paires comme intérieur-yin / extérieur-yang, zang (organes)-yin / fu (entrailles)-yang ou saveurs-yin / souffles-yang etc. puis au chapitre 7 avec les pathologies et les diagnostics. Le Suwen ne donne jamais la moindre justification à ses affirmations. Toutefois, le lecteur peut essayer de comprendre en consultant les commentaires faits au cours des siècles. Unschuld et Tessenow annotent leur traduction des commentaires de Wang Bing, un auteur du IXe siècle qui a réarrangé et commenté le texte alors que Rochat la Vallée et Larre donnent leurs propres interprétations. D'autre part, la médecine chinoise a adopté diverses approches dialectiques des causes des maladies au cours du temps. Alors que la théorie du yin-yang joue un rôle central dans la compréhension de l'étiologie dans le Suwen, l'étiologie de médecine chinoise contemporaine s'appuie sur un traité du XIIe siècle, le Sanyin jiyi bingzheng fanglun 三因极一病証方论.

 

Dans le chapitre 5, le Suwen introduit un principe explicatif supplémentaire de mise en correspondance des phénomènes cosmiques et humains. C'est la classification pentanaire universelle dans laquelle on associe les Cinq Éléments (bois, feu, terre, métal, eau) aux cinq planètes, aux cinq viscères plein (foie, cœur, rate, poumons, reins) et aux cinq viscères creux.

 

Les caractères et en chinois simplifié et

 

Les caractères chinois traditionnels, également utilisés dans le japonais, le coréen et autrefois en vietnamien s'analysent ainsi :

  • Le caractère yīn est associé au Nord de la colline, la partie nuageuse yīn , de la colline fù , simplifié en pour l'homogénéisation des caractères.
  • Le caractère yáng est associé au Sud de la colline, la partie brillante yáng , de la colline fù .

Dans les deux cas, la partie nuageuse ou brillante de la colline , simplifié en , donne aussi la valeur phonétique du caractère. C'est-à-dire que cette partie droite à une valeur sémantique et phonétique, la partie gauche sert de clé de classification. La Chine étant dans l'hémisphère Nord, le soleil y est presque toujours au Sud, seules les régions au Sud du tropique du Cancer connaissent une période dans l'année durant laquelle le soleil se situe au Nord.

 

Pour les caractères chinois simplifiés, introduits à partir des réformes de 1956 et 1964 :

  • Le caractère Yīn associe la colline à la Lune .
  • Le caractère Yáng associe la colline au Soleil .

 

Les éléments de droite et ne portent plus de valeur phonétique mais seulement les valeurs sémantiques distinctives.

 

Le symbole yin-yang, appelé en Chine poissons yin et yang, forme la plus répandue du tàijítú des taoïstes et des néo-confucianistes, représente le Tao résultant de la dynamique de ces deux principes, l'unité dans la dualité.

 

La théorie du yin-yang dans la culture

 

L'analyse yin-yang est restée vivante dans la pensée chinoise contemporaine. Emblème de la pensée chinoise classique, elle reste toujours invoquée en médecine chinoise traditionnelle, en philosophie, sans parler du domaine de l'organisation de l'entreprise (comme le management), de la pensée religieuse ou des exercices de santé.

 

Médecine chinoise

 

 

La médecine chinoise fermement ancrée depuis ses origines, sur les théories du souffle, du yin-yang et des correspondances systématiques s'est développée et enrichie durant les deux millénaires de son histoire en conservant une remarquable continuité épistémologique.

 

Ce n'est qu'aux XIXe et XXe siècles qu'à l'occasion de sa confrontation avec les sciences modernes venues d'Europe qu'elle va connaître des remises en cause radicales. Mais alors que la médecine gréco-latine d'Hippocrate et Galien, basée sur les théories du souffle ou pneuma et des Quatre humeurs fut complètement laminée par la mise au point de la méthode expérimentale en Europe, la médecine chinoise sut se maintenir en éliminant les restes de pensée magique qui l’imprégnaient et en acceptant certaines connaissances de médecine moderne telque l'anatomie, la physiologie etc.

 

Après la Révolution culturelle, de nouveaux manuels d'enseignement supérieurs officiels de médecine chinoise furent publiés.

 

Dans Fondements théoriques de la médecine chinoise nommée Zhongyi jichu lilun 中医基础理论, les interrelations du yin et du yang sont considérées comme différents types de manifestations du changement. L'auteur distingue quatre types d'interrelations :

  • Le contrôle par opposition, duili zhiyue 对立制约
  • La dépendance mutuelle et l'usage mutuel, hugen huyong 互根作用
  • L'équilibre de croissance-décroissance, xiaozhang pingheng 消长平衡
  • La transformation mutuelle, xianghu zhuanhua 相互转化

Les deux termes qualifiés de yin et de yang n'existent qu'en s'opposant. L'été le yangqi atteint son point culminant jusqu'à ce que le yinqi de l'automne progressivement le supplante.

 

Géométrie du symbole Taijitu

 

Elisabeth Hsu a donné une présentation critique des quatre modes relationnels du yin-yang de la médecine. Pour elle il est simplement impossible de différentier les quatre types de changement attribués au yin et yang à partir de leur description dans le manuel. Les expressions favorites du manuel comme unité des opposés et transformations mutuelles sont des expressions employées par Mao dans son analyse du matérialisme dialectique.

 

Le postulat du matérialisme dialectique de Mao est que la cause fondamentale du développement des choses et des phénomènes n'est pas externe, mais interne; elle se trouve dans les contradictions internes des choses et des phénomènes eux-mêmes. À première vue, ce point de départ a beaucoup à voir avec la théorie du yin-yang. Toutefois l'unité obtenue par la lutte des contraires est de nature différente. Traditionnellement le yin et le yang sont mutuellement complémentaires, tandis que dans la dialectique marxiste, héritée de la pensée du philosophe allemand Hegel, le positif et le négatif sont bel et bien complémentaires mais également en lutte l'un contre l'autre.

 

La méthode dialectique qu'elle soit celle du yin-yang ou de Hegel, en tant que dialectique idéaliste, est une méthode d'abstraction dynamique qui vise à construire des classes. Depuis le début des sciences expérimentales au XVIIe siècle, les scientifiques ont peu à peu défini une méthode expérimentale en cherchant les moyens de tester leurs hypothèses empiriques. Ils ont en général procédé par tâtonnement et sélectionné les méthodes qui valident les constructions théoriques qui donnent prise sur la réalité. La science se construit par un processus dynamique, ouvert et critique et non pas en vérifiant une correspondance à un objet préformé, ce qui est le fondement épistémologique de l'approche d'une dialectique cette fois-ci non pas idéaliste mais matérialiste.

 

Philosophie

 

Ba gua

 

En philosophie, la théorie du yin-yang chinoise et la dialectique européenne ont souvent été étudiées à la lumière l'une de l'autre.

 

L'effort de la philosophie chinoise, a été de conjuguer l'unité à la dualité le Ciel et la Terre n'embrassent pas une seule chose, le Yin et le Yang n'enfantent pas qu'une seule espèce. L'idéal est d'embrasser à la fois l'Unité et le multiple. Sans nul doute, les bouddhistes avec leur dialectique Madhyamika, ont su le mieux affirmer les deux vérités, mais cette dialectique a aussi profondément imprégné le taoïsme.

 

 

Le Taiping jing 太平经, un texte taoïste du Ier ou IIe siècle, fait de l'Un le Yang ou Qian , ou Ciel et du Deux le Yin ou Kun , ou Terre. Le philosophe du XVIIe siècle Wang Fuzhi, reprendra ce schéma de priorité du mouvement et de l'Un (impair et yang) sur le Deux (pair et yin). Cette conception de l'Un-Yang aura tendance à engendrer un monisme absolu où le Yin n'est plus que l'ombre du Yang ou sa décélération. Au lieu de faire du couple Yin-Yang l'image de la division et du Deux, il fait du Yang l'image de l'unité et du Yin celle de la division.